Une histoire édifiante : vie et mort de la CAMIF par Tony Andreani, Professeur émérite de sciences politiques à Paris 8 (10 articles)

mardi 15 août 2017.
 

2) Des cendres de la Camif, faisons renaître une coopérative pour une économie équitable

3) 23 ans de CAMIF et 1300 € mensuels

4) "On portait des valeurs fortes d’éthique et de solidarité"

5) CAMIF : un modèle liquidé

6) Camif : 1.500 manifestants à Niort le 25 octobre

7) La CAMIF, le gâchis ! « Comment on sabote une bonne idée : le principe coopératif ! »

8) « Escroqués », les clients de la Camif s’organisent

9) La Camif en cessation de paiement

1) Une histoire édifiante : vie et mort de la CAMIF par Tony Andreani

D’abord il me faut vous dire quelques mots de la CAMIF. Lancée en 1947 par la MAIF, la mutuelle d’assurance des enseignants, elle s’est ensuite émancipée jusqu’à devenir une grande entreprise coopérative de vente par correspondance aux enseignants, plus petite certes que La Redoute ou les Trois Suisses, mais d’une taille respectable.

Elle comportait plusieurs filiales : une filiale Particuliers, une filiale Habitat, une filiale Collectivités, et deux autres petites filiales. Mais le gros du chiffre d’affaires (70 %) était fourni par la filiale Particuliers. Et tout alla bien jusqu’en 1999-2000, où elle a connu ses deux premiers exercices déficitaires. On a voulu alors renforcer son sociétariat en acceptant les adhérents de la MGEN, mutuelle de santé des enseignants, puis de tout acheteur. Et les mutuelles cousines, la MAIF, la MGEN, la CASDEN, ainsi que les Banques populaires sont venues à la rescousse. Je passe sur quelques péripéties. En 2007 le groupe fait appel à des capitaux privés pour recapitaliser la filiale Particuliers : celle-ci passe alors sous le contrôle de OSIRIS Partners, une société de gestion d’un fonds d’investissement. En octobre 2008 la CAMIF est mise en redressement judiciaire : elle n’est pas tout à fait morte, mais Camif Particuliers est liquidée, sans autorisation de poursuivre ses activités, et le gros du personnel est en voie de licenciement.

Voilà pour les faits. A présent je vais vous raconter ma petite histoire, et je pense qu’elle n’est pas sans rapport avec cette faillite.

J’ai été sociétaire-client de la CAMIF pendant des décennies. J’y ai commandé régulièrement, sur un catalogue de près de 400 pages, des meubles, des rideaux, de l’électroménager, des vêtements et plein d’autres choses. Et j’étais très satisfait des services qu’elle m’offrait.

Ses produits étaient en général un peu plus chers que chez ses concurrents. Mais la qualité était presque toujours au rendez-vous : les laboratoires de l’entreprise les testaient et les sélectionnaient avec soin. Les produits étaient généralement livrés à temps, plus rarement avec des délais accrus, mais sans rupture de stock. Le catalogue contenait de petites notices d’information, qui me fournissaient les détails techniques essentiels, assortis de quelques conseils selon l’usage que j’envisageais. A tout moment je pouvais obtenir quelqu’un au téléphone, qui me dirigeait vers un technicien, lequel prenait tout le temps voulu pour répondre à mes questions (on n’était pas à l’époque où l’on vous dis « faites le 1 », puis « appuyez sur la touche étoile », attendez huit minutes, etc.), et je tombais toujours sur quelqu’un de compétent. Bref j’étais un client fidèle, mais comme j’étais en même temps automatiquement sociétaire, je recevais certaines années une « ristourne » quand le résultat de l’entreprise avait été suffisamment bénéficiaire.

