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Toute honte bue, ne respectant pas les volontés de la famille de Quentin, l’extrême droite suprémaciste et néonazie a défilé à Lyon ce 21 février : 3 000 personnes. Jamais à court de cynisme dans la récupération de la mort du militant néofasciste Quentin D., les groupuscules identitaires et suprémacistes de France et d’Europe, sous couvert d’un « hommage », en ont profité pour vomir leur haine et leur culte morbide à la mort et la violence, le tout empreint de racisme et d’homophobie, sans oublier les saluts nazis à répétition.
Pourtant, le dispositif des organisateurs a soigneusement, mais sans discrétion, diffusé des consignes parmi leurs troupes : si le fasciste moyen arborait un tatouage de croix gammée, ou un t-shirt trop « équivoque », il était prié de le cacher. Quelle marche a besoin de préciser à ses participants de dissimuler tout signe ostentatoire néonazi, si ce n’est une marche néonazie ? Évidemment, certains crânes rasés bas du front n’y ont pas tenu : de nombreuses insultes racistes ont fusé, quelques bras tendus ont été relevés, et les organisateurs ont assumé que leur crainte n’était pas un salut nazi en lui-même, mais qu’il soit filmé et diffusé.
Mais qu’ils ne s’inquiètent pas : ils ont agi avec la bénédiction du gouvernement et des forces de police déployées. Dans les médias, un effort intense a été déployé, du centre gauche à l’extrême droite, pour dépolitiser l’événement lui-même, et le déchaînement des violences de l’extrême droite depuis 10 jours. Une cible prévaut pour les alliés de l’oligarchie : taper sur LFI et ses membres. Notre article.
C’est Le Figaro et Streetpress qui ont révélé l’identité de l’instigatrice de la marche en préfecture, Aliette Espieux. Outre son engagement assumé contre le droit à l’avortement, deux aspects de son profil en disent long sur ses engagements politiques. D’abord, son mariage avec l’ex-leader de Lyon Populaire, groupuscule néofasciste dissous en 2025, Eliott Bertin, sur lequel on reviendra : Espieux semble partager les engagements de son époux, sans rien à redire.
Ensuite, sa présence, en 2020, sur la liste du RN aux élections municipales lyonnaises… Un passé qu’elle n’assume plus aujourd’hui : « je n’ai jamais été candidate pour le Rassemblement national » clame-t-elle sur LCI, alors qu’une simple vérification sur le site de la préfecture du Rhône suffit à prouver son attachement au RN.
Concernant sa moitié, la présence d’Eliott Bertin interroge. L’ancien dirigeant du groupuscule Lyon Populaire, dissous en 2025 pour ses descentes violentes et racistes, sa nostalgie du IIIe Reich, a mené une attaque rangée contre une conférence sur la Palestine en 2023. Reconnu coupable, Bertin s’est vu signifier une interdiction formelle de paraître à Lyon. Il était pourtant bien présent ce 23 février dans la capitale des Gaules, sous l’œil indifférent du dispositif policier pourtant conséquent. Pourquoi les forces de l’ordre l’ont laissé se pavaner, dans l’irrespect de sa condamnation ?
Autre présence notable en tête du cortège de samedi, un autre habitué du défilé néonazi du 9 mai à Paris : l’auvergnat Tristan Arnaud, qui a mené le cortège lyonnais. Bien connu de la DGSI et plusieurs fois condamné pour des faits de violences, sa présence parmi les encadrants de « l’hommage », parmi tant d’autres néonazis, est sûrement une coïncidence de plus.
Sur les écrans de BFM, on a pu voir en gros plan, comme membre du service d’ordre de la marche, le néonazi parisien Marc de Cacqueray-Valménier. L’ancien leader du GUD, qui gagne sa croûte en travaillant pour Vincent Bolloré, s’est fait connaître pour ses frasques dignes d’un butor des Sections d’Assaut des années 1930 : tatouages nazis, tabassages de militants antiracistes, « ratonnades »… Un nazi de plus pour encadrer un défilé nazi !
D’autres illustres invités étaient présents à la marche. En plus des porte-parole du groupuscule raciste Némésis, de nombreux habitués du milieu d’extrême droite radicale se sont retrouvés à Lyon. L’Observatoire National de l’Extrême Droite en a épinglé plusieurs.
