Une COP 30 sous l’ombre portée de Donald Trump

mercredi 12 novembre 2025.
 

Pour la première fois depuis trente ans, les États-Unis ne participent pas à un sommet du climat. Au-delà de ses convictions climatosceptiques, Donald Trump est déterminé à saboter toute coopération internationale dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Le capitalisme financier lui avait déjà montré le chemin.

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Donald Trump n’a jamais eu le triomphe modeste. Mais ce jour-là, sa jubilation était totale : « J’ai gagné la guerre contre le canular du changement climatique », se félicitait-il le 30 octobre sur son réseau social Truth Social. Il venait de faire plier un des derniers milliardaires qui lui résistaient encore.

Quelques heures auparavant, Bill Gates venait de renier une partie de ses engagements passés. Après avoir soutenu pendant des années le combat contre les dérèglements climatiques, le fondateur de Microsoft venait de déclarer que finalement, non, le réchauffement climatique n’allait pas « conduire à la disparition de l’humanité ». La COP30, qui se réunit au Brésil, ferait mieux, selon lui, de recentrer ses discussions sur l’amélioration des conditions de vie que sur les émissions de gaz à effet de serre.

Au même moment, l’ouragan Melissa, d’une force jamais mesurée jusqu’alors, se déchaînait sur les îles des Caraïbes, provoquant des dizaines de morts en Jamaïque, à Haïti et Cuba et des destructions indescriptibles. De l’autre côté du monde, le centre du Vietnam affrontait des crues historiques, amenant là aussi le déplacement de dizaines de milliers d’habitants, des destructions massives et des morts.

Ces catastrophes naturelles, à la violence décuplée, selon les experts, par le réchauffement des mers, semblent appelées à se multiplier alors que l’objectif de limiter la hausse de la température de la planète à 1,5 °C paraît désormais à beaucoup hors d’atteinte : on en est déjà à 1,2 °C.

« Chaque fraction de degré supplémentaire signifie davantage de faim, de déplacements et de pertes, surtout pour ceux qui en sont le moins responsables. Il s’agit d’un échec moral et d’une négligence mortelle », a rappelé le secrétaire général des Nations unies , António Guterres, lors de l’ouverture de la COP à Belém, le 6 novembre.

Nombre de dirigeants du monde, dont Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Friedrich Merz, le premier ministre britannique, Keir Starmer, ont tenu à faire le déplacement. Mais l’Inde, un des plus gros pollueurs du monde, n’y participe pas. L’absence la plus remarquée toutefois est celle des États-Unis. Alors que Washington avait été moteur au moins au début dans les négociations climatiques internationales, le gouvernement états-unien, pour la première fois depuis trente ans, ne participe pas au sommet climatique international.

La chaise vide de Donald Trump plane déjà comme une ombre portée sur toutes les discussions de la COP30. S’affichant en opposant résolu à la politique américaine, le président du Brésil, Lula, se dit déterminé à adresser un message d’unité et de persévérance de tous les membres de la COP pour sauver les accords de Paris. Mais que valent les mesures qui pourraient être prises pour lutter contre la déforestation, préserver les biodiversités, mettre en œuvre des dispositifs de préservation si le pays qui émet le plus de CO2 dans le monde ne se sent tenu par rien ?

Le refus de tout multilatéralisme

En soi, l’absence de Donald Trump n’est pas une surprise. Depuis des années, à l’unisson avec son électorat Maga (Make America Great Again), il conteste ouvertement les travaux scientifiques sur les dangers des dérèglements climatiques et les destructions la planète. Comme il s’oppose à toute réglementation ou tout encouragement pour la décarbonation des usages.

Mais sa politique va bien au-delà de sa simple détestation de toutes les actions pour protéger le climat, considérées comme « wokes » ou « ultragauchistes ». Il s’oppose par principe à tout multilatéralisme, à toute tentative de coopération internationale.

Dès le 21 janvier, soit au lendemain de sa prise de fonctions, Donald Trump a signé le retrait des États-Unis des accords de Paris, comme il l’avait fait déjà lors de son premier mandat. Officiellement, les États-Unis ne feront plus partie des accords de Paris à partir de 2026.

Mais la politique américaine va bien au-delà de la simple abstention dans ces domaines. Depuis son arrivée, l’administration Trump s’emploie à saboter toute action concertée, utilisant tous les moyens à sa disposition pour faire pression dans le sens de ses intérêts. Au mépris de toutes les lois internationales, y compris sur la territorialité, et bien sûr de toute considération environnementale, Washington a ainsi décidé d’autoriser les groupes américains à aller explorer les fonds sous-marins partout dans le monde sans aucune contrainte ou limite, pour trouver minerais et autres nodules polymétalliques, dont on ne sait même pas s’ils sont exploitables.

