Les forces de l’ordre en France : les moyens matériels et humains, leur utilisation confrontatioNelle par le pouvoir politique depuis 10 ans.

mercredi 8 juillet 2026.
 

Les forces de l’ordre en France : les moyens matériels et humains, leur utilisation confrontatioNelle par le pouvoir politique depuis 10 ans.

Dans un contexte politique et social particulièrement tendu, il peut être opportun de faire le point sur la question des forces de l’ordre en France en 2025 avec un regard sur les 10 dernières années. Comme pour tous nos dossiers documentaires : énergies renouvelables, chômage, réchauffement climatique, immigration, les moyens matériels et humains pour combattre les feux de forêt, etc. nous nous appuyons essentiellement sur des faits autant que ces derniers puissent être connus.

Avertissement : l’étude suivante ne prétend pas à l’exhaustivité et à l’infaillibilité mais tente de donner une idée relativement précise de l’État et de l’utilisation des forces de l’ordre en France ces dernières années. J’utilise ici l’expression « forces de l’ordre » qui est souvent mentionné mais chacun sait que cette expression mériterait une analyse socio-politique car de quel ordre par le ton ?

1 – bilan de moyens humains et matériels pour la gestion, le contrôle, la répression des manifestations ces 10 dernières années en France.

Voici un bilan aussi objectif que possible des moyens humains et matériels mobilisés par le gouvernement français pour le contrôle et la répression des manifestations entre 2015 et 2025, ainsi qu’une estimation des coûts budgétaires associés, en s’appuyant sur les informations disponibles et en évitant toute polémique ou instrumentalisation politique inutile et en se référant aux faits.

1. Moyens humains pour le contrôles des manifestations (2015-2025)

Les moyens humains dédiés au contrôle des manifestations en France reposent principalement sur les forces de l’ordre, à savoir la Police nationale et la Gendarmerie nationale, avec des unités spécialisées comme les Compagnies républicaines de sécurité (CRS) et les Escadrons de gendarmerie mobile (EGM). Voici un aperçu des effectifs et de leur évolution :Effectifs globaux : En 2015, la France comptait environ 150 000 policiers et 100 000 gendarmes, soit un total d’environ 250 000 agents pour l’ensemble des missions de sécurité intérieure. Une partie de ces effectifs est dédiée au maintien de l’ordre lors des manifestations, mais il est difficile d’isoler précisément la proportion affectée à cette tâche, car elle varie selon les événements. Les unités spécialisées (CRS et EGM) représentent environ 13 000 CRS (60 compagnies) et 12 000 gendarmes mobiles (environ 100 escadrons), soit environ 25 000 agents formés spécifiquement pour le maintien de l’ordre. Évolution des effectifs (2015-2025) : Après les attentats de 2015, le gouvernement français a renforcé les effectifs des forces de l’ordre en réponse à la menace terroriste et à l’augmentation des tensions lors des manifestations (notamment pendant le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019). En 2017, une question parlementaire indiquait que le gouvernement prévoyait la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes sur le quinquennat 2017-2022, avec environ 1 900 recrutements dès 2018 (dont 1 400 pour la Police nationale). Ces recrutements visaient à répondre aux besoins accrus en maintien de l’ordre, mais aussi à d’autres missions (Vigipirate, crise migratoire, etc.). En 2025, bien que les données exactes sur les effectifs totaux ne soient pas disponibles, on peut estimer que les effectifs des unités de maintien de l’ordre sont restés stables ou ont légèrement augmenté, avec un focus sur la formation et la spécialisation.

Formation et spécialisation : Les CRS et les gendarmes mobiles reçoivent une formation spécifique pour la gestion des foules, incluant des techniques de désescalade, l’usage proportionné de la force et la coordination tactique. Depuis 2018, la doctrine du maintien de l’ordre a évolué pour mieux anticiper les risques, notamment via le renseignement et une meilleure coordination entre unités. Cependant, les effectifs sont souvent sollicités à un rythme intense, ce qui a conduit à des signalements de fatigue et de stress parmi les agents, comme mentionné dans une question parlementaire de 2017.

