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Il y a une légère inflexion au gouvernement, et les révélations de l’Humanité sur les liens étroits entre Némésis et des groupuscules néonazis n’y sont pas étrangères. Interrogé à l’Assemblée nationale sur une possible dissolution du collectif fémonationaliste, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ne ferme pas la porte, précisant qu’« aucun groupe n’échappe au contrôle (…), y compris les groupuscules de la mouvance identitaire à laquelle appartient Némésis ». En janvier 2025, son prédécesseur Bruno Retailleau adoubait au contraire le collectif en ces termes : « Je voudrais vous féliciter. Bravo pour votre combat, j’en suis très proche. »
Plusieurs élus de gauche montent au créneau pour pousser le gouvernement à procéder à la dissolution de Némésis. À l’Assemblée nationale, François Ruffin et des élus LFI comme Thomas Portes, Bastien Lachaud ou Ugo Bernalicis la réclament, tout comme l’élue socialiste du Rhône Sandrine Runel, autrice d’une lettre au locataire de la Place Beauvau. Au Sénat, le communiste Pascal Savoldelli a lui aussi interpellé Laurent Nuñez. Tout comme le directeur de l’Humanité, Fabien Gay, qui demande d’engager la procédure en urgence. Une pétition citoyenne a également été lancée sur la plateforme Change.org.
Depuis 2021, la loi sur le séparatisme permet de « dissoudre une association ou un groupement de fait qui provoque à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens », précise le Conseil d’État. Deux procédures à l’encontre de deux associations identitaires, le Bloc montpelliérain et Patria Albiges (à Albi), sont en cours d’examen.
La procédure peut être longue et doit être circonstanciée ; une dissolution est justifiée, dit l’institution, « si une organisation incite, explicitement ou implicitement, à des agissements violents de nature à troubler gravement l’ordre public. Peut constituer une telle provocation le fait de légitimer publiquement des agissements d’une gravité particulière ou de ne pas modérer sur ses réseaux sociaux des incitations explicites à commettre des actes de violence ».
Par ailleurs, il est possible de dissoudre une association ou un groupement « qui provoque ou contribue à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les personnes en raison notamment de leurs origines ou de leur identité ». En dernier ressort, le Conseil d’État peut être saisi après une dissolution prononcée par le gouvernement. Il avait ainsi annulé, en 2023, la dissolution des Soulèvements de la Terre, mais confirmé dans le même temps celles du Groupe antifasciste Lyon et environs (Gale) et de l’Alvarium (extrême droite identitaire) à Angers.
Le Conseil d’État rappelle qu’une mesure de dissolution « porte une atteinte grave à la liberté d’association, principe fondamental reconnu par les lois de la République », et qu’il convient que les dissolutions soient « adaptées, nécessaires et proportionnées à la gravité des troubles susceptibles d’être portés à l’ordre public ».
L’article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure reprend le fondement de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et les milices privées. Cette loi du Front populaire avait été votée après les événements tragiques du 6 février 1934, vécus comme une menace existentielle pour la démocratie ; des centaines de milliers d’adhérents des ligues d’extrême droite appelaient à renverser la République, à une époque où Hitler est victorieux en Allemagne et Mussolini au pouvoir en Italie.
Dans le cas de l’Alvarium, le Conseil d’État soulignait « qu’il entretient des liens avec des groupuscules appelant à la discrimination, a publié des messages justifiant la discrimination et la haine envers les personnes étrangères ou les Français issus de l’immigration par leur assimilation à des délinquants ou des criminels, à des islamistes ou des terroristes ».
Ces liens entre Némésis et des groupuscules similaires sont avérés depuis nos révélations, et des messages de même nature sont publiés par Némésis sur les réseaux sociaux ou lors de ses happenings militants, entendant « dénoncer l’impact dangereux de l’immigration de masse sur les femmes occidentales afin que ce sujet devienne un débat public ».
Au total, depuis 2017 et l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, 49 groupes ont fait l’objet de décrets de dissolution. La procédure a toutefois ses limites. En 1936, certains groupes dissous basculent dans la clandestinité et l’action terroriste, comme la Cagoule, qui commet des assassinats et projette même un putsch fasciste.
En 2019, les services de l’État renoncent tout d’abord à demander la dissolution de Génération identitaire, estimant n’avoir pas d’arguments suffisamment solides à présenter devant la justice administrative. Ce sera chose faite en 2021, pointant notamment que Génération identitaire avait reçu des dons de l’auteur des attentats de Christchurch, condamné à perpétuité pour avoir tué 51 personnes dans deux mosquées.
La dissolution est une arme juridique, sans porter de coup fatal à la résurgence d’héritiers. Unité radicale, une organisation d’orientation nationaliste-révolutionnaire qui prônait la violence physique, est dissoute en août 2002 à la suite de la tentative d’assassinat de Jacques Chirac par l’un de ses militants, Maxime Brunerie. Le groupuscule se renomme aussitôt Jeunesses identitaires, puis Génération identitaire (GI), et enfin Argos depuis 2022…
À la dissolution de GI en 2021, l’organisation nationale se recompose en groupements locaux, Furie française remplace GI Toulouse, les Remparts à Lyon, les Natifs à Paris, les Normaux à Rouen… Un éparpillement dans la nature des éléments radicaux qui complique aussi le travail du renseignement territorial.
Reste que la dissolution s’inscrit également dans un récit politique, où le gouvernement s’emploie à prononcer des dissolutions à l’extrême gauche en même temps qu’à l’extrême droite, alimentant une posture de « lutte contre les extrêmes », mises à égale distance.
Article de Lionel Venturini
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