6 février : Journée mondiale contre l’excision

jeudi 7 février 2019.
 

C) Mutilations génitales : l’excision des jeunes filles a fortement diminué en Afrique

Grâce aux actions menées contre les mutilations génitales féminines, cette pratique a régressé parfois de façon spectaculaire. Mais elle persiste dans de nombreux pays.

« Il existe des preuves d’une baisse énorme et significative de la prévalence des mutilations génitales féminines et de l’excision chez les enfants », estiment des chercheurs britanniques et sud-africains, dans une étude publiée en ligne par le British Medical Journal Global Health [1] mardi 6 novembre. Sur une ou plusieurs décennies, selon les données disponibles, apparaît une baisse parfois spectaculaire de la prévalence dans plusieurs régions africaines, notamment en Afrique de l’Est où, de 71,4 % en 1995, elle a chuté à 8 % en 2016. Elle a aussi régressé de 73,6 % en 1996 à 25,4 % en 2017 en Afrique de l’Ouest, et de 58 % en 1990 à 14 % en 2015 en Afrique du Nord. Néanmoins, de fortes variations subsistent au fil du temps entre pays et régions et au sein d’un même pays.

L’Unicef estimait, dans un rapport publié en 2016, que plus de 200 millions de femmes et de filles, dans une trentaine de pays dans le monde, avaient subi des mutilations génitales féminines ou une excision. Et les moins de 14 ans représenteraient 44 millions du total.

Dans cette nouvelle étude, Ngianga-Bakwin Kandala (université du Witwatersrand, Afrique du Sud) et ses collègues ont analysé plusieurs bases de données pour documenter la fréquence des mutilations génitales féminines et de l’excision. Leur travail couvre plus de 200 000 enfants entre la naissance et l’âge de 14 ans sur la période 1990-2017, dans vingt-neuf pays (vingt-sept situés en Afrique plus l’Irak et le Yémen) connus pour abriter cette pratique. Il manque au tableau mondial cependant l’Indonésie, pays où le nombre d’excisions est très important.

Prise en compte nouvelle des enfants

A la différence des données déjà connues, cette nouvelle étude s’intéresse au cas des enfants. « On disposait des chiffres des femmes de 15 à 49 ans, et ce sont les mères qui déclarent si elles ont, ou non, excisé leurs filles. Il peut y avoir un biais, bien sûr, une sous-estimation [dans l’étude du British Medical Journal Global Health], car certaines femmes peuvent craindre d’affirmer avoir pratiqué cette opération aux enquêteurs, alors qu’elle est officiellement interdite, mais dans l’ensemble, cette annonce de la baisse des taux de prévalence est une excellente nouvelle », estime Armelle Andro, démographe à l’université Paris-I-Sorbonne, qui a cosigné une étude sur les mutilations génitales féminines dans le monde en avril 2017, dans le bulletin Population et sociétés de l’Institut national d’études démographiques.

Cette prise en compte nouvelle des enfants est d’autant plus importante que l’âge moyen à laquelle est pratiquée l’excision aurait tendance à baisser, se situant avant l’adolescence, et même avant dix ans.

L’étude met en évidence de fortes disparités entre pays d’une même zone géographique. L’Afrique de l’Ouest présente des taux moyens parmi les plus élevés du continent : 72,59 % au Mali, 61,2 % en Mauritanie ou 50,35 % en Guinée. Dans d’autres pays de cette région, en revanche, le pourcentage est très faible : 0,4 % au Ghana, 0,53 % au Togo ou 1,80 % au Bénin. En Afrique centrale, les taux de prévalence les plus élevés sont rencontrés au Tchad (13,9 % des filles), suivi par la République centrafricaine (3 %) et le Cameroun (0,7 %). En Afrique de l’Est, le taux moyen annuel varie de 2 % au Kenya à 67 % en Erythrée. En Afrique du Nord, les deux seuls pays pris en compte étaient le Soudan (41,9 %) et l’Egypte (28,4 %), sachant que l’excision n’est pas pratiquée au Maghreb.

Persistance des facteurs de risque

« Les preuves actuelles semblent montrer le succès de la politique nationale et internationale d’investissement et d’intervention au cours des trois dernières décennies », écrivent les auteurs de l’étude. L’une des explications possible à cette baisse de prévalence est, selon eux, « l’interdiction légale actuellement en vigueur dans la plupart de ces pays ».

Les auteurs de l’étude restent cependant prudents, car, pour de nombreux pays, la base statistique reste faible. Ils soulignent également la persistance des facteurs de risque pour les filles de subir ces mutilations : le manque d’éducation, la pauvreté, les traditions culturelles, la mauvaise couverture sociale et la perception de l’excision pouvant apparaître comme une condition nécessaire pour le mariage.