Autres acteurs : En complément, des unités comme les Brigades anti-criminalité (BAC) ou les Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) peuvent être mobilisées en cas de troubles graves, mais leur rôle est limité pour éviter une escalade des tensions. Les polices municipales et les agents de sécurité privée participent également à la sécurisation des abords des manifestations, notamment pour les grands événements.

2. Moyens matériels pour le contrôle des manifestations (2015-2025)Les moyens matériels incluent une gamme d’équipements allant des protections individuelles aux outils de dispersion des foules. Ces moyens ont été modernisés et renforcés, notamment après les tensions observées lors des manifestations des Gilets jaunes et des protestations contre la réforme des retraites (2023).Équipements de protection : Les forces de l’ordre disposent de casques, boucliers, gilets pare-balles, protections anti-émeutes et tenues ignifugées. Depuis 2015, les budgets alloués aux équipements de protection ont été augmentés, avec environ 150 millions d’euros par an pour la Police nationale et la Gendarmerie nationale en 2018, permettant l’achat d’équipements plus modernes et résistants.

Armes non létales :Lanceurs de balles de défense (LBD) : Les LBD, notamment le modèle LBD 40, sont largement utilisés pour neutraliser des individus à distance. Leur usage a suscité des controverses, notamment lors des Gilets jaunes, en raison des blessures graves causées (éborgnements, fractures). En 2019, environ 10 000 tirs de LBD ont été recensés lors des manifestations des Gilets jaunes. Le coût unitaire d’un LBD est d’environ 3 000 à 5 000 euros, avec des munitions coûtant environ 5 à 10 euros par unité. Les données précises sur le nombre total de LBD en service ne sont pas publiques, mais leur usage est réglementé et encadré par des instructions ministérielles.

Grenades lacrymogènes : Utilisées pour disperser les foules, les grenades lacrymogènes (type GM2L ou MP7) sont un outil standard. Leur coût est d’environ 20 à 50 euros par unité, avec des stocks importants renouvelés régulièrement. En 2018-2019, des dizaines de milliers de grenades ont été utilisées, représentant un coût significatif. Canons à eau : Ces véhicules sont déployés pour disperser les foules ou éteindre des barricades enflammées. Leur coût unitaire est estimé à 500 000 à 1 million d’euros, selon les modèles et les équipements.

Drones et moyens aériens : Depuis 2018, l’usage de drones et d’hélicoptères pour la surveillance des manifestations s’est généralisé, permettant une analyse en temps réel des mouvements de foule. Le coût d’un drone varie de 10 000 à 100 000 euros, selon les capacités (caméras thermiques, transmission en direct). Les hélicoptères, plus coûteux, sont utilisés pour les grands rassemblements.

Véhicules blindés (chars anti-émeutes) : Depuis 2018, la Gendarmerie nationale a acquis des Véhicules blindés à roues de la gendarmerie (VBRG) modernisés et de nouveaux engins, souvent qualifiés de « chars anti-émeutes » dans les médias. Ces véhicules, comme le VBMP (Véhicule blindé multi-rôles de la Police) ou les Centaure, sont conçus pour sécuriser les zones à risque, protéger les agents et disperser les foules en cas de violences extrêmes. Le coût unitaire d’un VBRG ou d’un véhicule similaire est estimé entre 500 000 et 2 millions d’euros, selon les équipements (lanceurs d’eau, blindage renforcé, etc.). En 2019, la Gendarmerie a commandé plusieurs dizaines de ces véhicules pour un budget global d’environ 50 à 100 millions d’euros pour la période 2018-2022, bien que les chiffres exacts ne soient pas publics on rapporte que 90 chars Centaur ont été livrés pour une valeur de 70 millions d’euros. Autres équipements : Les forces de l’ordre utilisent également des barrières anti-émeutes, des dispositifs anti-véhicules béliers (en réponse à la menace terroriste) et des outils de communication avancés (radios sécurisées, systèmes de commandement). Le parc automobile a été modernisé, avec la livraison de 2 700 véhicules neufs pour la Police nationale en 2018, pour un coût d’environ 50 à 100 millions d’euros.