Puis a débarqué (je ne sais comment, je ne fais que livrer un témoignage) un nouveau management, « moderne », rompu aux techniques de l’optimisation des ressources, humaines en particulier, et très féru dans les dernières innovations du marketing, sans doute après être passé dans les écoles de commerce adéquates. Et, dès ce moment-là tout a changé. Auparavant je recevais le gros catalogue une fois par an, les prix ne bougeaient pas, et c’est tout juste s’il y avait des soldes sur quelques produits une fois l’exercice écoulé. Après j’ai été inondé de courriers (je crois bien un par semaine) me proposant des rabais, des rabais exceptionnels, des chèques cadeaux, des promotions, et j’en passe. Il fallait alors être un imbécile pour acheter au prix catalogue, le mieux étant de guetter en permanence la bonne affaire et de se précipiter dessus. Le flot de prospectus est allé croissant jusqu’à ce que je sois saisi par la nausée. Alors j’ai cessé définitivement d’acheter quoique ce soit à la CAMIF.

Je me souviens aussi que, toujours en tant que sociétaire, je recevais les documents pour voter aux assemblées générales de la CAMIF sur les résolutions présentées par la direction. Quand la CAMIF a commencé à éprouver de sérieuses difficultés, une certaine année (j’ai oublié laquelle) le comité d’entreprise a présenté, après une brève mais éloquente analyse de la situation, des contre-résolutions. La direction les a mises en dernière page, après les avoir commentées pour dire tout le mal qu’elle en pensait. Comme il n’y a probablement eu que peu de votants, la direction s’est arrangée pour l’emporter haut la main.

Si la CAMIF est allée de mal en pis, je pense que c’est parce que nombre de ses clients particuliers (ils étaient encore 1, 2 millions en 2007) ont fait comme moi, ou ont simplement raréfié leurs achats. Passée sous contrôle extérieur, la filiale Particuliers vient donc de fermer ses portes, liquidant ce qu’il reste des stocks et ayant même le plus grand mal à assurer la livraison des articles déjà commandés et payés. Si les clients sont choqués, le traumatisme est terrible pour les employés licenciés.

Je trouve cette histoire est édifiante à double titre. Cette coopérative réputée vieillotte faisait cas de ses clients, comme de ses fournisseurs. Nous l’aimions parce que nous pouvions lui faire confiance, sachant qu’elle ne cherchait pas à nous vendre à tout prix, voire à nous arnaquer sur la qualité ; nous savions que ses employés faisaient bien leur métier, parce qu’ils étaient responsabilisés et par ailleurs correctement payés. Et sa crise, j’en suis persuadé (mais il faudrait interroger ses employés, qui en savent long sur la question) ne vient pas de la dite crise générale des entreprises de vente à distance, ni de son manque de spécialisation ou d’agressivité sur le marché, mais d’un management stupide, qui n’avait rien compris, malgré ses déclarations de principe, à sa spécificité ni à ses rapports de proximité avec la clientèle. Deuxième leçon : si la coopérative avait été une coopérative de production, dirigée par des élus, elle n’aurait sans doute pas connu tous ces déboires, car elle avait une assise solide, une longue expérience accumulée, et un chiffre d’affaires important. Mais ce n’était qu’une coopérative de distribution, possédée en théorie pas ses sociétaires-clients, détenteurs de parts sociales, mais en réalité peu et mal informés, et généralement abstentionnistes lors des votes, car ils avaient d’autres chats à fouetter. Peut-être se seraient-ils encore mobilisés si la filiale avait été encore la leur et si leur avis avait été sérieusement sollicité, mais de toute façon OSIRIS n’en voulait pas : détentrice de 66 % du capital, elle a préféré la mise en faillite, pour aller placer ses billes ailleurs.

Il faudrait revenir sur toute cette histoire, mais je m’en tiendrai à cet épilogue, et je demanderai à mon lecteur de trouver l’épitaphe qui convient.

Tony Andréani Professeur émérite de sciences politiques à l’Université de Paris 8

2) Pétition : Appel du 1 décembre 2008

La faillite de la CAMIF ne peut laisser indifférents les acteurs de l’économie sociale et solidaire et plus largement tous ceux qui œuvrent pour promouvoir une économie équitable.

Certes, depuis des années, la direction de cette coopérative de consommateurs avait troqué les valeurs coopératives pour celles de l’ultralibéralisme, qui conduisent aujourd’hui le monde à la récession et la CAMIF à la ruine (alors qu’il aurait fallu renouveler l’impulsion originelle sans faire rimer modernisation et trahison).

