Novasco : anatomie d’un saccage industriel organisé par Macron et ses sbires

samedi 29 novembre 2025.
 

Le démantèlement de Novasco intervient en pleine discussion du budget Lecornu, un budget qui divise par deux la croissance prévue et sacrifie l’investissement public. D’un côté, le pouvoir macroniste exige des « efforts », veut couper dans les services publics et on gèle les moyens ; de l’autre, on laisse des fonds spéculatifs démanteler une aciérie stratégique sans lever le petit doigt. Cette cohérence-là, celle de l’austérité et de la prédation, résume parfaitement le bilan du macronisme.

La nouvelle est tombée comme un couperet : Novasco, aciériste stratégique et pionnier de l’acier bas carbone, vient d’être démantelé. Trois sites sur quatre vont fermer. 550 salariés sont jetés à la rue. À Hagondange, Custines et Saint-Étienne, des centaines de vies sont broyées par une décision incompréhensible. Seule l’usine de Leffrinckoucke survivra, avec 144 emplois préservés.

Cette fois encore, la casse industrielle porte un nom : Greybull Capital, fonds spéculatif britannique connu pour ses méthodes prédatrices. Et elle révèle une responsabilité politique écrasante : les gouvernements Macron ont laissé faire, sans contrôle, sans exigence, sans souveraineté. Derrière les slogans d’attractivité et les grand-messes médiatiques comme Choose France, la réalité est là : la France devient un terrain de chasse pour les fonds vautours.

Novasco n’est pas un accident industriel. C’est le symbole d’un modèle économique mortifère. Il faut maintenant en tirer les leçons et agir pour que ce pillage cesse. Pour cette raison, LFI a annoncé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur la prédation des fonds spéculatifs. Aurélie Trouvé résume la situation : « La France est devenue l’une des premières cibles mondiales de ces fonds. » . Notre article.

Novasco, un site stratégique sacrifié

La décision du tribunal judiciaire de Strasbourg, le 17 novembre, est un choc. Le site de Hagondange, pourtant le cœur technologique du groupe, avec son four électrique produisant de l’acier bas carbone, est liquidé. Pourtant, dans un pays qui se veut champion de la transition écologique et de la réindustrialisation, ce type d’infrastructure devrait être sanctuarisé.

Les salariés l’ont bien compris : il s’agit d’un abandon politique. Depuis 2014, Novasco a connu quatre redressements judiciaires. Chaque repreneur promettait un avenir, et chaque fois, les promesses ont été trahies. Mais jamais la situation n’a été aussi brutale qu’avec Greybull.

Greybull Capital : un fonds prédateur, un saccage annoncé

En juillet 2024, lorsque Greybull reprend Novasco, le discours est séduisant. Le fonds promet 90 millions d’euros d’investissements pour moderniser les sites, renforcer l’outil industriel et sécuriser les emplois. La réalité est d’une violence rare :

• Sur les 90 millions promis, Greybull n’a investi que… 1,5 million.

• Pendant ce temps, l’État, lui, a débloqué 85 millions d’euros d’aides publiques.

• Et, scandale majeur : aucun comité de suivi n’a été mis en place, malgré les demandes répétées de l’intersyndicale.

La mécanique est connue : racheter une entreprise à bas prix, promettre des investissements, capter les aides publiques, ne presque rien injecter, puis laisser l’entreprise s’effondrer. Greybull n’en est pas à son coup d’essai. Ce fonds est tristement réputé pour ses reprises en trompe-l’œil et ses faillites en chaîne au Royaume-Uni comme en Europe. Mais malgré cette réputation, l’État français lui a confié un site stratégique sans le moindre contrôle.

Macronisme : l’illusion de l’attractivité, la réalité de la casse

Depuis 2017, la France est devenue l’une des premières cibles des fonds spéculatifs européens. Mutares, Greybull, et plusieurs d’autres fonds prédateurs ont racheté (parfois pour 1 euro symbolique) des dizaines de sites en difficulté, promettant redressement et investissements, avant de les liquider en prélevant au passage des frais de gestion faramineux ou en accaparant la trésorerie.

Le gouvernement Macron, lui, regarde ailleurs. Pire : il se félicite. À l’heure où Novasco s’effondre, Emmanuel Macron parade à Choose France, promettant une « réindustrialisation historique ». Mais les chiffres officiels contredisent ce discours :

• 100 000 emplois industriels ont été supprimés ou menacés depuis septembre 2023, selon la CGT ;

• 300 000 emplois indirects sont touchés ;

• Et depuis 2024, les données de Trendeo montrent un solde négatif de sites industriels : plus de fermetures que d’ouvertures.