3. Coût budgétaire global (2015-2025)Estimer le coût total des moyens humains et matériels pour le contrôle des manifestations est complexe, car les budgets de la Police et de la Gendarmerie englobent toutes leurs missions (sécurité quotidienne, lutte contre le terrorisme, etc.). Cependant, voici une synthèse basée sur les données disponibles :Budget des forces de l’ordre : En 2018, le budget global des forces de sécurité intérieure (Police nationale et Gendarmerie) s’élevait à 12,8 milliards d’euros, avec une augmentation de 1,5 % par rapport à 2017. Une partie de ce budget est dédiée au maintien de l’ordre, mais il n’existe pas de ventilation spécifique pour les manifestations. Les dépenses incluent les salaires (environ 80 % du budget), les équipements, la formation et la maintenance.

Coûts spécifiques pour le maintien de l’ordre :Moyens humains : Les salaires des CRS et gendarmes mobiles représentent une part importante des coûts. En supposant un salaire moyen annuel de 40 000 à 60 000 euros par agent (incluant primes et charges), les 25 000 agents spécialisés coûtent environ 1 à 1,5 milliard d’euros par an. Cela inclut les heures supplémentaires mobilisées lors des grandes manifestations. Moyens matériels : Les budgets d’équipement (150 millions d’euros par an en 2018 pour chaque force) couvrent l’achat et l’entretien des LBD, grenades, véhicules blindés, drones, etc. Les commandes spécifiques de véhicules blindés (50 à 100 millions d’euros entre 2018 et 2022) et les dépenses en munitions (LBD, grenades lacrymogènes) représentent un coût annuel estimé à 100 à 200 millions d’euros pour le maintien de l’ordre. Coûts indirects : Les manifestations entraînent des coûts supplémentaires, comme les indemnisations pour dégâts matériels (vitrines cassées, mobilier urbain) ou les soins aux blessés (manifestants et forces de l’ordre). Par exemple, lors des Gilets jaunes, les dégâts matériels à Paris ont été estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Évolution 2015-2025 : Les budgets ont globalement augmenté après 2015 en raison de la menace terroriste et des tensions sociales. Pour 2023-2025, les budgets de la sécurité intérieure ont continué de croître, avec un focus sur la modernisation (drones, cybersécurité, véhicules). Cependant, les données précises pour 2025 ne sont pas encore publiques. Une estimation raisonnable du coût annuel du maintien de l’ordre (effectifs dédiés + équipements) se situe entre 1,5 et 2,5 milliards d’euros par an, soit environ 10 à 20 % du budget total des forces de sécurité intérieure.

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2 – Nombre de morts et de blessés lors des manifestations en France (2017-2025)

Il est difficile de fournir un décompte exhaustif et précis du nombre de morts et de blessés lors des manifestations en France entre 2017 et 2025, car les données varient selon les sources (gouvernement, ONG, médias) et les événements spécifiques (Gilets jaunes, réforme des retraites, manifestations écologistes, etc.). Voici un résumé basé sur les informations disponibles :1. Mouvement des Gilets jaunes (2018-2020)Morts :Selon les bilans officiels du ministère de l’Intérieur, au moins 4 décès ont été recensés dans les trois premières semaines du mouvement (novembre-décembre 2018), dont deux liés à des accidents (une femme renversée par une automobiliste et un motard percutant une camionnette lors d’un blocage).

Des sources non officielles, comme le journaliste David Dufresne, signalent des cas supplémentaires, mais aucun chiffre consolidé ne fait consensus.

Blessés :Côté manifestants : Le ministère de l’Intérieur rapporte environ 2 500 blessés sur l’ensemble du mouvement, dont 94 blessures graves recensées par Libération (69 causées par des tirs de LBD, 24 éborgnés, 5 mains arrachées). Amnesty International note également des blessures graves chez des passants et journalistes.

Côté forces de l’ordre : Environ 1 800 blessés selon le gouvernement, dont 1 000 signalés entre novembre 2018 et janvier 2019, sans distinction claire entre blessures graves et légères. Des cas spécifiques incluent un policier avec une main arrachée (La Réunion, novembre 2018) et un autre gravement blessé à l’œil (novembre 2018).