Parmi les « notables » repérés, on compte Yvan Benedetti, pétainiste condamné pour provocation publique à la haine envers les Juifs et contestation de crime contre l’humanité (la Shoah en l’occurrence). De même pour Fabrice Robert, condamné en 1992 pour avoir diffusé des tracts négationnistes devant des lycées ; il a depuis pris la tête du Bloc Identitaire, donc la milice dissoute Génération Identitaire a été la branche jeunesse.
Le Lillois Aurélien Verhassel était aussi de la partie. Il s’est fait remarquer dans les années 2010 pour avoir fondé et géré le bar identitaire « La Citadelle », réservé aux membres de la « race blanche » (sic.), fermé en 2024 suite à de nombreuses violences : ses liens avec le RN (dont il a été employé) ne l’ont pas sauvé… Cet ancien de Génération Identitaire a en outre été condamné pour violences et port d’arme illégal.
D’autres proches du clan Le Pen se sont pavanés, comme l’ex-patron du GUD Gabriel Loustau, déjà condamné pour menaces de mort et injure publique en raison de l’origine, la race ou la religion. Il est de plus soupçonné d‘agression homophobe depuis 2024. Gabriel Loustau est le fils d’un autre gudard, Axel Loustau, ami de fac de Marine Le Pen. On peut aussi relever la présence d’Alexandre Gabriac, ancien élu RN et activiste néonazi assumé.
Enfin, un ancien assistant parlementaire du RN, leader du groupuscule Tenesoun, Raphaël Ayma, a pris la parole. Il avait perdu son poste au RN après que son admiration pour l’officier nazi belge Léon Degrelle ait été rendue publique : un passif rappelé par le candidat LFI à Grenoble, également co-animateur du Réseau Insoumis Antifasciste, Allan Brunon.
Avec un tel casting, qu’est-ce qui pouvait mal tourner ? Tout. Malgré cela, les organisateurs, ainsi qu’une boutique de matériel ouvertement suprémaciste blanc, avaient diffusé en amont des consignes claires. Des boucles Telegram, relayant le pire de l’extrême droite en France et en Europe, font circuler des consignes claires :
« tenue simple et sobre »
« éviter les logos ou symboles liés à des groupes ou des organisations du milieu »
« pas de symboles polémiques ou mal interprétables »
pas de tatouage « à connotation politique »
« pas de cagoule »
Pour le style vestimentaire, il est facile de lire entre les lignes : exit les croix gammées et celtiques, ou autres soleils noirs, les références explicites à des groupes néonazis, voire nazis tout court. Anticipant le niveau intellectuel de leurs lecteurs fachos, les auteurs ont même fourni un petit dessin sur la bonne et la mauvaise tenue à avoir pour cette manifestation. Ils font bien de préciser : leurs adeptes, plutôt que d’adopter un style « casual » pourraient opter pour un uniforme Hugo Boss…
Concernant le comportement à adopter le 21 février, le fasciste moyen a aussi des consignes qu’il est fortement invité à suivre :
« Ignorez toute provocation. Ne répondez pas aux journalistes »
« aucun affrontement, aucune « gogolerie » » : comprendre « pas de saluts nazis »
« restez calmes et disciplinés » devant la police
« restez dignes et sobres en public pour tout le week-end »
« évitez de rester seuls ou en petit groupe pour éviter toute agression antifa » Là encore le message est clair : devant les caméras, devant la police, on reste sage. Pas de saluts nazis, pas d’agressions, de violences, si on peut être vus et filmés. En privé, c’est autre chose… Pire encore, faire des saluts nazis et fascistes risque d’attirer les foudres des antifascistes ! Car c’est à cela, quoi qu’en disent les médiocres et les irresponsables qui se succèdent à BFM et CNews, que servent les antifascistes : s’opposer à la prise de l’espace public par l’extrême droite, par les identitaires et néofascistes.
Surprenamment, les consignes n’ont pas été respectées. La préfète du Rhône, après coup, a signalé « au moins » 3 saluts nazis, filmés et diffusés. Sur une vidéo, on voit clairement un participant faire un salut nazi. Au lieu de le sortir du défilé, le service d’ordre se contente de lui demander d’arrêter : entre amis, on peut se dire les choses calmement.