Solidaire des salariés licenciés, des clients et des fournisseurs lésés, nous ne pouvons que condamner une direction, qui, depuis des années, a dilapidé les fonds propres de la CAMIF et a trahi les valeurs de la coopération.

Face à l’essoufflement d’un modèle économique injuste socialement et insupportable écologiquement, la solidarité économique et sociale qui a contribué à la création de la CAMIF doit être adaptée aux enjeux de notre époque :

* préserver un emploi décent

* sauvegarder la biodiversité,

* soutenir la souveraineté alimentaire des peuples,

* lutter contre le réchauffement climatique,

* produire, distribuer et consommer autrement, en respectant les hommes et la nature.

Entrepreneurs d’un commerce équitable et de l’économie sociale et solidaire, nous sommes prêts à apporter notre soutien à un projet de refondation d’une nouvelle coopérative portée par les anciens travailleurs de la CAMIF, solidaires des clients et des fournisseurs, dans l’esprit qui avait prévalu lors de sa création.

COMMENT SOUTENIR CET APPEL

Si vous souhaitiez apporter votre soutien en tant que personne ou structure à cet appel, vous pouvez soit :

Télécharger la version papier pour la signer et la faire signer autour de vous : Format PDF | Format .doc. Dans ce cas, merci de renvoyer le/les formulaires signés à Minga, 1 quai du square, 93200 Saint-Denis.

Actuellement plus de 250 signataires !

Ils ont notamment signé la pétition :

Edgar Morin (Philosophe et sociologue), Alain Lipietz (Député européen), Marie-Hélène Amiable (Députée des Hauts-de-Seine, Maire de Bagneux), Jean-Jacques Candelier (Député du Nord), Denis Baupin (Adjoint au Maire de Paris Chargé du Développement Durable, de l’Environnement et du Plan Climat), Denis Malabou (Président de la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire du Limousin), Jean-Yves Le Turdu (Conseiller régional Poitou-Charentes), Marie-Christine Blandin (Sénatrice du Nord), Sylvie Mayer (ancien député au parlement européen, auteur du Guide de l’économie équitable), Didier Minot (président de RECIT), Jean-Philippe Magnen (adjoint au Maire de Nantes en charge de la coopération décentralisée et de l’économie solidaire), Gérard Zabatta (Vice Président du Conseil Général des Deux Sèvres)...

3) 23 ans de CAMIF et 1300 € mensuels Article du Monde

Le secrétaire d’Etat Luc Chatel était à Niort jeudi 30 octobre pour la cellule de crise convoquée en préfecture, après l’annonce de la liquidation de Camif-particuliers . Ambiance tendue à l’intérieur, manifestation pacifique de quelque 200 personnes à l’extérieur, encadrement policier discret. Pas de miracle, pas de surprise. « Nous savions par avance les mesures qu’il allait proposer, y compris les montants », a déclaré une syndicaliste devant les télés . Les salariés licenciés devraient ainsi recevoir 90% de leur salaire net durant 8 mois. Mais après ? Chacun sait que moins de la moitié des anciens salariés du groupe Camif licenciés lors des précédents plans de restructuration n’ont pas retrouvé de travail…

On s’interrogeait à Niort, et même dans les commentaires de la chronique précédente, sur le montant des salaires à la Camif. J’ai demandé au hasard à un salarié, bonnet vissé sur le crâne devant les grilles de la préfecture. Réponse : « Je gagnais 1300 € nets après 23 ans de boîte comme ouvrier qualifié ». Pas vraiment une paie de privilégié. Lui et d’autres manifestants m’ont en revanche parlé d’un nombre étonnant de cadres (plus de 500 dans ce qui reste du groupe CAMIF ) dont les plus haut placés palpaient bonbon…

Mais un coup d’œil suffisait pour deviner que les plus hauts salaires n’étaient manifestement pas beaucoup à avoir fait le déplacement ce matin… Et puis toujours ce sentiment d’injustice face aux salaires, aux chèques de départ et à l’impunité dont ont joui les responsables du naufrage. « Il y avait bien un conseil de surveillance, mais ils n’ont pas dû surveiller grand chose », ironisait amèrement un licencié. Qui parlait de « patrons voyous », déjà ?