Sa dernière intervention est encore plus désastreuse tant les conséquences en sont catastrophiques : l’administration Trump a tout mis en œuvre pour faire échouer l’accord sur la diminution des pollutions dans le transport maritime. Et elle y est parvenue.

Cent pays avaient pourtant trouvé un accord le mois dernier pour adopter un plan, négocié sous l’égide des Nations unies, afin de limiter les ravages du transport maritime. Le projet allait des incitations au recours à des énergies propres ou en tout cas moins polluantes jusqu’à des pénalités en cas d’inaction.

Mais dans le monde selon Trump, lui seul est autorisé à infliger des sanctions. Comme le rapporte le New York Times, l’administration Trump s’est déchaînée quand elle a découvert le projet, jugé comme contraire aux intérêts américains. Elle a menacé certains pays de ne plus avoir accès aux ports américains, fait pression sur d’autres pour qu’ils renoncent à signer cet accord sous peine de perdre des financements voire d’être frappés de sanctions financières. Ces intimidations ont fonctionné : l’accord international sur la lutte contre les pollutions dans le transport maritime est mort.

Jeu chinois

Cette politique de la force utilisée dans ce cas comme dans celui des « droits commerciaux réciproques » exaspère de plus en plus de dirigeants dans le monde. En rivalité frontale avec les États-Unis, la Chine l’a bien compris et en joue. Elle est décidée à exploiter cet avantage pour s’assurer une victoire diplomatique et élargir son influence.

Même si le président chinois, Xi Jinping, n’a pas fait le déplacement à Bélem, la Chine a envoyé une forte délégation au sommet du Brésil, son plus grand allié en Amérique du Sud. Dès le premier jour, Ding Xuexiang, vice-président chinois, s’est fait le chantre du multilatéralisme et de la coopération internationale pour lutter contre les dérèglements climatique. « La Chine est un pays qui tient ses engagements », a-t-il insisté, rappelant que son pays, deuxième émetteur de CO2 dans le monde, a adopté un plan à cinq ans pour diminuer l’usage du charbon et renforcer sa sécurité écologique.

Dans la foulée , le vice-président chinois a appelé à supprimer toutes les barrières au libre-échange afin de faciliter le partage des technologies et des solutions vertes. Ce plaidoyer pro domo sonne aux oreilles de nombre de pays émergents aux premières loges des catastrophes naturelles.

« Drill, baby, drill »

En face, Donald Trump donne le sentiment de s’en désintéresser. Dès le début de son second mandat, il a soutenu dans le cadre du programme Doge le démantèlement de l’agence de l’environnement et d’une partie des services météorologiques – ses mesures et ses statistiques venaient à l’encontre de sa croyance. Il a supprimé toutes les aides aux énergies renouvelables, allant jusqu’à reporter des projets de parcs éoliens, qu’il trouve « affreux ». Le soutien aux véhicules électriques a également été annulé, au risque de mettre tous les constructeurs américains en difficulté.

Dans le même temps, les énergies fossiles ont toute son attention. Comme le président américain l’avait annoncé lors de sa campagne, les producteurs de gaz et de pétrole de schiste et de charbon ont toute licence pour mener à bien leurs projets d’exploration et de production. Toutes les réglementations environnementales sont levées. L’administration Trump est même décidée à leur concéder des territoires fédéraux et même des bouts de parcs naturels nationaux pour leurs projets si cela est nécessaire.

En dépit de ces encouragements multiples, les nouveaux projets d’exploration de gaz et de pétrole de schiste sont pour l’instant au point mort. Pour de simples raisons économiques : aucun projet n’est rentable avec un prix du pétrole en dessous de 60 dollars le baril, et un prix du gaz à 4 dollars le million de BTu (British Thermal Unit, mesure utilisée pour les transactions boursières pour le gaz). Ils ont besoin d’un pétrole à au moins 80 dollars le baril pour être rentables.

Et en dépit des multiples engagements d’achat de gaz et de pétrole américain arrachés à l’Union européenne, au Japon, à la Corée du Sud dans le cadre des négociations sur « les droits douaniers réciproques », Donald Trump n’est pas parvenu à décider ces États à se relancer dans la folle course à l’exploration comme au milieu des années 2010.

Mais ce n’est qu’une question de temps, parie l’administration Trump. Dès que les cours du brut remonteront, les projets fleuriront. Dans l’intervalle, la politique de Trump a conforté tous les exploitants de charbon. Alors que certains envisageaient de fermer leurs mines aux États-Unis à plus ou moins brève échéance, tous ont renoncé à leurs projets de fermeture. Ils ont même relancé la production afin de répondre aux besoins des centrales thermiques, appelées à fournir de plus en plus d’électricité pour répondre à la demande exponentielle des data centers et des développements de l’intelligence artificielle.

