Srebrenica du 11 au 16 juillet 1995 : 8000 bosniaques désarmés (hommes, femmes, enfants) sont exterminés

lundi 17 juillet 2017.
 

En juillet 1995, les forces serbes s’emparaient de Srebrenica, enclave « sous protection onusienne » où étaient amassés 42 000 Bosniaques (Musulmans), provoquant le plus grand massacre de civils perpétré en Europe depuis la seconde guerre mondiale : l’exécution sommaire en six jours de 8 000 personnes et la déportation du reste de la communauté hors de la zone conquise. Les casques bleus n’opposeront aucune résistance. En novembre 1999, un rapport présenté par Kofi Annan reconnaissait la responsabilité de l’ONU dans « la faillite de la politique des zones de sécurité ». Le 19 avril 2004, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie confirmait le caractère génocidaire des opérations organisées sous le commandement du général Ratko Mladic et du « président » Radovan Karadzic. Sept ans après les premiers aveux, en 1996, de Drazen Erdemovic, un s oldat réquisitionné dans les pelotons d’exécution, trois hauts gradés ont à leur tour reconnu les faits et plusieurs autres officiers et responsables sont actuellement en cours de procès.

(Association Française d’étude sur les Balkans le 18 juin 2005)

Le témoignage de deux officiers serbes de Bosnie en octobre 2003 devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye n’a laissé aucun doute sur la manière dont la tuerie a été préparée et organisée. Les deux hommes, dont la déposition s’est prolongée sur une semaine, avaient déjà plaidé coupable de crimes contre l’humanité.

Le premier, Momir Nikolic, 48 ans, ancien professeur de mathématiques, était le chef des services de renseignements de la brigade de Bratunac. Le second, Dragan Obrenovic, commandait la brigade. Ils étaient tous les deux sous les ordres du général Ratko Mladic, et payés par la Serbie.

Le compte à rebours de l’opération Srebrenica commença en juin 1994. L’enclave était alors sous la protection des Casques bleus de l’ONU. La brigade reçut une directive où il était dit explicitement : « Il faut rendre la vie de l’ennemi insupportable et son séjour dans l’enclave impossible de sorte qu’il l’évacue en masse sans tarder, convaincu qu’il n’a aucune chance de survie. » Toute aide aux civils fut coupée, et les Casques bleus furent privés de vivres, de munitions et de carburant afin d’être « mis hors de capacité de combattre ». Le harcèlement dura jusqu’en mai 1995. Les troupes serbes de Bosnie, aidées par la police militaire serbe et des combattants volontaires venus de Serbie, préparèrent à ce moment-là l’assaut final : il eut lieu le 11 juillet.

« On s’attendait à ce que les forces musulmanes opposent une farouche résistance, a indiqué Nikolic, mais de résistance, il n’y en eut aucune. » Des milliers de civils tentèrent de se réfugier à la base des Nations unies à Potocari. Vainement. Le lendemain 12 juillet, à l’aube, au quartier général de la brigade de Bratunac, le général Mladic annonça son intention de liquider les prisonniers. Nikolic apprit la décision de l’un de ses supérieurs, le colonel Vujadin Popovic. « Il m’a dit que les femmes et les enfants devaient être expédiés à Kladanj, et les hommes gardés à part, a raconté Nikolic. Tous les balija [les musulmans] seraient abattus. Mon rôle était de coordonner les opérations. »

Ordre fut donné de rassembler les prisonniers à Bratunac, dans des écoles, un gymnase et un hangar. Puis de chercher des endroits où ils seraient exécutés, dont une usine de briques et une mine. Dans la journée du 13 juillet, Nikolic assista à une réunion où Mladic déclara à plusieurs centaines de musulmans qu’on était en train d’organiser leur transport. Plus tard, félicité par Mladic, Nikolic lui demanda ce qu’on allait en faire maintenant. Le général eut un geste d’empereur romain au bord de l’arène : le poing droit fermé, le pouce en bas. Ce même jour, il ordonna que les exécutions n’aient pas lieu à Bratunac, mais à Zvornik, à une quarantaine de kilomètres de là.

L’autre témoin, Dragan Obrenovic, a corroboré les déclarations de Nikolic. Devenu commandant de la brigade de Zvornik, il reçut l’ordre de se préparer à recevoir trois mille prisonniers. Comme il demandait pourquoi ils étaient envoyés à Zvornik plutôt que dans le camp de Batkovici, on lui répondit qu’il fallait les cacher à la Croix-Rouge et aux Casques bleus. Avant de les exécuter, comme le voulait Mladic. « Que pouvais-je faire d’autre ? J’avais peur », a-t-il expliqué au procureur du TPI.

Aux premières heures de l’aube, le 14 juillet, a raconté Nikolic, « j’ai vu un immense convoi partir de Bratunac en direction de Zvornik, avec à sa tête un véhicule blindé blanc de l’ONU volé aux Casques bleus et occupé par des policiers et des militaires serbes de Bosnie ».

Ni Obrenovic ni Nikolic n’assistèrent directement aux exécutions qui eurent lieu à Zvornik et durèrent quatre jours. Mais ils étaient parfaitement au courant. Obrenovic fut chargé d’organiser des équipes de fossoyeurs pour creuser des fosses communes. Nikolic, en septembre, participa aux opérations d’exhumation des cadavres, qui furent ensuite réenterrés dans des lieux secrets.

Les confessions comme celle de Nikovic sont rares au TPI de La Haye, où les inculpés ont plutôt tendance à tout nier ou à fanfaronner...

À un avocat de la défense, Michael Karnavas, qui lui demandait pourquoi il n’avait pas invoqué la convention de Genève, Nikolic a répliqué : « Croyez-vous vraiment que des gens qui ont entrepris de massacrer sept mille personnes se soucient de la convention de Genève ? »

Source de l’article :

http://www.jeuneafrique.com


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