4) "On portait des valeurs fortes d’éthique et de solidarité" Article de La Croix

« Toute la ville de Niort va être concernée », constate amèrement Geneviève Gaillard, députée et maire socialiste de cette ville de 60 000 habitants qui accueille les sièges nationaux de grandes mutuelles comme la Maif, la Maaf ou la Macif. Avec la chute de la Camif Particuliers, c’est, en effet, tout un pan d’histoire qui s’effrite.

« La Camif, qui existe depuis fort longtemps à Niort, a eu des jours florissants, rappelle l’élue. Cela a commencé à changer voilà une dizaine d’années avec l’arrivée d’Internet et la concurrence des multinationales. » Lancée en 1947 par Edmond Proust, le fondateur de la Maif, la Camif avait pour objectif de répondre aux besoins d’équipement des instituteurs après la guerre, en leur proposant des produits de qualité à moindre coût.

« On portait des valeurs fortes d’éthique et de solidarité, rappelle Jean-Charles Laurent, délégué CFDT à la Camif Particuliers. Nous avions un profond respect du client. » Durant de longues années, les enseignants ont adhéré à la Camif par militantisme, piochant dans son fameux catalogue de quoi se meubler, décorer son logement ou s’habiller.

Diversification des origines sociales et des modes de consommation Comme le souligne Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, elle était l’un des bastions de la solidarité enseignante. « Quand ils entraient à l’école normale, les instituteurs adhéraient au Syndicat national des instituteurs, s’assuraient à la Mgen et à la Maif et achetaient leurs meubles à la Camif. » La diversification des origines sociales, des pratiques professionnelles et des modes de consommation des enseignants est passée par là.

« C’était une très belle entreprise, un fleuron de l’économie sociale niortaise, ajoute Jacques Brossard. Mais sa fidèle clientèle enseignante a volé en éclats. » Les syndicats dénoncent également des erreurs de gestion de la part des dirigeants pour expliquer la débâcle.

Le préfet, les collectivités locales, les chambres consulaires et les partenaires sociaux doivent se réunir pour venir en aide aux salariés. « On a des projets de repositionnement et de redynamisation, indique Gérard Lefèvre, directeur général de la chambre de commerce et d’industrie des Deux-Sèvres. Mais cela ne se fera pas du jour au lendemain. » Florence PAGNEUX, à Niort (Deux-Sèvres)

5) CAMIF : un modèle liquidé Article du Monde

La CAMIF faisait la une des JT d’hier soir : premier sujet sur TF1 et seulement 3 ou 4ème sur France 2. On y apprenait la liquidation judiciaire de CAMIF-Particuliers (plus de 780 emplois supprimés) et la mise en redressement judiciaire pour six mois de CAMIF SA avec poursuite de l’activité. On y voyait un tribunal de commerce sous haute surveillance policière, un dirigeant conspué et de l’indignation et des larmes. Dans cette chronique d’une mort annoncée (lire articles et dossier dans la Nouvelle République ), une nouvelle étape vient d’être franchie et, même si elle était hélas prévisible depuis des semaines, son impact reste humainement énorme.

Un pilier de ce qu’on appelle « l’économie sociale » est en train de s’effondrer et localement, on peine toujours à comprendre comment un tel naufrage a pu être possible. Soixante ans d’existence à Niort rendaient la CAMIF insubmersible, avec son modèle exemplaire de coopérative d’achat où l’on trouvait des conseillers compétents et non des vendeurs mielleux, son service après-vente fiable… Mais il y a beau temps que le catalogue CAMIF ne faisait plus rêver, qu’on ne s’échangeait plus les numéros de sociétaires comme autant de précieux sésames, que les prix pratiqués dans le magasin de Chauray ne soutenaient plus la comparaison avec la concurrence toute proche malgré l’artifice de spectaculaires réductions affichées… Et les fidèles enseignants ne venaient plus garer leur caravane sur le parking de Chauray, halte jadis incontournable sur le chemin des grandes transhumances estivales…