Novasco n’est pas une exception. Cette séquence illustre un schéma récurrent du macronisme : des annonces ambitieuses, beaucoup de communication, mais une réalité industrielle qui continue de se dégrader.

Des savoir-faire détruits, une souveraineté menacée

La fermeture de Hagondange n’est pas seulement une catastrophe sociale.

C’est une faute stratégique. Le four électrique du site produit un acier bas carbone, indispensable pour :

• la transition écologique,

• l’automobile,

• l’énergie,

• les infrastructures,

• et la réindustrialisation des filières françaises.

Avec cette liquidation, la France renonce à une technologie clé. Elle augmente sa dépendance aux importations, principalement allemandes, turques ou asiatiques. Elle perd des savoir-faire uniques, qu’aucune « attractivité » ne permettra de recréer.

C’est tout le problème : la politique industrielle du gouvernement repose sur les marchés, pas sur la planification. Sur les fonds d’investissement, pas sur le service public. Résultat : la souveraineté du pays est piétinée, au nom d’une idéologie du laisser-faire.

LFI lance une commission d’enquête : enfin la lumière ?

Face au scandale Novasco et à la multiplication des pillages industriels, La France insoumise a annoncé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur la prédation des fonds spéculatifs. Aurélie Trouvé résume la situation : « La France est devenue l’une des premières cibles mondiales de ces fonds. »

Cette commission aura trois objectifs :

• Mesurer l’ampleur du phénomène depuis 2017 ;

• Évaluer la responsabilité de l’État, des agences publiques et des investisseurs privés ;

• Proposer des mesures pour stopper l’hémorragie, protéger les sites stratégiques et renforcer la souveraineté industrielle.

Cette démarche est indispensable. Depuis les années 1980, aucun gouvernement n’avait osé aller aussi loin dans l’analyse des mécanismes de prédation financière. Mais l’enjeu dépasse largement l’évaluation : il s’agit désormais d’agir.

Pour un changement radical de doctrine industrielle

Novasco montre l’impasse d’un modèle où la France confie ses usines à des fonds spéculatifs, persuadée que « l’attractivité » fera office de politique industrielle. Résultat : pertes de savoir-faire, dépendance accrue et souveraineté affaiblie. Il faut changer de cap.

D’abord, l’État doit reprendre la main sur les repreneurs : contrôle sérieux de l’origine des capitaux, exclusion des fonds prédateurs, engagements d’investissement contraignants et sanctionnés s’ils ne sont pas tenus.

Ensuite, l’argent public doit enfin être conditionné. Plus une seule aide sans contrepartie ni comité de suivi : si les promesses sont trahies, les fonds doivent pouvoir être récupérés.

Une politique industrielle digne de ce nom suppose aussi un pôle public bancaire, capable de financer la décarbonation, la relocalisation et la modernisation des sites sur le long terme, là où les fonds privés ne cherchent que des rendements rapides.

Il faut également protéger les actifs stratégiques, grâce à des outils anti-vautours, à la préemption publique et à l’interdiction des ventes à la découpe qui détruisent les filières.

Enfin, lorsque des infrastructures essentielles sont menacées, l’État doit pouvoir nationaliser, comme cela aurait dû être fait pour Novasco, et comme cela devra l’être pour ArcelorMittal afin de préserver la sidérurgie française et la transition écologique.

Changer de doctrine industrielle, c’est rappeler que les usines ne sont pas des actifs financiers mais des biens communs qu’il faut protéger et planifier.

Novasco doit être un point de bascule

Le démantèlement de Novasco n’est pas seulement un drame social. C’est un avertissement : la France glisse vers une dépendance industrielle dangereuse, prisonnière de fonds spéculatifs qui ne voient dans les usines qu’un actif financier à dépouiller.

Il est temps d’un changement de paradigme. D’un État qui protège, contrôle, planifie. D’une souveraineté industrielle réelle, et non proclamée dans des salons dorés. D’une réindustrialisation qui s’appuie sur les salariés, les territoires, les outils publics, et non sur la finance spéculative.

Novasco doit être le début d’un mouvement : celui d’un pays qui refuse d’être pillé, et qui choisit enfin de reprendre le contrôle de son avenir industriel.

Par Elias Peschier


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