Contre la marchandisation de la mort, LFI défend une « Sécurité sociale des obsèques »

samedi 22 novembre 2025.
 

En France, la mort est devenue un marché. Le coût moyen d’un enterrement ou d’une crémation dépasse 4 000 euros et peut grimper jusqu’à 6 000 euros selon les régions.

Deux géants dominent désormais le secteur : PFG (OGF) et Roc Eclerc (Funecap). Ensemble, ils contrôlent plus du tiers du chiffre d’affaires et les deux tiers des crématoriums. Le principal actionnaire d’OGF n’est autre que le fonds de pension des enseignants de l’Ontario. Même la mort est devenue une marchandise mondialisée. Depuis la libéralisation du marché en 1993, les prix des obsèques ont bondi de 56 %, soit plus de deux fois et demi l’inflation. Le Monde diplomatique résume cette dérive : « Les obsèques ne sont pas une marchandise. » Pourtant, tout y est soumis : le cercueil, la crémation, le deuil et même la formation des agents funéraires.

Pendant que le Gouvernement serre la vis sur la santé et les retraites, La France Insoumise veut créer une « Sécurité sociale des obsèques » pour que la fin de vie échappe à la loi du marché. Le député insoumis Hadrien Clouet, vice-président de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, porte cette proposition de loi. Nous l’avons interrogé à ce sujet. Notre article.

Une « Sécurité sociale des obsèques »

Pour rompre avec cette logique de marchandisation, le député Hadrien Clouet a déposé une proposition de loi visant à créer une « Sécurité sociale des obsèques ». Son objectif : garantir à chacun un enterrement digne, sans que les familles aient à s’endetter. « Toutes les familles connaissent le deuil », explique-t-il. « Une personne chère disparaît, tout le monde se retrouve, se recueille… et reçoit une série de factures exorbitantes, à régler dans la précipitation. Qui peut mettre le chagrin de côté pour comparer des devis ? »

Pour lui, cette inégalité se lit jusque dans les cimetières : « Pour certains, des sépultures somptueuses ; pour d’autres, ce qu’on appelle la “fosse commune”. Même dans la mort, on retrouve des classes sociales ! ». Le constat est sans appel : l’ouverture à la concurrence n’a fait qu’aggraver la fracture sociale jusque dans le deuil. Le projet prévoit une cotisation solidaire de 0,3 % sur les salaires, finançant un forfait universel d’environ 4 000 euros par personne, géré par une caisse primaire d’assurance funéraire.

Cette somme couvrirait tous les frais : transport du corps, soins, cercueil, cérémonie, inhumation ou crémation. Les opérateurs conventionnés seraient publics, associatifs ou coopératifs, afin d’exclure tout but lucratif. « Avec un tel taux, on finance le coût moyen des obsèques », précise Clouet. « Mais il faut aussi refonder le secteur des pompes funèbres, arraché aux cultes, mais pas encore au capitalisme. »

Un secteur captif et financiarisé

Les enquêtes du collectif Pour une Sécurité sociale de la mort et du livre Les Charognards (Seuil, 2025) ont révélé les dérives d’un secteur dominé par la rentabilité. Le député décrit un marché capté par une minorité d’opérateurs, aux marges pouvant atteindre 20 %. Les frais funéraires y augmentent quatre fois plus vite que dans les autres services, et les géants privés ont même mis en place un « numéro vert » présenté comme un service public pour capter la clientèle. Par ailleurs, les salariés doivent « faire du chiffre », réduire le temps passé avec les familles et accroître la rotation des corps.

« C’est un secteur hautement rentable, tenu par deux acteurs qui concentrent 30 % de l’activité », dénonce-t-il. « Cette monopolisation est désastreuse : les familles paient plus et les salariés sont pressurés ». La proposition de loi prévoit donc l’interdiction pure et simple du lucratif dans le secteur funéraire, et la mise en place d’un système de conventionnement sur le modèle de la médecine de ville. Autrement dit, un « secteur 1 du funéraire », sans dépassements d’honoraires ni mauvaises surprises.

