10 juin 1940 Massacre de tirailleurs sénégalais au bois d’Eraine

lundi 18 juin 2018.
 

Au cours des mois de mai et juin 1940, alors que l’armée allemande envahit le nord de la France, près de 3 000 tirailleurs sénégalais sont sommairement exécutés.

Galvanisés par des années de propagande raciste visant tout particulièrement les troupes noires de l’armée française, les nazis se livrent sur leur passage à de multiples massacres de soldats coloniaux. Parmi les victimes de cette barbarie, on retrouve notamment les 16e et 24e régiments de tirailleurs sénégalais. Engagés sur le front dans la Somme, ces soldats avaient pour mission de stopper la progression allemande afin d’empêcher l’encerclement des troupes françaises et britanniques engagées en Belgique. Cependant, esseulées, désorganisées et exténuées après trois semaines de combats acharnés, ils vont eux-mêmes se retrouver pris au piège par les nazis.

Le 9 juin 1940, ils tentent une percée à travers les lignes ennemies. Mais rien n’y fait, l’armée allemande ne fléchit pas. Les tirailleurs se résignent donc à se réfugier dans le bois d’Eraine, près de Cressonsacq dans l’Oise. Débute alors une véritable chasse à l’homme. Qualifiés de « bêtes meurtrières » par la propagande nazie, ils sont traqués. Les moindres recoins du bois sont balayés. Au matin du 10 juin, la 10e compagnie du régiment Grossdeutschland, unité nazie tristement célèbre pour son fanatisme, les capture. Conduits dans une ferme voisine, soldats noirs et blancs sont séparés. Pressentant le pire, deux officiers français, le commandant Bouquet et le capitaine Speckel, décident d’intervenir et de prendre la défense des soldats africains. Ils demandent à ce que chaque combattant soit traité avec humanité en tant que prisonnier de guerre. Un comportement exemplaire dans de telles circonstances loin de l’attitude adoptée par certains cadres coloniaux. Cependant pour les nazis les tirailleurs sénégalais sont des sous-hommes qu’ils accusent de crimes de guerre. Dans un dernier élan de bravoure, les officiers insistent et affirment même commander fièrement leurs troupes. Leur indignation sera leur arrêt de mort. Les soldats africains sont tous abattus de sang-froid à la mitrailleuse. Huit officiers français sont quant à eux emmenés en lisière du bois. Là-bas, ils périssent sous les armes nazies d’une balle dans la nuque. On estime que près de cent cinquante tirailleurs ont été massacrés par la Wehrmacht sur le plateau Picard entre le 9 et 10 juin 1940.

Matthieu Lépine


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