Pologne. Nouveau succès d’audience pour un documentaire sur la pédophilie dans l’Église

mercredi 3 juin 2020.
 

Après un premier film qui levait le voile sur des scandales de pédophilie impliquant des prêtres catholiques en Pologne, un journaliste-réalisateur s’attaque à la bienveillance dont ils bénéficient de la part de leur hiérarchie comme des autorités de l’État. Mis en ligne samedi 16 mai, Jeu de cache-cache a été regardé plus de 2,5 millions de fois en 24 heures.

Un an après la sortie de Surtout ne le dis à personne, leur documentaire sur la pédophilie dans l’Église catholique polonaise qui a dépassé les 20 millions de vues sur YouTube, les frères Tomasz et Marek Sekielski, respectivement journaliste-réalisateur et producteur, ont mis en ligne samedi 16 mai leur nouveau film consacré à ce sujet, Jeu de cache-cache, déjà regardé plus de 2,5 millions de fois en 24 heures.

“Si leur premier film était difficilement soutenable pour de nombreux spectateurs en raison de l’accumulation de témoignages poignants de victimes et de leur confrontation avec les propos négligents, voire accusateurs des auteurs et de leurs soutiens en soutane, ce nouveau volet se concentre sur la dissimulation des scandales de pédophilie par la hiérarchie”, explique le quotidien conservateur Rzeczpospolita.

“On peut se demander si le choix des auteurs de se focaliser sur pratiquement un seul cas est le plus parlant et le plus pertinent. Il aurait peut-être valu la peine de développer les histoires des deux autres diocèses mentionnées dans le film. […] Néanmoins, quoi qu’il en soit, les frères Sekielski soulèvent aujourd’hui un problème systémique.” Le journal reconnaît qu’“au cours de la dernière année, l’attitude polonaise vis-à-vis de la pédophilie dans l’Église a un peu changé, bien que cela reste insuffisant”. Les victimes disposent aujourd’hui de davantage d’outils pour se manifester, être écoutées et recevoir de l’aide.

En revanche, “ce qui n’a changé, c’est l’omerta institutionnelle qui ordonne de cacher une vérité inconfortable à l’intérieur des structures de l’Église, quitte à violer la loi et les instructions du pape”. L’évêque mis en accusation dans le film semble s’être délibérément abstenu de prendre des mesures contre deux subordonnés qui reconnaissaient pourtant avoir commis des actes de pédophilie. La seule réponse a consisté à les réaffecter à d’autres diocèses où ils ont pu continuer à officier, parfois de nouveau au contact d’enfants.

Politique ambiguë des autorités

Le documentaire pointe aussi du doigt la politique ambiguë des autorités en matière de poursuite pénale. Le quotidien d’opposition Gazeta Wyborcza rappelle ainsi l’existence d’une circulaire datée de janvier 2019 et émanant de la direction du parquet national, contrôlé en Pologne par le ministre de la Justice. Elle invite les procureurs à faire preuve de “réflexion” avant de demander la transmission d’actes de procès canoniques car même s’ils peuvent “constituer des éléments utiles de preuve dans une procédure pénale”, en faire la demande peut “potentiellement entrer en collision avec l’autonomie juridictionnelle de l’Église”. De telles requêtes doivent donc d’abord être communiquées à la direction du parquet national.

Selon ce dernier, cela ne signifie pas que les procureurs ont besoin de l’accord du sommet de leur hiérarchie pour effectuer des perquisitions dans les institutions ecclésiastiques, mais un juriste spécialisé dans l’aide aux victimes de pédophilie dans l’Église dénonce un “traitement spécial”.

Courrier International


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message