Pendant ce temps, Lecornu taille dans la vie

Le contraste avec le budget Lecornu est saisissant. Alors que LFI veut étendre la Sécurité sociale, le gouvernement choisit de l’amputer. Le PLFSS 2026 prévoit 20 milliards d’euros d’économies, dont 13 milliards sur la Sécurité sociale et 7 milliards sur la santé. Derrière ces chiffres, des mesures d’une brutalité inédite :

• Une « année blanche » pour le pouvoir d’achat, avec une perte de 150 euros pour les retraités les plus pauvres, 100 euros pour un salarié moyen, 200 euros pour un chômeur.

• Le gel des prestations sociales, y compris l’allocation versée lors du décès d’un enfant, les indemnités journalières des aidants et les aides à l’accueil des jeunes enfants.

• Le doublement des franchises médicales sur les médicaments, les transports de patients et certains soins.

• Et une « taxe sur les malades chroniques », équivalente à 850 euros par an pour un patient atteint d’un cancer en arrêt de travail gagnant 2 000 euros par mois.

Sous couvert de « responsabilité budgétaire », le gouvernement applique une austérité qui appauvrit les retraités, les malades et les familles, tout en creusant les inégalités. Clouet y voit « le miroir inverse » de sa proposition : « Les macronistes partent des moyens avant de penser les besoins. Nous faisons l’inverse : une fois qu’un besoin est identifié, on le finance collectivement. C’est moins cher, plus juste et plus humain ».

Pour aller plus loin : Urgences : elle se rend à l’hôpital pour une suspicion d’AVC et attend 29 heures avant d’être prise en charge

Deux visions irréconciliables

D’un côté, une logique comptable : celle du gouvernement, qui réduit les droits sociaux pour plaire aux marchés.

De l’autre, la logique solidaire défendue par LFI : étendre la Sécurité sociale pour que la dignité humaine ne soit jamais conditionnée par le revenu. « Remettre la Sécurité sociale entre les mains des assurés et des salariés, c’est arracher cette institution à la domination financière et à la tutelle ministérielle », insiste le député insoumis. « C’est redonner le pouvoir à celles et ceux qui cotisent. »

Cette approche, fidèle à l’esprit du Conseil National de la Résistance, replace la démocratie sociale au cœur du projet : une Sécurité sociale gérée par les citoyens eux-mêmes, non par le patronat ou les technocrates. Sa réforme funéraire s’inscrit dans cette logique : redonner la maîtrise de la Sécu’ aux assurés eux-mêmes, pour que nul autre qu’eux ne décide des besoins et des prestations. « À eux de conventionner les pompes funèbres qui conviennent et de définir le panier de prestations remboursables. C’est cela, la démocratie sociale : décider ensemble de ce qui fait société. »

Pour Hadrien Clouet, la « Sécurité sociale des obsèques » n’est qu’un début : « La Sécurité sociale, c’est une méthode. Si l’on réunit des personnes autour d’une caisse à affiliation obligatoire, qui récolte des cotisations pour couvrir un besoin commun, on peut tout imaginer : l’alimentation, le logement, la culture. Tout dépend de l’énergie collective. »

Refaire de la mort un bien commun

Cette proposition, loin d’être symbolique, dit quelque chose de notre époque : quand l’État rogne sur la vie, il faut défendre la solidarité jusque dans la mort.

Face à l’austérité budgétaire, elle ouvre une alternative profondément politique : redonner du sens à la Sécurité sociale comme outil d’égalité réelle, de la naissance à la disparition. « Parce que “l’homo economicus” n’existe pas dans le deuil », conclut le député LFI. « Faire payer une personne en état de sidération, ça s’appelle du racket. »

La mort n’a pas à être rentable. Elle doit redevenir un moment de respect, de transmission et de paix : non un business pour fonds d’investissement. Face à la logique de coupes, la gauche de rupture rappelle qu’il existe encore un choix : celui de la dignité contre la rentabilité.

Par Elias Peschier


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