Est-ce à dire qu’un certain modèle de consommation « intelligente », fondé sur le principe d’une coopérative d’achat, a définitivement vécu ? On voudrait croire que non, mais comment relancer un tel modèle ? La MAIF a déjà beaucoup injecté d’argent (j’ai entendu le chiffre de 354 millions d’€) et ne veut ou ne peut abonder encore. Est-il trop tard aussi pour faire rendre des comptes à certains mégalos qui, à la tête de l’entreprise, ont accumulé les stratégies erronées avant de quitter le navire avec un gros chèque ? Ce serait justice mais ne comblerait pas le colossal déficit cumulé (104 millions d’€ et actuellement 120 000 € de pertes quotidiennes…). L’urgence va désormais consister à recaser un maximum de gens qui vont souffrir sur le bassin d’emploi niortais, futurs ex-salariés de la Camif et de ses sous-traitants. Ca fait beaucoup, beaucoup de monde et les délégués syndicaux ainsi que tous les salariés semblaient cette fois bien seuls face à l’adversité…

6) Camif : 1.500 manifestants à Niort le 25 octobre (Source : AFP)

Plus de 1.500 personnes selon la police et les syndicats ont manifesté ce matin à Niort pour protester contre la "gabegie financière" qui secoue le groupe de vente à distance Camif et montrer leur solidarité avec son personnel.

A l’appel des syndicats CGT, FO, CFDT, CFE-CGC, CFTC et FSU, les salariés et leurs familles, ainsi que des élus et habitants de la région niortaise ont scandé "liquidation, non, non, non" en défilant du centre-ville à la mairie, avant de se disperser en milieu de journée, a constaté une correspondante de l’AFP.

"900 chômeurs de plus, merci patron", pouvait-on lire sur des affichettes brandies par les manifestants.

"Voilà dix ans que se succèdent des plans de redressement, mais sans volonté de développement durable... C’est une gabegie financière !", a dénoncé Jacky Barra, secrétaire général départemental de FO. La Camif s’est déclarée jeudi en cessation de paiement. Camif Particuliers (780 salariés), puis Camif SA (200 salariés), maison-mère historique et qui détient 34% de Camif Particuliers, ont successivement annoncé le même jour leur dépôt de bilan.

L’avenir des deux sociétés, dont le siège et à Chauray, près de Niort, dépend du tribunal de commerce de Niort qui doit statuer lundi. Un nouveau rassemblement est prévu devant le tribunal lundi matin, selon les syndicats.

7) La CAMIF, le gâchis !

Le sous –titre que l’on peut affubler aux déboires de la Coopérative d’achat de la mutuelle des instituteurs de France c’est : « Comment on sabote une bonne idée : le principe coopératif ! ».

Certes il est trop tôt pour tirer des conclusions qui ne seraient que hâtives et incomplètes, néanmoins c’est triste à dire, mais en résumé cela ressemble à l’histoire de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, finalement elle a éclaté, un peu à l’image de la Camif qui vient de déposer le bilan après avoir présumé de sa capacité à trop vouloir proliférer. Thèse un peu succinct demandant, en fonction des événements, à être développée afin apporter des éléments de réponse piochés dans l’historique de ce qui fut une coopérative.

Ca y est, le gouffre abyssal de CAMIF-Particuliers a précipité l’ensemble du groupe CAMIF- SA dans sa chute. Pourtant un espoir était né au mois d’aout lors de contacts avec un investisseur extérieur qui aurait injecté des capitaux, ceci étant lié à un plan drastique envers l’emploi puisqu’il était prévu la suppression de 509 postes. Avec la cessation de paiement, faute d’avoir conclu avec un pourvoyeur de fonds, c’est maintenant probablement plus de 900 emplois qui sont menacés, sans compter l’effet boule de neige qui pourrait toucher les sous-traitants ou autres entreprises liées à l’activité commerciale de la Camif.

De l’avis des employés ainsi que le rapporte entre autre la Nouvelle République, cette situation aurait paru invraisemblable il y a quelque temps encore, tant semblait pérenne la coopérative à nombre d’employés qui se voyaient aller jusqu’à la retraite en toute quiétude au sein de cette entreprise. Si l’on écarte la conjoncture économique, qui assurément n’est pas étrangère aux problèmes de la Camif, quel peut donc être l’autre facteur qui a engendré un tel désastre. A l’évidence il s’agit d’un problème de gestion qui à conduit les instances dirigeantes de cette société vers des solutions libérales au détriment de l’esprit coopératif.

