Aux municipales 2026, Roubaix, ville laboratoire de la stratégie de la France insoumise (mais pas seulement)

samedi 7 février 2026.
Source : Le HuffPost
 

Cela fait bien 15 mois que l’insoumis David Guiraud a lancé sa campagne pour la mairie de Roubaix. Ce samedi 31 janvier, il tiendra un nouveau meeting, en compagnie cette fois du fondateur du mouvement Jean-Luc Mélenchon. À l’approche du scrutin, ce dernier sillonne la France pour soutenir les candidats de son camp. Mais l’enjeu est démultiplié à Roubaix, véritable ville test pour la stratégie de la France insoumise dans ces municipales… et pourquoi pas pour 2027 ?

La France insoumise ne part pas de rien dans la ville du Nord. À la dernière présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête au premier tour, avec 52 % des suffrages exprimés, très loin devant Emmanuel Macron, deuxième avec près de 20 %. Une implantation confirmée par les scrutins qui ont suivi : en 2022, David Guiraud est élu député de la 8e circonscription avec près de 60 % des voix et parvient sans difficulté à se faire réélire deux ans plus tard. Aux européennes, la liste conduite par Manon Aubry rassemble 43 % des électeurs.

Ce n’est donc pas un hasard si les Insoumis misent sur Roubaix pour gagner leur première ville de presque 100 000 habitants. La situation à l’Hôtel de ville joue aussi en leur faveur : le maire divers droite Guillaume Delbar, en poste depuis 2014, a été déclaré inéligible par la justice. Il a été remplacé en décembre par Alexandre Garcin, centriste, et candidat pour sa réélection. Mais il faudra compter avec au moins un autre candidat de droite, André Hibon. Cette possible dispersion des voix pourrait profiter à David Guiraud, pressenti comme le favori pour la mairie. Et ce n’est pas son seul avantage.

Pauvreté, immigration et abstentionnisme

« Ville la plus pauvre de France, Roubaix est aussi l’une des plus inégalitaires. Avec 31 % de taux de chômage et près de la moitié de la population qui vit sous le seuil de pauvreté : on ne peut rien comprendre sans prendre en compte ce fait central », soulignait en 2020 dans une tribune sur Libération Julien Talpin, chargé de recherches en science politique au CNRS. Le chercheur rappelait aussi la présence d’une « importante population d’origine étrangère et de confession musulmane. » Quelques années plus tard, peu de choses ont changé : en 2024, Roubaix se hissait en tête du classement des villes les plus pauvres de France selon l’Observatoire des inégalités.

En parallèle, les Roubaisiens se mobilisent peu pour aller voter. 41 % d’abstentionnistes à la présidentielle, 65 % aux européennes… Les législatives qui ont suivi la dissolution ont été un peu plus suivies. Mais avec « seulement » 48 % d’abstention au premier tour, Roubaix reste au-dessus de la moyenne nationale où le taux d’abstention s’établit à 33,29 %.

Le terreau est idéal pour la France insoumise et sa stratégie électorale qui cible en priorité les quartiers populaires et les abstentionnistes. Contacté par Le HuffPost, David Guiraud assure parler « à tout le monde » et cible un conseil municipal sortant qui « a démissionné même dans les quartiers les plus aisés. » Mais il assume vouloir « mobiliser » les quartiers de la ville où le taux d’abstention est particulièrement élevé. « Je n’ai jamais été d’accord avec ceux qui disent que l’élection se fait dans les quartiers sud de la ville. Il faut aller chercher les gens », insiste-t-il. Et « dans la ville la plus pauvre de France, c’est sûr que quand vous défendez les plus précaires, y compris à l’échelle nationale… ». Nul besoin d’achever la phrase.

Gagner Roubaix en 2026, pour Mélenchon en 2027

Tout n’est pas gagné pour autant. Comme dans toutes les municipalités, la France insoumise fait cavalier seul, face à une autre liste de gauche… unie. Le 16 janvier, le candidat du PS Mehdi Chalah a rejoint la liste de Karim Amrouni, déjà soutenu par les Écologistes, le PCF, Place Publique et le Parti Radical de gauche. « Le ralliement est justifié par une seule raison. Il y a aujourd’hui deux listes de gauche à Roubaix, une radicale portée par David Guiraud et une liste de rassemblement avec une partie de société civile. L’enjeu c’est d’être en tête au premier tour » pour ensuite s’imposer au second comme la principale liste d’alternance après 12 ans d’une politique de droite, pose Mehdi Chalah contacté par nos soins.

Dans une ville qui a longtemps été un bastion socialiste, et où le regain de participation le plus important de ces dernières années coïncide avec l’union de la gauche en 2024, ce rassemblement sans LFI est susceptible de desservir David Guiraud. Le député candidat refuse d’appréhender les choses sous cet angle et estime que la mobilisation s’est surtout faite contre le Rassemblement national. Pour autant, il prend bien soin de désigner le maire sortant de droite comme son principal adversaire. Mieux vaut éviter de froisser des électeurs de gauche déjà lassés des rivalités entre les partis.

Les écarts au premier tour entre sa liste et celle de Karim Amrouni n’en seront pas moins scrutés de très près par l’état-major insoumis. Il y a bien sur une victoire d’ampleur à la clé pour un parti sous-représenté à l’échelle locale. Mais les municipales sont aussi le dernier scrutin au suffrage universel direct avant la présidentielle de 2027. Dans un contexte où l’union se prépare tant bien que mal à gauche sans la France insoumise, une large avance de David Guiraud à Roubaix serait interprétée comme la preuve de l’efficacité de la stratégie de « rupture » mélenchoniste. Mehdi Chalah n’est pas dupe : « Quelle sera l’utilité de David Guiraud comme maire, si ce n’est de servir les intérêts de Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle et d’avoir un trophée à rapporter à Paris ? », fulmine le socialiste. « Roubaix n’est pas un laboratoire et les Roubaisiens ne sont pas des cobayes. Nous ne sommes pas un centre d’expérimentation pour la stratégie nationale de la France insoumise », insiste-t-il. Les résultats du 15 puis du 22 mars en décideront.


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