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Ce jeudi 27 novembre, LFI défend la nationalisation d’ArcelorMittal à l’Assemblée nationale. Son prix : 3 milliards d’euros. Une somme importante, mais dérisoire par rapport au coût, pour l’État, du départ d’ArcelorMittal du pays. Des familles brisées (15 000 emplois, 80 000 indirects sont en jeu en France), des territoires abandonnés, des savoirs-faire perdus et une souveraineté industrielle mise à mal. Aurélie Trouvé, députée LFI, est la rapporteure de cette proposition de loi de nationalisation.
Elle est montée à la tribune de l’Assemblée vers 15 heures afin de la défendre.
Dès 11 heures ce matin, des salariés d’ArcelorMittal se sont rassemblés à proximité de l’Assemblée nationale pour mettre la pression sur les députés. Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires insoumis étaient présents à leurs côtés. « Aujourd’hui, nous pouvons régler une grande cause du pays en nationalisant ArcelorMittal. Cette décision peut être prise rapidement », a insisté le leader insoumis. De son côté, le Rassemblement national empêche la bonne tenue des débats par le dépôt d’un nombre colossal d’amendements. « Une stratégie politicienne qui veut empêcher le vote », a tancé l’insoumise Aurélie Trouvé. L’insoumission publie dans ses colonnes l’intégralité de son discours à la tribune de l’Assemblée nationale.
« Depuis l’OPA de Mittal sur Arcelor en 2006, la production d’acier française est entre les mains de la famille Mittal, qui organise l’obsolescence d’un actif hautement stratégique de la France. Et l’État français laisse faire. » – Aurélie Trouvé défend la nationalisation d’ArcelorMittal devant l’Assemblée nationale Chers collègues,
C’est LA question à laquelle nous devons répondre dans les heures qui viennent.
Je me souviens encore quand Gaétan, technicien à AM, m’a interpellée à Dunkerque l’an dernier : « Mme la députée, regardez autour de vous, y’a de l’acier partout ».
Chers collègues, regardez, vous aussi, autour de vous : vos chaises, les poutres des murs, la voiture, l’avion, le train qui vous a amenés jusqu’à l’Assemblée, la cuillère avec laquelle vous avez mangé ce matin : tout est acier. Imaginez si demain, tout cet acier, nous dépendions complètement de l’acier de l’Inde, du Brésil ou des États-Unis, qui pourraient organiser le marché à leur avantage, faire monter les prix en cas de tension, orchestrer des ruptures d’approvisionnement… ??
Il n’y a pas plus stratégique que l’acier. Sans acier, pas de défense nationale, pas de centrale nucléaire ni d’éolienne. Sans acier, pas de souveraineté industrielle, pas de sécurité. Voilà pourquoi la 1ère Europe politique a été fondée sur l’acier avec la CECA. Voilà pourquoi ces dernières années, le RU ou encore l’Italie ont décidé de nationaliser leur industrie d’acier. Voilà pourquoi il faut le faire, maintenant, en France.
Car ArcelorMittal, qui produit les deux tiers de l’acier français, a décidé d’en finir, lentement mais sûrement, avec la production en France comme en Europe.
Depuis l’OPA de Mittal sur Arcelor en 2006, la production d’acier française est entre les mains de la famille Mittal, qui organise l’obsolescence d’un actif hautement stratégique de la France. Et l’État français laisse faire. En 20 ans, ArcelorMittal a supprimé la moitié de ses emplois en France. Rien qu’en un an, 1 millier de travailleurs et de familles sacrifiés.
En 20 ans, ArcelorMittal a fait passer la France d’exportatrice nette à importatrice nette d’acier. En 20 ans, ArcelorMittal a investi massivement en Amérique ou en Asie, mais a dégradé délibérément toutes les usines françaises en sous-investissant. À Fos-sur-Mer, un seul des deux hauts-fourneaux reste en marche. Dans des usines vétustes, les salariés sont exposés à l’amiante, aux fuites de gaz, aux incendies sur des convoyeurs… toutes les fonctions dites support, toute la commercialisation, l’informatique ou la gestion des RH, sont progressivement délocalisées en Pologne et en Inde. Combien de savoir-faire français sont dévastés ? Combien ?
Mais il n’est pas trop tard. Collègues, c’est MAINTENANT que se joue la fin ou au contraire la survie de toute la production d’acier en France. Maintenant. Soit les investissements pour décarboner les fourneaux sont enclenchés, soit la production d’acier est condamnée.
