OPA sur les bambins. La CNAF financera les crèches catholiques !

samedi 29 novembre 2008.
 

Les bons pères sont en embuscade pour mettre la main sur un nouveau créneau. C’est la revue « Enseignement catholique actualités » qui, en février 2008, a annoncé la couleur. Dans un dossier intitulé « Place aux tout-petits », les grands prêtres expriment leur désir d’ouvrir des crèches à l’intérieur de leurs établissements pour permettre un accueil précoce des enfants, « dès 18 mois ou même en deçà ». Et à la demande du secrétariat général de l’Enseignement Catholique, les directeurs diocésains ont été priés de nommer, dans chaque département, un référent en matière de petite enfance, en vue d’une grand-messe célébrée le 26 novembre 2008 à Paris.

Pas besoin d’une étude de marché : les moins de 3 ans, cela représente 2,5 millions de bouts de chou. Et autant de « clients ». Un bon moyen de capter une clientèle qui, avec un peu de chance, restera dans le privé durant toute sa scolarité. C’est ce qu’on appelle un investissement à long terme. Avec, côté financement, la bénédiction de la Caisse Nationale des Allocations Familiales. Son patron, Jean-Louis Deroussen, était jusqu’à sa nomination, en 2006, le président de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens de l’enseignement privé. Jean-Louis Deroussen a été invité, bien sûr, à siéger au Haut Conseil de la Famille, un machin créé, le 28 octobre 2008, par la secrétaire d’Etat chargée de la famille, Nadine Morano, et présidé par François Fillon.

Extraordinaire hasard, Darcos, ardent supporter de l’Enseignement catholique, a préparé le terrain. Le 14 novembre 2008, devant les sénateurs, le ministre de l’Education affirmait que l’école maternelle était tout à fait inadaptée aux moins de 3 ans, et qu’il vaudrait mieux s’orienter vers des « jardins d’éveil ».

En juillet dernier, déjà, Darcos avait poussé ce cri du cœur :

« Est-il vraiment logique, alors que nous sommes si soucieux de la bonne utilisation des crédits de l’Etat, que nous fassions passer des concours à bac + 5 à des personnes dont la fonction va être essentiellement de faire faire des siestes à des enfants, ou de leur changer les couches ? »

Excepté le ministre Darcos, tous les parents savent que l’école n’accueille pas les enfants qui ne sont pas propres. C’est même LA condition pour l’entrée des têtes blondes dans le circuit scolaire.

Darcos ne s’est pas appesanti sur cette vérité statistique toute bête : faute de postes d’instits, 40 000 bambins, pour la plupart issus des milieux défavorisés, n’ont pu être scolarisés à la rentrée 2008 – 2009.

Les cathos vont accomplir un miracle ?

Brigitte Rossigneux, Le Canard Enchaîné, 26 novembre 2008, page 4.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message