Sans doute lorsque la coopérative s’est ouverte tout public, l’embellie commerciale en perspective aura endormie le sens critique de certains. Pour cela souvenons nous du petit coup de colère de l’assemblée des personnels en avril 2007 où celle-ci, en faisant appel aux sociétaires qui avaient encore un peu leur mot à dire, dénonce l’attitude des gouvernants de la Camif, en voici un extrait :

« Les modifications statutaires successives mises en place par le Conseil d’Administration ont dessaisi les sociétaires d’un réel pouvoir de contrôle de la gestion de leur coopérative :

 L’essentiel des activités a été transféré dans des filiales Sociétés Anonymes par actions avec des Directoires qui ont tous pouvoirs, sans avoir juridiquement à rendre des comptes aux sociétaires,

 Les renouvellements des Administrateurs se font par cooptation et non par une réelle élection démocratique ouverte à tout sociétaire.

Le Président en premier lieu et son Conseil d’Administration sont pleinement responsables du désastre économique, financier et social dans lequel se trouvent votre Coopérative CAMIF et ses salariés :

 Plus de 100 millions € de capitaux (toutes les réserves accumulées en 50 ans) ainsi que le patrimoine immobilier ont été engloutis en pure perte dans des investissements relevant de la mégalomanie :

o International : Portugal, Allemagne, République Tchèque, filiales toutes cédées ou fermées.

o France : France Image Logiciels, Eclectis, Delachaux & Niestlé, Savour Club, Varilèges, Score, etc … même sort !

o Chaînes de magasins Maisonnables, Magie Bleue : ouvertures puis fermetures de Coquelles, Argenteuil, Eragny, Marne La Vallée, Rouen. »

On ne peut être plus clair. Malheureusement, malgré cette débauche d’énergie, grève du 22 mars au 2 avril 2007, il faudra à la fin de cette même année faire appel au fond d’investissement Osiris Partners qui injectera des capitaux. On aurait pu croire que se serait en même temps l’occasion de gérer au plus juste les finances, ce qu’à l’évidence tout le monde n’a pas pris en considération !

En effet, le total des salaires annuels du Président du conseil d’administration, du Vice-Président et du Directeur Général avoisine les 677 129 Euros (hors défraiements) – on comprend qu’avec de tels émoluments ils ne furent pas motivés envers l’intérêt de la collectivité, et surtout le principe coopératif.

Par conséquence plongé en plein monde ultra libéral sans foi ni loi, en même temps qu’une période de récession, la Camif est au bord de la rupture. Quand sera-t-il demain ?

Lundi 27 octobre, le tribunal de commerce de Niort statuera sur le sort de cette SA. Espérons que sera sauvé ce qui était l’un des plus beaux fleurons de l’esprit coopératif !

Par Michel MENGNEAU sur le site Bellaciao


8) « Escroqués », les clients de la Camif s’organisent RMC

Après le placement en liquidation judicaire de la Camif, les clients n’ont plus de nouvelles de leurs commandes et ont peu de chances d’être remboursés.

... Xavier Caron, l’un des clients de la société de vente à distance a lancé une association et un blog (soscamif.blogspot.com) pour crier sa révolte. Il rassemble déja près de 600 membres, qui ont effectué une commande à la Camif, l’ont payée, et n’ont pas été livrés. Au total, la somme que la Camif doit à ses clients s’élève à 750 000 euros.

« C’est une escroquerie »

En direct sur RMC, Xavier Caron a raconté sa démarche : « Lundi soir, sous le coup de la déception, j’ai créé un blog que j’ai diffusé sur de nombreux forums, et j’ai vite été débordé par le succès puisqu’à ce jour il y a plus de 600 clients qui m’ont fait part de leur témoignage. Ils se sont inscrits dans la base de données et ils sont prêts à agir contre ce qu’on qualifie d’escroquerie et d’abus de confiance. C’est surtout la manière dont se sont passées les ventes ces dernières semaines qui nous fait penser à une escroquerie massive. Puisque, pour ne vous citer que mon exemple, le 15 octobre je commandais et payais une cuisine à 8 000 euros, on m’a demandé de payer la totalité du montant à la commande, alors que dans le même magasin, quelques semaines avant, la pratique voulait qu’on ne paye qu’un acompte de 20 à 30%. Donc manifestement, il y a eu une tactique mise en place par la direction de la Camif pour récolter le maximum d’argent. On ne peut pas leur reprocher d’avoir voulu sauver la Camif, mais ils l’ont fait en faisant peser 100% des risques sur les clients, ce qui est proprement scandaleux ».