Un des objectifs de développement durable

Pour éviter un retour en arrière, Ngianga-Bakwin Kandala et ses collègues incitent à faire des opérations de prévention ciblées sur les « thèmes culturels sensibles » une priorité majeure de santé publique. « Si l’objectif de la politique publique est de s’assurer de l’élimination de cette pratique, il est urgent d’aller plus loin dans les efforts », estiment-ils.

« C’est un bon début, mais il faut maintenir la pression, car on sait que rien n’est acquis s’agissant des droits des femmes et de leur santé », insiste, de son côté, Armelle Andro. D’autant que les Nations unies ont fait de l’éradication totale de ces mutilations génitales féminines à l’horizon 2030 un des objectifs de développement durable (ODD) qui ont été adoptés à l’unanimité des Etats membres, en septembre 2015.

Rémi Barroux et Paul Benkimoun

Source : https://abonnes.lemonde.fr/planete/...

Notes

[1] https://gh.bmj.com/content/3/5/e000549

B) Mutilations génitales - Aminata : « Face à l’excision, il faut dire pas moi, pas mes sœurs, pas mes cousines »

La première campagne de prévention à destination des adolescentes de 12 à 18 ans, lancée par le réseau associatif Excision, parlons-en !, vient d’êtrte lancée.

« Il faut être forte, nos parents nous aimeront même si on dit non à l’excision. Ce sont leurs coutumes à eux, je les respecte, ils n’ont rien connu d’autre. Mais il faut dire : pas moi, pas mes sœurs, pas mes cousines. »

Les mots d’Aminata, 36 ans, s’adressent à toutes les jeunes filles vivant en France qui risquent d’être excisées, comme elle l’a été à l’occasion d’un voyage dans le pays d’origine de ses parents, le Mali. Elle témoignait, vendredi 3 mars, à Paris, à l’occasion du lancement de la première campagne de prévention destinée aux adolescentes de 12 à 18 ans, lancée par le réseau associatif Excision, parlons-en !

Aminata n’a pas pu dire non. Elle n’avait que 4 ans quand le voyage a eu lieu. « Ma mère avait la nostalgie de sa famille », relate la jeune femme. Elle ne sait pas exactement qui a décidé de l’ablation partielle de son clitoris, ni comment cela s’est passé, et se souvient seulement du voyage de retour en France où elle a été rapatriée après avoir subi une hémorragie.

« J’ai appris que j’ai été excisée il y a sept ans, poursuit-elle. Je m’en étais toujours doutée. Il manquait quelque chose dans ma vie. Ce n’est pas seulement un morceau de chair qu’on nous enlève. Beaucoup de choses sont brisées en nous. » En 2016, elle a été opérée par la gynécologue Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), qui propose une chirurgie réparatrice.

« Je suis moi-même enfin, témoigne Aminata. Je n’ai plus peur de rien. Tout ce que j’ai toujours voulu faire, je le fais. Je vais même passer mon permis moto ! » Et elle témoigne. « C’est très important, ajoute-t-elle. Je me rends compte que beaucoup de femmes sont concernées et n’osent pas parler. »

53 000 femmes excisées vivraient en France

Selon l’Institut national d’études démographiques, 53 000 femmes excisées vivraient en France, et 3 adolescentes sur 10 dont les parents ont émigré de pays pratiquant traditionnellement l’excision sont menacées de l’être ; 10 % l’ont été.

Ces pays sont nombreux en Afrique (Egypte, Soudan, Somalie, Guinée, Mali, Mauritanie, Sénégal…). Mais l’excision est aussi très pratiquée en Indonésie et en Malaisie. Elle est également rapportée au Pérou, en Colombie, en Inde… Environ 140 millions de femmes dans le monde ont subi une mutilation sexuelle.

Les conséquences sont lourdes : douleur, hémorragie, infections, problèmes urinaires, diminution du plaisir sexuel, complications obstétricales, conséquences psychologiques… « Beaucoup de familles ont pris conscience du danger que représente l’excision », relève Moïra Sauvage, présidente du collectif Excision, parlons-en !

En France, cette pratique est punie par la loi. Les sanctions peuvent aller jusqu’à vingt ans de prison en cas de décès. « Aucune coutume de ce genre, aussi enracinée soit-elle, ne peut être tolérée, a affirmé Laurence Rossignol, la ministre des droits des femmes, lors du lancement de la campagne. C’est une mise en cause de l’intégrité physique et de la santé psychique, ainsi qu’un moyen de perpétuer la domination des hommes sur les femmes par la violence. »

« Le clitoris est un organe qui ne sert qu’au plaisir, a ajouté Isabelle Gillette-Faye, directrice du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles et du mariage forcé. Si on en coupe une partie, c’est pour empêcher les femmes d’en avoir. »

Pression familiale

Si la campagne de prévention s’adresse aux adolescentes, c’est que les pratiques ont changé depuis l’époque où Aminata a été excisée. « Jusqu’au début des années 2000, les petites filles âgées de moins de 6 ans étaient concernées, explique Mme Gillette-Faye. Mais les parents attendent de plus en plus aujourd’hui qu’elles grandissent. »

La surveillance des jeunes enfants effectuée par les médecins des services de la protection maternelle et infantile, où ces familles sont souvent suivies, explique en partie ce phénomène. « La pression familiale est aussi plus forte quand la question du mariage commence à se poser », poursuit Mme Gillette-Faye. L’excision n’est parfois pas souhaitée par les parents, mais par les grands-parents ou la future belle-famille.