Les profits trimestriels, les milliards de dividendes et de rachats d’actions d’aujourd’hui valent mieux que l’avenir de l’humanité

Même si toute la politique de l’administration Trump marque un encouragement à abandonner tout objectif environnemental, le capitalisme n’avait pas besoin de cela. Il a déjà tourné le dos à tous les engagements qu’il promettait de tenir à la fin des années 2010 pour bâtir une économie durable et préserver la planète. Tous les critères censés promouvoir ce nouveau capitalisme ont été balayés d’un revers de la main.

Pour une raison simple : les investissements écologiques, même avec les soutiens des États, rapportent beaucoup moins que les investissements traditionnels. De plus, il leur faudrait passer des centaines de milliards de dépréciations d’actifs dans leurs portefeuilles de participations, en cas de vraie transition écologique. Une perte sèche difficilement compensable tant les montants sont gigantesques.

Alors, le choix a été vite fait : les profits trimestriels, les milliards de dividendes et de rachats d’actions d’aujourd’hui valent mieux que l’avenir de l’humanité. D’autant qu’ils en sont persuadés : les nouvelles technologies, le miracle de l’intelligence artificielle vont permettre de tout résoudre d’ici là. La volte-face de Bill Gates, dont le groupe se pose comme un des premiers bénéficiaires de cette révolution, s’explique en grande partie par ces convictions.

Dès le début des années 2020, avant la crise de l’énergie qui a amplifié le mouvement, les grands groupes pétroliers ont changé de stratégie. À lui seul, l’exemple de BP dit tout. Pendant des années, le groupe anglo-néerlandais avait été la pointe des travaux sur la fin du pétrole, sur la nécessité de s’engager dans la transition énergétique. Il avait engagé des milliards d’investissement dans les énergies renouvelables.

En 2023, il change radicalement de cap, ne jure plus que par le pétrole, et liquide tous ses actifs dans les renouvelables. En moins de deux ans, il a passé des milliards de dépréciations d’actifs. Pour le seul deuxième trimestre de cette année, celles-ci s’élèvent à 1, 5 milliard de dollars.

Le même mouvement est à l’œuvre dans la finance. Tous ceux qui promettaient d’investir dans des fonds verts, de soutenir des projets écologiquement responsables, de promouvoir une finance verte au service d’une économie durable ont renoncé, suivant l’exemple de Larry Fink.

En 2017, le puissant patron de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, avait adressé une lettre à tous ses actionnaires pour leur faire part de son nouveau credo écologique. Six ans plus tard, il est revenu sur toutes ses promesses : l’environnement n’est pas assez rentable. Les énergies fossiles, le numérique, la défense... Là sont les investissements d’avenir, selon lui.

Dès lors, sans l’appui de la finance, comment mobiliser les 1 300 milliards de dollars nécessaires à brève échéance pour lutter contre tous les dérèglements climatiques selon les estimations de la COP30 ? Les États seuls ne le pourront pas.

Une Europe sans autonomie

À Belém, lors de l’avant-sommet de la COP, les dirigeants européens ont déjà commencé à fustiger les « prophètes du désordre » qui nient l’urgence climatique. Mais au-delà des grandes déclarations, tous sont sous pression de leurs grands groupes, du capitalisme financier, qui leur intiment de revoir à la baisse leurs ambitions et leurs objectifs.

Lobbies agricoles, de l’automobile, de la chimie, financiers, tous sont partis à l’assaut dans les couloirs de l’Union européenne et des différents parlements des États membres pour obtenir une révision drastique voire une annulation complète des projets environnementaux. Ils sont secondés dans cette action par les différents partis d’extrême droite européens, qui se font le relais des thèses trumpistes sur le climat.

Déjà la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a commencé à démailler le pacte vert européen qu’elle avait défendu lors de son premier mandat. Mais d’autres révisions sont en cours, notamment sur l’automobile et sur l’agriculture. Les parlements européens suivent, l’écologie devenant la variable d’ajustement budgétaire au profit de la défense.

Même ceux qui semblaient le plus convaincus finissent par céder aux sirènes ambiantes. Le fonds souverain norvégien a annoncé ces derniers jours qu’il renonçait à certains de ses critères sociaux et environnementaux pour ne pas être obligé de vendre une partie de ses participations dans la high tech.

Sous influence d’un capitalisme financier et de la puissance américaine, l’Europe, dans ce domaine comme dans tant d’autres, se révèle incapable d’avoir une pensée, une stratégie autonomes, d’impulser une politique de coopération internationale contre les dérèglements climatiques.

Belém donnera lieu encore à de grandes promesses, de grands engagements pour sauver les accords de Paris. Comme il y en a eu lors de 29e COP à Dubaï : tous les participants avaient signé un accord ferme pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Après ? Selon l’Organisation météorologique mondiale, les émissions de gaz à effet de serre, qui contribuent au réchauffement de la planète, ont atteint un niveau record en 2025.

Martine Orange


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