Des clients écœurés

Parmi ces clients, on trouve Valérie, qui vit en Dordogne. Elle a acheté un canapé en cuir convertible pour 2 500 euros au magasin Camif de Clermont-Ferrand. Depuis plusieurs jours, elle n’a aucune nouvelle de sa commande et elle ne cache pas sa colère.

Marie-Laure, autre cliente, a « économisé pendant 5 mois, avec un salaire de 900 euros mensuel, pour s’offrir un abri de jardin à 800 euros au mois d’août », dont elle n’a pas de nouvelles. Aujourd’hui, elle s’en dit « malade ».

Au sein des clients lésés, on trouve aussi Caimant Shérif, qui habite à Lyon. Au mois de juillet, il a commandé un canapé d’une valeur de 1 300 euros. Son article ne lui a pas été livré. La Camif a d’abord évoqué un « manque de matière première ». Aujourd’hui, son canapé est bloqué chez le transporteur. Comme beaucoup de clients, il a le sentiment d’avoir été arnaqué car on lui a « demandé le paiement immédiat du canapé ».

Quel recours juridique ?

Que peuvent faire ces clients floués ? Isabelle Faujour, juriste à l’UFC Que Choisir, explique qu’ils « peuvent faire une déclaration de créance (avant le 26 décembre auprès de Maître Gilles DUTOUR, 4 rue de la gare - 79000 NIORT) qui sert à prévenir le liquidateur qu’on a une créance sur la société et à préserver ses droits pour être remboursé de la somme ». Mais cette démarche a peu de chances d’aboutir, comme le précise Maître Fabrice Laffon, avocat qui travaille avec l’UFC Que Choisir : « Le gros problème, c’est que ce droit au remboursement n’est qu’un principe puisqu’au moment du partage de ce qui reste éventuellement des actifs de la société, on privilégie d’abord ce qu’on appelle les créanciers privilégiés, tel l’URSAFF, les salaires... Les consommateurs ont peu de chance, dans la logique juridique, de récupérer leur argent. C’est malheureusement le gros risque pour ces consommateurs ».

9) La Camif en cessation de paiement (L’Humanité)

La coopérative historique du monde enseignant s’est déclarée en cessation de paiement dans la foulée de sa filiale Camif-Particuliers.

Dans la foulée de l’annonce de la mise en cessation de paiement de sa filiale Camif Particuliers qu’elle détient à 34%, la maison-mère, la coopérative Camif SA se déclare à son tour en cessation de paiement. La coopérative historique du monde enseignant Camif SA "s’est déclarée en cessation de paiement avec demande d’une poursuite d’activité" parce que Camif Particuliers, qui vient de déposer son bilan, "ne paie plus" les sommes qu’il doit verser à Camif SA, a indiqué son président Louis Mallet dans une conférence de presse à Niort.

Camif SA, qui emploie 200 personnes, "propose un plan d’équilibre pour 2009 et 2010 qu’il soumet au tribunal de commerce".

Camif SA a d’autres filiales que Camif Particuliers. Ces filiales, Camif Collectivités, Camif Habitat, Romactis, Léon Fargues, "ont leur métier, leur propre vie".

Le groupe de vente à distance Camif Particuliers, qui emploie 780 personnes, s’est placé en cessation de paiements en raison de la crise économique et de problèmes de trésorerie. A fin d’inventaire, "les magasins, comme les autres canaux de vente, seront fermés pour quatre jours à compter d’aujourd’hui".

En proie à de fortes difficultés ces dernières années, Camif Particuliers, qui s’est spécialisé dans la vente d’ameublement, est détenu à majorité par le fonds Osiris (66%), le reste du capital appartenant à Camif SA (34%) qui était auparavant sa maison-mère.


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