URGENT : LIRE OU RELIRE MARX (par Robert Mascarell PG 12)

jeudi 16 juin 2016.
 

Tout ce que les libéraux comptent de patrons, de politiciens, d’économistes et de journalistes à leur solde, entonnent le même couplet : la crise financière et économique actuelle, plus connue sous le nom de crise des subprimes, n’est que le résultat de quelques dysfonctionnements de certains rouages ou de quelques comportements indélicats de traders, par exemple. Sous-entendu : pas question de toucher au système, il suffit de moraliser le capitalisme et éventuellement de le réguler. Le moins possible. C’est tout l’objectif du prochain G20. Même pour ça, ils ne sont pas près d’atteindre cet objectif.

Il s’agit de balivernes. Pour s’en convaincre, il suffit de connaître un petit peu l’œuvre de Karl Marx et Friedrich Engels. Je ne me prétends pas marxistes, ce serait trop prétentieux, mais marxisant. A ce titre, il m’arrive de me replonger dans un de leurs ouvrages. Je dois dire que, lus à la lumière de la situation économique actuelle, je bois du petit lait.

Même les capitalistes s’accordent à reconnaître que Marx est celui qui a le mieux décortiqué le mécanisme de fonctionnement du capitalisme. En cette période, je ne saurai trop vous recommander de lire ou relire, entre autres petits bijoux, ce que Marx appelle : « la formule générale du capital », tome 1 de son œuvre majeure « Le Capital ».

Sa lecture est un peu ardue, mais quel délice et surtout quel visionnaire. Marx y explique les différentes phases du développement de l’activité économique des hommes, à partir du stade où la production marchande et le commerce ont déjà atteint un certain degré de développement, caractérisant le début du capitalisme. A ce stade-là, l’échange entre les marchandises de différentes natures est facilité par l’existence de la monnaie, ce que Marx met en équation de la manière suivante :

M->A->M (vente d’une marchandise contre de l’argent pour acheter une autre marchandise de même valeur, soit vendre pour acheter à somme égale).

Il s’agit-là du mode de circulation des marchandises le plus simple. Il ne fabrique pas du capital.

Le véritable capitalisme ne fera son apparition que bien plus tard, quand sous l’effet de l’accumulation de l’argent au fil des générations et des progrès techniques, l’argent sera au début et à la fin du processus de circulation et de la monnaie et de la marchandise. C’est-à-dire que le cycle commencera par l’acte d’achat de la marchandise et finira par sa revente moyennant une plus-value. Cette plus-value va constituer le capital. Nous avons donc l’inverse de l’équation précédente. Marx propose ainsi l’équation suivante pour caractériser ce renversement :

A->M->A’ (l’argent achète une marchandise revendue ensuite avec une plus-value).

Cette équation correspond à une phase du capitalisme en voie de marginalisation d’un point de vue capitaliste, dont la logique de fonctionnement est adossée à la production industrielle, c’est-à-dire à l’économie réelle comme disent les économistes aujourd’hui. Cette équation constitue ce que Marx appelle la formule générale du capital.

Mais déjà, il entrevoyait que le capitalisme, dans une phase ultérieure, j’ajouterai peut-être ultime, se libèrerait du carcan de l’économie réelle, pour devenir de plus en plus financier. Il parlait « d’argent qui pond de l’argent, monnaie qui fait des petits », et traduisait cette phase dans l’équation suivante :

A->A’ (l’argent qui génère plus d’argent. Dans cette phase, M (production industrielle ou économie réelle) a disparu.

C’est le stade auquel le système capitaliste est parvenu aujourd’hui, cohabitant tout de même avec la production réelle (A->M->A’). Il est le résultat de l’accumulation du capital et des concentrations industrielles et financières, intervenues au fil des générations. Les plus gros mangent les plus petits et imposent la loi de la jungle.

Si bien que l’économie réelle croît à raison de 3 à 5 % l’an (et encore, dans ce taux croissance sont pris en compte des éléments de la production parfaitement nuisibles pour les hommes, les animaux et la nature), alors que sur les marchés financiers les taux de retour sur investissement exigés par les capitalistes et les fameux actionnaires, sont supérieurs à 15 % l’an, à effet immédiat en outre.

C’est pourquoi, je prétends avec certitude que Sarkozy et ses alter ego des autres pays peuvent se réunir tant qu’ils voudront, jamais ils ne pourront empêcher la financiarisation de l’économie capitaliste et la quête effrénée de profit immédiat de ses laudateurs. La logique de leur système est plus forte qu’eux. Il n’y a pas de place pour la morale dans ce système, pas même pour la régulation. La seule règle admise dans ses hautes sphères c’est la loi du plus fort.

On comprend mieux dans ces conditions, que tous ces politiciens, économistes, profiteurs, exploiteurs, spéculateurs aient jeté Marx dans les oubliettes de l’histoire. Ils sont dans leur rôle.

Le plus grave est que des hommes et femmes prétendument de gauche, aussi bien en France qu’en Europe, s’autoproclamant de la gauche responsable et de gouvernement aient également jeté Marx aux orties. Au mieux ce sont des jocrisses, au pire des complices, à moins qu’ils ne soient incultes. Dans tous les cas ils sont indignes de notre confiance.

Robert Mascarell le 6 novembre 2008


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