Tout aussi naturellement, plusieurs insultes racistes et homophobes ont été entendues : « à bas les bougnoules et les PD ! », « sale bougnoule, sale race de merde ». La seule réaction des organisateurs : « les gars arrêtez, il y a des caméras ! ». Après la marche, dans le métro, une participante lance à un homme noir : « Je suis encore en France, non ?! Retourne dans ton Afrique ». Pas de doute, on est bien dans une marche blanche.
Cerise sur le gâteau, un manifestant, armé « d’un marteau et d’un couteau » a été interpellé par la police. Que comptait-il en faire ?
L’ombre du Rassemblement national planait sur cette marche : officiellement, Jordan Bardella a refusé d’appeler à y participer, stratégie de normalisation oblige, provoquant par ailleurs la colère des organisateurs. Mais beaucoup parmi les organisateurs et participants sont passés par ses rangs… voire y travaillent, comme Vincent Claudin, assistant de la députée RN Lisette Pollet.
Voyant la place libre, Les Républicains se sont engouffrés dans la brèche : un sénateur LR était présent, et le conseil régional (aux mains de Laurent Wauquiez) a projeté sur son siège le portrait et le nom de Quentin D., en hommage. Drôle d’itinéraire pour la droite « gaulliste » que de s’afficher aux côtés de la crème néonazie du pays.
Le laissez-faire des autorités laisse sans voix : tout avant le rassemblement indiquait des « débordements », mais le ministre de l’Intérieur a maintenu la marche, estimant qu’elle ne présentait pas de risque de troubles à l’ordre public. Quelques saluts nazis plus tard, le ministre est démenti par sa préfète et ses signalements pour gestes et paroles racistes. L’identité des organisateurs, la présence annoncée de groupuscules violents, les mots d’ordre et consignes (publiques !) de dissimulation de toute symbolique « problématique »… Le ministre Nunez a tout vu, et n’a rien fait.
Un gros effort de dépolitisation de la marche du 21 février, et des violences d’extrême droite depuis 10 jours, est à l’œuvre. La simple volonté des organisateurs de la manifestation, qui prétendaient rendre un simple « hommage à un mort », une « une marche blanche » est hypocrite : le caractère politique, à l’extrême droite, de l’événement est indéniable.
Mais aussi médiatiquement, et hors de l’extrême droite, ce travail de sape est mené. Loin de se montrer solidaires face à l’extrême droite et la machine médiatique, les peureux sortent du trou pour montrer l’étendue de leur servilité, trop heureux de passer pour la gauche « respectable », en renvoyant dos à dos fascistes et antifascistes.
On attend donc ses moyens de lutte à elle contre l’extrême droite, en dehors de ses incantations de l’union pour l’union, qu’importe le programme. Vu son empressement à jeter sous le bus le premier mouvement de gauche du pays pour plaire aux journalistes, on la croit peu capable de défendre le moindre programme, même au rabais.
Que dire aussi du patron du PS Olivier Faure ayant mis sur le même plan antifascistes et extrême droite… avant de faire machine arrière quelques heures plus tard, mécontent d’être sur la même ligne que ses adversaires internes au centre gauche, Hollande et Glucksmann. Le même Hollande qui, ce lundi matin, trouvait « normal » que cette marche ait lieu, invoquant la « liberté de manifester », fût-ce agrémenté de saluts et slogans nazis.
C’est au contraire avec un antifascisme d’autodéfense populaire que l’extrême droite ne s’emparera pas des rues comme elle l’a fait samedi dernier, que la France ne sera plus souillée de bras tendus et de slogans racistes, suprémacistes et homophobes. La dissolution par le gouvernement en 2025 de la Jeune Garde Antifasciste voit ses conséquences se vérifier. Les macronistes portent une lourde responsabilité dans la marée brune qui déborde des égouts et se répand sur le bitume.
Cette autodéfense populaire, et donc l’annulation de la dissolution de la Jeune Garde, ainsi qu’une vaste mobilisation de masse contre le racisme, qui commencera le 14 mars et soutenue par LFI, sont nécessaires pour ériger un rempart contre l’extrême droite, et commencer à récupérer du terrain.
Par Alexis Poyard
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