Car il faut 4 ans pour construire et faire tourner des fours électriques – et non plus des hauts-fourneaux au charbon –. 4 ans pour de l’acier vert et non plus de l’acier brun.
4 ans, c’est aussi le délai au-delà duquel l’acier brun ne sera plus rentable : c’est le PDG d’ArcelorMittal France qui l’a dit lui-même en Commission d’enquête dans cette enceinte. Car dans 4 ans, les règles européennes sanctionneront lourdement l’acier fabriqué à partir de charbon. C’est donc maintenant, là, dans les mois à venir qu’il faut investir. Après, c’est irrattrapable, c’est cuit.
MAIS ArcelorMittal refuse. La France a pourtant proposé 850 M€ d’aides publiques. L’Union européenne a pourtant annoncé le doublement de ses droits de douane, à 50 %. Mais rien ne va à ArcelorMittal, qui en demande toujours plus pour investir ne serait-ce que dans un seul four électrique, qui couvrirait à peine 30 % de la production du seul site de Dunkerque !
Collègues, vous voyez bien qu’ArcelorMittal balade tout le monde et se donne des excuses : la concurrence chinoise, la chute des débouchés… Mais n’oublions pas que la multinationale fait des bénéfices importants, qui ruissellent non pas tant vers les investissements productifs que vers les actionnaires et particulièrement la famille Mittal (10 milliards en 4 ans). N’oublions pas non plus sa stratégie d’optimisation fiscale agressive qui lui permet d’éviter l’impôt sur les sociétés toutes ces dernières années. N’oublions pas enfin les aides publiques massives reçues (300 millions d’euros rien qu’en 2023).
Alors je fais ce constat très pragmatique : en dehors de la nationalisation d’ArcelorMittal, il n’y a aucune autre voie qui permette de garantir le maintien des 15000 emplois d’ArcelorMittal, des 60000 emplois induits, de notre production d’acier et de notre souveraineté industrielle.
Notre texte de loi propose de nationaliser ArcelorMittal France et ses 10 sites : les sites amont, Dunkerque et Fos-sur-Mer, les sites aval, Mardick, Montataire, Desvre, Florange, Mouzon, Basse-Indre, St Chély-d’Apcher – ET le centre de recherche de Maizières.
Cette loi permettra de reprendre les installations en main et de faire de notre pays un leader mondial de l’acier vert plutôt qu’un pays en déshérence industrielle. L’État injecte des centaines de millions d’aides publiques depuis des années, sans rien piloter, sans avoir sécurisé la filière. N’est-il pas temps d’en finir avec cette servilité ?
Et oui, cette nationalisation coûtera 3 Mds euros environ. Nous l’avons estimée à partir de multiples travaux, d’experts et économistes. C’est quoi, chers collègues, 3 Mds, à côté du coût social de 80 000 emplois perdus ? des savoir-faire et de la souveraineté industrielle sacrifiés à jamais ? C’est quoi 3 mds à côté de la perte de notre indépendance nationale ?
Bien sûr, cette nationalisation n’est pas suffisante. Il faudra encore davantage protéger l’acier français et européen, il faudra développer les débouchés locaux par une action forte de l’État. Cette nationalisation n’est pas suffisante mais elle est absolument nécessaire.
Je veux pour finir rendre hommage à toutes les femmes et les hommes qui travaillent à ArcelorMittal et qui se battent pour préserver leur outil de travail et pour la nationalisation d’ArcelorMittal. 500 d’entre eux sont en ce moment même devant l’Assemblée nationale, venus de toutes les usines de la France. Ils vous regardent, chers collègues.
Ils sont prêts pour la décarbonation de leurs usines, ils ont l’expertise et la volonté.
À ceux qui voudraient – je me tourne vers les collègues du RN, vers Marine Le Pen – ceux qui voudraient pour de sombres tactiques politiciennes empêcher le vote pour nationaliser ArcelorMittal, je leur dis ceci : réfléchissez bien ! Il ne suffit pas de se draper toute l’année dans la souveraineté de la France, il faut la construire par du concret. Avec les gens qui travaillent dans notre pays et qui veulent continuer à le servir.
Je finirai en citant non pas Marx ou Jaurès (quoique je le ferais avec plaisir), mais de Gaulle : « Étant le peuple français, il nous faut ou bien accéder au rang d’un grand État industriel ou bien nous résigner au déclin. » Chers collègues, c’est le choix que vous devrez faire dans les heures qui viennent.
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