La campagne s’appuie sur un site (Alerte-excision.fr), qui permet aux adolescentes de s’informer et d’évaluer leur niveau de risque ou celui de leur entourage (famille, amies), et sera diffusée sur les réseaux sociaux. Des collégiens et des lycéens d’Ile-de-France seront ses ambassadeurs.

Gaëlle Dupont

Source : https://abonnes.lemonde.fr/societe/...

A) Mutilations génitales : l’excision touche des millions de femmes dans le monde, des milliers en France (6février 2018)

A l’occasion de la Journée mondiale contre l’excision, le point sur cette pratique rituelle interdite en France qui touche des millions de femmes et de fillettes dans le monde.

Qu’est-ce que l’excision ?

L’excision est une forme de mutilation sexuelle qui vise à retirer le clitoris, ou du moins une partie, d’une enfant ou d’une adolescente. Cette mutilation est pratiquée de manière rituelle dans de nombreux pays d’Afrique (Egypte, Soudan, Somalie, Guinée, Mali, Mauritanie, Sénégal…), mais aussi en Indonésie et en Malaisie. Elle existe aussi au Pérou, en Colombie, en Inde… En 2016, les Nations unies dénombraient 200 millions de filles et de femmes ayant subi une forme de mutilation génitale dans les pays les plus concernés.

Quel est le but ?

De nombreuses raisons sont invoquées pour justifier cette mutilation, comme l’interdiction de l’accès à l’orgasme des femmes, considéré comme malsain, l’amélioration du plaisir sexuel masculin, des raisons hygiéniques (démenties à l’unanimité par les médecins) ou des croyances anciennes (initiation à l’état de femme, peur que le clitoris n’empoisonne l’homme, l’enfant à la naissance…).

L’excision est de fait une expression particulièrement violente de la domination masculine exercée sur les femmes là où elle est pratiquée. Pour Isabelle Gillette-Faye, directrice du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles et du mariage forcé :

« Le clitoris est un organe qui ne sert qu’au plaisir. Si on en coupe une partie, c’est pour empêcher les femmes d’en avoir. »

Cela concerne-t-il la France ?

Oui. En France, on estime à environ 53 000 le nombre de femmes excisées. Pas moins de trois adolescentes sur dix dont les parents viennent de pays pratiquant l’excision sont menacées d’être excisées, à l’occasion d’un séjour à l’étranger le plus souvent. Parmi elles, une sur dix sera finalement excisée.

Quelles sont les conséquences pour les femmes excisées ?

Elles sont lourdes :

• douleur ;

• hémorragie ;

• infections ;

• problèmes urinaires ;

• diminution du plaisir sexuel ;

• complications lors de grossesses ou d’accouchements ; traumatismes psychologiques…

Des techniques médicales ont été développées pour soigner les femmes mutilées. La gynécologue Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), propose par exemple une chirurgie réparatrice.

C’est aussi la spécialité du docteur Mukwege, célèbre gynécologue et militant des droits de l’homme en République démocratique du Congo, qui a voué sa carrière à la lutte contre l’excision. Un engagement qui lui a valu des menaces de mort.

Est-ce puni par la loi ?

En France, oui ; des peines de prisons allant de dix à vingt ans d’emprisonnement peuvent être prononcées à l’encontre des auteurs selon l’âge de la victime, voire jusqu’à trente ans d’emprisonnement si celle ci est morte des suites de cette mutilation. Depuis 2013, sont également punis d’une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende le fait d’inciter quelqu’un à se faire exciser ou à pratiquer l’excision sur une tierce personne.

La victime peut porter plainte jusqu’à vingt ans après sa majorité, soit jusqu’à l’âge de 38 ans, pour condamner ces violences devant la justice française.

La première campagne de prévention à destination des adolescentes de 12 à 18 ans, lancée par le réseau associatif Excision, parlons-en !, a été lancée en mars 2017. Cette année, l’association met à disposition sur son site Internet un tchat numérique pour permettre « aux jeunes de s’informer de façon anonyme et gratuite auprès de professionnelles ».

La loi française protège toutes les filles qui vivent en France, quel que soit leur nationalité et le territoire où l’excision est pratiquée.

Tél : 17, en cas d’urgence

Tél ; 119, aides et infos

Source : https://abonnes.lemonde.fr/sante/ar...


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