Interpellations : Plus de 8 700 gardes à vue ont été enregistrées au 24 mars 2019, avec environ 2 000 condamnations et 390 incarcérations.

2. Manifestations contre la réforme des retraites (2023)Morts : Aucun décès directement lié aux manifestations n’est mentionné dans les sources disponibles pour 2023. Blessés :Côté manifestants : Lors de la manifestation du 25 mars 2023 à Sainte-Soline (opposition aux méga-bassines), environ 30 blessés ont été recensés, dont 3 en urgence absolue et 2 dans le coma. Une lycéenne de 15 ans a été grièvement blessée au visage par une grenade de désencerclement le 11 mars 2023.

Côté forces de l’ordre : Le ministère de l’Intérieur rapporte 891 blessés parmi les policiers et gendarmes entre le 16 mars et le 28 mars 2023.

Interpellations : Lors de la manifestation du 16 mars 2023 à Paris, 292 personnes ont été interpellées, dont 283 libérées sans poursuite, suggérant des arrestations abusives selon Amnesty International.

3. Manifestations en Nouvelle-Calédonie (2024)Morts : Un rapport de l’ONU mentionne 11 personnes abattues lors des conflits débutés en mai 2024, dans le contexte de troubles liés à la question de l’indépendance.

Blessés : Environ 169 blessés signalés, avec des préoccupations sur la gravité des violences et l’usage disproportionné de la force.

Interpellations : 2 658 manifestants arrêtés selon le même rapport.

4. Autres manifestations (2017-2025)Morts : Les données globales sur les décès liés aux interventions policières (pas uniquement lors de manifestations) montrent une augmentation, passant de 10 morts en 2010 à 39 en 2022, selon BastaSam avec 52 morts en 2021. Cela inclut des cas comme Zineb Redouane (décédée en 2018 après avoir reçu une grenade lacrymogène) ou Rémi Fraisse (tué en 2014 par une grenade, mais hors période 2017-2025).

Blessés : Plus de 1 700 blessés signalés lors des manifestations entre 2017 et 2025, selon des rapports comme celui du Conseil de l’Europe, avec un accent particulier sur les blessures graves dues aux armes non létales (LBD, grenades).

Cas spécifiques :2018, Marseille : Une commerçante de 19 ans, Maria, battue avec le crâne fracassé lors d’une manifestation des Gilets jaunes.

2021, Paris : Tommi, blessé à l’anus lors d’une fouille en garde à vue.

5. Données globales sur les violences policièresLe site violencespolicieres.fr recense 7 857 cas de violences policières depuis 2018, dont plus de 10 % sont des blessures graves nécessitant une prise en charge médicale.

Un rapport international (2023) indique que les armes non létales (grenades lacrymogènes, LBD) ont blessé 119 113 personnes dans le monde entre 2015 et 2022, avec la France citée parmi les pays où leur usage est problématique.

Utilisation disproportionnée de la force et interpellationsDe nombreux organismes internationaux et nationaux ont signalé une utilisation disproportionnée de la force par les forces de l’ordre françaises lors des manifestations entre 2017 et 2025, notamment :Conseil de l’Europe :La Commissaire aux droits de l’homme, Dunja Mijatović, a critiqué l’usage excessif des lanceurs de balles de défense (LBD), des grenades lacrymogènes et des techniques de "nasses" (encerclement des manifestants), estimant qu’ils remettent en question le respect des droits humains. Elle a appelé à suspendre l’usage des LBD et à mieux respecter la liberté de réunion pacifique.

ONU :En 2024, le Comité des droits de l’homme de l’ONU a dénoncé l’usage excessif de la force lors des manifestations, des contrôles routiers et des interpellations, notant des conséquences graves comme des pertes de membres ou des cécités. Il a également pointé un manque de sanctions et une impunité apparente, citant l’affaire Adama Traoré (2016, hors période mais emblématique). Le comité recommande une révision du cadre juridique et des procédures opérationnelles.

Amnesty International :Amnesty a dénoncé un usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques, des fouilles et arrestations abusives, ainsi que des conditions inhumaines lors de certaines interpellations (ex. : lycéens menottés à Mantes-la-Jolie en 2018). L’organisation critique les lois vagues permettant des arrestations arbitraires et appelle à une doctrine de désescalade.

