Grèce : 17 ans après le meurtre d’un adolescent par la Police, la répression contre les opposants politiques atteint des niveaux inouïs

samedi 13 décembre 2025.
 

Athènes. Il y a 17 ans, le 6 décembre 2008 la Grèce s’embrasait suite à la mort du jeune Alexis Grigoropoulos, 15 ans, abattu froidement par un policier. Mais la jeunesse n’oublie pas, et ne pardonnera jamais : elle se rassemble tous les ans à cette date pour réclamer justice et refondation institutionnelle.

Devenue symbole des mouvements anti-autoritaires grecs, l’entretien de la mémoire d’Alexis est d’autant plus crucial face à l’augmentation significative de la répression policière ces dernières années. Reportage par notre correspondante sur place.

La mort d’Alexis, déclencheur d’un mouvement populaire

Dans la nuit du 6 décembre 2008, Alexis et ses amis ont une altercation minime avec des policiers dans le quartier d’Exarchia, cœur militant de la capitale grecque traditionnellement inaccessible pour les policiers. Deux détonations sèches retentissent. Le corps d’adolescent de 15 ans d’Alexis se raidit puis s’écroule au sol, deux balles logées dans sa poitrine. Des milliers de personnes sortent spontanément dans la rue dans une explosion de colère, de peine et de frustration.

À Athènes comme dans toutes les grandes villes de Grèce, le peuple est animé par le même mot d’ordre : « Ola mazi ! » (« Tous ensemble »). Cet élan de solidarité se poursuit durant tout le mois de décembre, pérennisant le retrait policier d’Exarchia. Les médias décriront le meurtre d’Alexis comme un acte isolé, mais le peuple n’est pas dupe : c’est la violence structurelle de la police qui a été mise au jour. Le policier qui a tiré sur Alexis est condamné à perpétuité deux ans après le meurtre.

Le tournant autoritaire de la police sous le gouvernement « Nouvelle démocratie »

Depuis l’élection du gouvernement conservateur « Nouvelle démocratie » en 2019, les violences policières ont pris un tout autre tournant. L’augmentation des effectifs policiers et de leur budget semblent montrer la voie autoritaire prise par le gouvernement. Les « forces de l’ordre » grecques s’installent dans toute la capitale et ne laissent plus aucun répit aux manifestant·es, accentuant la répression et les arrestations arbitraires. Le dernier rapport d’Amnesty international sur la Grèce (2024-2025) évoque par ailleurs « le recours inutile et excessif à la force par la police, qui a notamment employé abusivement des armes à létalité réduite contre des manifestant·e·s et des journalistes. ».

Le siège de la Direction générale de la police de l’Attique (ΓΑΔΑ) en est devenu le symbole. Ad., étudiante de 22 ans interrogée lors de la manifestation du 6 décembre 2025, relate les violences et humiliations qu’elle y a subies. D’après elle, les policiers utilisent les angles morts des caméras de surveillance pour maltraiter les gardés à vue, en employant fréquemment les violences sexuelles comme moyen d’intimidation. La Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Grèce dans plus de 100 cas pour violations de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme (« Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants »).

Bien que la plupart de ces cas se soient déroulés en prison, certains concernent également des actes commis par les policiers. Le cas Sidiropoulos et Papakostas c. Grèce (n° 33349/10) concerne justement une affaire ayant eu lieu dans le siège de la police de l’Attique. Elle traite d’un choc électrique, administré par des policiers, près des parties génitales de deux hommes arrêtés. Ainsi, selon Ad., le siège fonctionne comme une « zone grise dans laquelle la police peut violer les droits humains en toute impunité ».

Décembre, cœur des luttes contre la répression policière

Face à ces abus, le peuple grec résiste. Le mois de décembre est devenu le mois de lutte contre les violences policières, en mémoire d’Alexis mais aussi des nombreux autres morts sous les coups de la police. Ce samedi, des milliers de personnes se sont retrouvées dans la rue, scandant « Ces jours sont pour Alexis ». Le défilé annuel, mené par les étudiant·es, dénonçait non seulement la répression d’État mais aussi les mesures d’austérité du gouvernement en place. En passant devant Syntagma, le Parlement grec, la foule redouble de colère, sans pour autant mener à un débordement.

Mais une fois de plus, la police a choisi la voie de la répression, bloquant l’accès au mémorial construit pour Alexis et maltraitant la foule à l’aide de grenades flash, bombes lacrymogènes et coups de matraques. Interrogé, Alex, photoreporter indépendant, dit avoir été explicitement visé par les coups de la police malgré avoir déclaré simplement participer à la couverture médiatique de la manifestation.

La police anti-émeutes (MAT) n’a pas hésité à traîner des militant·es au sol pour les arrêter au milieu du nuage de gaz lacrymogène. Selon les chiffres de l’ELAS (police grecque), 15 personnes ont été arrêtées suite à la manifestation, et 54 détenues dans le cadre des contrôles en amont des rassemblements (Source : Anniversaire de Grigoropoulos : 15 arrestations pour les incidents – L’annonce de l’ELAS | Flash). Les manifestant·es sont unanimes : une telle répression pour un 6 décembre est inouïe, notamment compte tenu du cadre de la manifestation, hommage rendu à un adolescent mort de violence policière.

Mais la violence n’arrête pas un peuple en deuil. Des centaines de manifestant·es sont parvenu.es au mémorial d’Alexis, et se sont recueilli·es autour de chants et slogans contre la police et le gouvernement complice, soulevant l’espoir d’un meilleur avenir. Leurs revendications sont claires : la chute d’un gouvernement qui malmène le peuple, et qui préfère employer la répression plutôt qu’écouter les réclamations de justice populaire.

Par Clara E.


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