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De l’huile sur un feu déjà ardent. Samedi 27 décembre dernier, une trentaine d’agriculteurs manifestaient dans le centre-ville d’Auch (Gers). Alors qu’un jeune agriculteur était en train de déverser du fumier sur la façade du journal local La Dépêche du Midi, des CRS sont intervenus pour demander au conducteur de stopper l’engin afin de laisser passer un véhicule de secours. « Jusque-là, rien d’anormal », raconte la Coordination rurale dans un communiqué publié ce dimanche 28 décembre. Mais la situation se tend rapidement quand le conducteur est « mis en joue par trois policiers et CRS, armes de poing sorties, des pistolets de 9 mm ».
Plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux permettent de voir au moins deux policiers lever leurs armes de poing et braquer le jeune conducteur du tracteur pendant plusieurs secondes, avant de ranger leurs armes. On entend dans la vidéo : « arrêtez le moteur », « tu arrêtes le moteur et tu descends calmement ». L’agriculteur s’exécute, avant d’être interpellé vers 23 heures, puis placé en garde à vue pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Il est finalement relâché dans la nuit vers 4 heures du matin.
La préfecture du Gers raconte dans son communiqué que le tracteur aurait commencé à avancer vers les policiers qui se seraient alors « sentis en danger », selon les mots d’Alain Castanier à BFMTV. À en croire les images – étonnamment ressemblantes – publiées par certains internautes, l’un des policiers mis en cause serait le Directeur départemental de la police nationale du Gers, Philippe Friedrich, 52 ans, à la tête du commissariat d’Auch depuis février dernier.
La manœuvre de l’agriculteur aurait obligé les policiers à faire alors une nouvelle sommation, avec sortie d’armes « dans le respect du cadre légal », abondait à son tour le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sur X. « Quand des gens, des agriculteurs, des conducteurs de tracteurs sont menacés par une arme, je comprends tout à fait l’émotion (…) Dans l’espèce, ça a duré trois secondes. Dès qu’il a coupé le moteur, les armes ont été rangées. Il n’y a eu aucune violence », concluait Alain Castanier à l’AFP.
Le syndicat agricole s’indigne de cette version des faits. « Ils sont arrivés comme des cow-boys », glosait Jérôme Courrèges, coprésident de la Coordination rurale du département – la CR32 – auprès de BFMTV. Selon les manifestants, l’homme n’a fait que replacer ses roues. « L’agriculteur n’a pas foncé sur les forces de l’ordre, il n’a pas mis leurs vies en danger, loin de là », tempêtait à son tour le président de la Chambre d’agriculture du Gers Lionel Candelon.
La CR32 a annoncé saisir l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ainsi que le procureur de la République, en raison d’un « manque de proportionnalité de la réponse policière ». « Une ligne rouge a été franchie », dénonce le deuxième syndicat agricole, estimant que « l’irréparable a été commis ». « Les agriculteurs sont très choqués. Honnêtement, et je sais que les mots sont forts, je pense qu’on est au bord de la guerre civile », a déclaré Jérôme Courrèges à Actu Toulouse.
Dans son communiqué, la Coordination Rurale a reproché à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard d’être « responsable de la situation actuelle, avec la mise en place d’une politique sanitaire démesurée » et exigé des excuses officielles du Premier ministre, Sébastien Lecornu et de Laurent Nuñez « afin d’apaiser la situation et éviter tout risque de débordement ».
Article de Valentine Daru, Marianne
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