Ligue des droits de l’Homme (LDH) :La LDH a signalé un usage immodéré et indiscriminé de la force à Sainte-Soline (2023) et des entraves aux secours pour les blessés.

Défenseure des droits (Claire Hédon) :En 2023, elle s’est dite inquiète face aux interpellations "préventives" et aux possibles manquements déontologiques dans le maintien de l’ordre, notamment lors des manifestations contre la réforme des retraites.

IGPN (Inspection générale de la police nationale) :En 2019, l’IGPN a enquêté sur 1 460 cas, dont 868 pour violences volontaires, majoritairement lors de manifestations. Les LBD sont identifiés comme l’arme causant le plus de dommages. En 2022, 38 décès et 66 blessés ont été recensés lors d’interventions policières (toutes situations confondues).

Remarques sur les interpellationsLes interpellations massives (ex. : 8 700 gardes à vue lors des Gilets jaunes) sont souvent critiquées comme abusives, notamment lorsque les personnes sont libérées sans poursuite (ex. : 283/292 libérées le 16 mars 2023).

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a été critiqué pour avoir affirmé que participer à une manifestation non déclarée est un délit justifiant une interpellation, ce qui contrevient au droit international. La Cour de cassation (2022) a rappelé que les manifestations spontanées sont présumées légales et ne doivent pas être dispersées si elles sont pacifiques.

Les pratiques comme les nasses, les fouilles abusives et l’inscription systématique au fichier des antécédents judiciaires (même sans poursuite) ont été dénoncées comme des restrictions disproportionnées à la liberté de manifester.

ConclusionLes manifestations en France entre 2017 et 2025, notamment celles des Gilets jaunes et contre la réforme des retraites, ont été marquées par un nombre significatif de blessés (environ 2 500 manifestants et 1 800 forces de l’ordre pour les Gilets jaunes, des centaines d’autres en 2023) et quelques décès (au moins 4 pour les Gilets jaunes, 11 en Nouvelle-Calédonie). L’usage disproportionné de la force, notamment via les LBD, grenades et techniques de nassage, a été largement critiqué par des organisations comme l’ONU, le Conseil de l’Europe et Amnesty International, qui appellent à des réformes pour privilégier la désescalade et respecter les droits humains. Les interpellations massives et souvent abusives soulignent également un problème systémique dans la gestion des manifestations.

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3 – des études universitaires sur l’utilisation des forces de l’ordre comme moyen de répression de manifestations en France.

Il existe de nombreuses études universitaires et travaux académiques qui analysent l’utilisation des forces de l’ordre en France, en particulier dans le contexte de la répression des manifestations. Ces recherches, menées par des sociologues, historiens, politologues et juristes, explorent les pratiques, les doctrines et les évolutions du maintien de l’ordre en France, souvent en comparaison avec d’autres pays. Voici un aperçu des principales contributions et thématiques abordées, basé sur les sources disponibles et les travaux universitaires :

1. Évolution historique du maintien de l’ordre en FranceDes études historiques, comme celles publiées par les Presses universitaires de Rennes, retracent l’évolution du maintien de l’ordre en France, notamment à partir du XIXe siècle. Par exemple, l’ouvrage La Garde républicaine (2019) examine la transition d’une police militaire à une police militarisée à Paris, soulignant comment, sous le Second Empire, la gestion des manifestations s’est professionnalisée. Les forces de l’ordre, comme la garde de Paris, ont adopté des dispositifs anti-émeutes visant à encercler et arrêter les manifestants, souvent sans offrir de « porte de sortie », une pratique qui contraste avec les approches modernes de désescalade. Ces travaux montrent que la répression des troubles a parfois précédé les désordres eux-mêmes, suggérant une volonté proactive de contrôle.

2. Approche répressive et militarisationDes recherches récentes, comme celles publiées dans Le Monde (2021-2023), pointent une spécificité française : une doctrine de maintien de l’ordre axée sur la répression, qualifiée de « confrontationnelle » par rapport à d’autres pays européens comme l’Allemagne ou les pays scandinaves, qui privilégient la désescalade. Ces études, menées par des chercheurs de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice ou du Centre Marc-Bloch, soulignent une « brutalisation » du maintien de l’ordre depuis les années 2010, marquée par l’usage d’armes comme les lanceurs de balles de défense (LBD) et les grenades de désencerclement. Cette militarisation est analysée dans des travaux sociologiques, comme ceux d’Olivier Fillieule et Fabien Jobard, qui décrivent un usage de la force souvent disproportionné et orienté vers la criminalisation des manifestants.

3. Cadre juridique et droits humainsDes études juridiques, notamment publiées par Amnesty International et Quid Justitiae (2020-2023), examinent la conformité des pratiques françaises avec le droit international des droits humains. Ces travaux critiquent l’usage excessif de la force (grenades lacrymogènes, LBD, matraquages) et les détentions arbitraires, soulignant que ces pratiques violent parfois les principes de nécessité et de proportionnalité énoncés dans la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH) et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Les chercheurs notent également le recours croissant à des fichiers de police (comme le fichier TAJ) pour surveiller et criminaliser les manifestants, ce qui soulève des questions de fichage politique.

4. Violence et radicalisation des manifestationsDes travaux, comme ceux d’Hélène Combes et Olivier Fillieule (2011) dans la Revue française de science politique, analysent les interactions entre la répression policière et la radicalisation des mouvements protestataires. Ils montrent que l’usage de la force par les forces de l’ordre peut exacerber la violence des manifestations, en alimentant un cycle de confrontation. Par exemple, dans les années 1970, la répression des manifestations gauchistes a conduit à une structuration des services d’ordre militants, transformant la violence défensive en violence offensive et rituelle.

5. Comparaisons internationalesPlusieurs études comparatives, notamment dans Le Monde et les travaux de Paul Moreira (2023), contrastent la doctrine française avec celle de pays comme l’Allemagne, la Suède ou le Royaume-Uni, où la désescalade et le dialogue avec les manifestants sont privilégiés. En France, le manque de communication entre les forces de l’ordre et les organisateurs de manifestations, combiné à une logique de « face-à-face », est souvent critiqué comme un facteur d’escalade des tensions.

6. Mobilisations contre les violences policièresDepuis les années 1990, des travaux sociologiques, comme ceux publiés sur Cairn.info (2017), étudient les mobilisations contre les violences des forces de l’ordre, notamment après des cas emblématiques comme la mort de Rémi Fraisse en 2014. Ces recherches montrent comment des collectifs militants (écologistes, étudiants, habitants des quartiers populaires) se sont organisés pour dénoncer la répression, souvent perçue comme un outil d’oppression étatique au service du capitalisme.

Principales références universitaires

Olivier Fillieule et Fabien Jobard, Politiques du désordre. La police des manifestations en France (2020) : une analyse sociologique de la gestion des manifestations et de la brutalisation du maintien de l’ordre.

Hélène Combes et Olivier Fillieule, « De la répression considérée dans ses rapports à l’activité protestataire », Revue française de science politique (2011) : explore les effets de la répression sur les dynamiques protestataires.

Gauthier Aubert, Révoltes et répressions dans la France moderne (2015) : une perspective historique sur les forces de l’ordre et leur rôle dans la répression.

Rapport de la Défenseure des droits (2021) : étude comparative sur les pratiques de maintien de l’ordre en France et en Europe.

ConclusionLes études universitaires sur l’utilisation des forces de l’ordre en France comme moyen de répression des manifestations sont nombreuses et pluridisciplinaires. Elles mettent en lumière une doctrine française marquée par une approche répressive, souvent en décalage avec les pratiques de désescalade adoptées ailleurs en Europe. Ces travaux soulignent également les tensions entre le respect des droits fondamentaux (liberté de manifestation, droit à la vie) et les pratiques sécuritaires, ainsi que les conséquences sociales et politiques de la répression, comme la radicalisation des mouvements protestataires. Pour des analyses plus approfondies, vous pouvez consulter les travaux cités, disponibles sur des plateformes comme Cairn.info, OpenEdition, ou les rapports d’Amnesty International.

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Hervé Debonrivage


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