« Effacer les lignes » : comment les avant-postes de colons s’emparent de nouvelles régions de Cisjordanie

jeudi 9 avril 2026.
 

Après des décennies à consolider leur emprise sur la zone C, les colons israéliens étendent leur présence vers les zones B et A — nominalement sous juridiction de l’Autorité palestinienne — en déplaçant des communautés entières, révèle une enquête conjointe.

En mai 2023, la communauté bédouine palestinienne d’Ein Samia, située à l’est de Ramallah, a fui son village. Soumises à une pression et à un harcèlement croissants de la part de colons israéliens voisins, bénéficiant d’un soutien militaire conséquent, des dizaines de familles ont démantelé leurs maisons et sont parties. C’était l’un des premiers cas depuis 1967 où une communauté palestinienne entière de Cisjordanie avait été complètement déracinée — et ce n’était qu’un présage de ce qui allait suivre.

Onze de ces familles se sont réinstallées à courte distance, à Al-Khalail, une zone rurale en périphérie du village d’Al-Mughayyir. Ce site se trouve en zone B du territoire occupé — la zone où, en vertu des accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne (AP) exerce une autorité sur les affaires civiles tout en devant coordonner la sécurité avec Israël. Elle offre aux Palestinien·nes davantage d’autonomie que la zone C, placée sous contrôle israélien total et théâtre de la quasi-totalité de l’expansion des colonies, mais moins que la zone A, sous contrôle intégral de l’AP. En quittant la zone C pour la zone B, les habitant·es déplacé·es d’Ein Samia pensaient trouver une relative sécurité.

À Al-Khalail, les familles ont reconstruit leur vie. Elles ont érigé des maisons en tôle et des enclos pour les animaux, installé des panneaux solaires et des citernes d’eau, et repris l’élevage.

« Nous sommes des réfugié·es du Naqab », explique Muhammad Ka’abneh, 85 ans, faisant référence au désert du sud d’Israël. « Nous avons déménagé plusieurs fois jusqu’à ce que, dans les années 1980, l’armée nous ordonne de nous installer à Ein Samia. Nous y avons vécu jusqu’à ce que les colons et l’armée nous en expulsent il y a trois ans. Nous sommes venus ici [à Al-Khalail] parce que nous savions que c’était la zone B et que c’était sûr. »

Pendant un temps, les habitant·es ont dit que la région était calme. Puis, en 2024, sur la colline qui fait face à leur campement, un groupe de colons a établi un nouvel avant-poste pastoral appelé Shlisha Farm. (Les avant-postes sont des mini-colonies créées sans autorisation préalable de l’État, qui servent de têtes de pont stratégiques pour l’expansion des colons en Cisjordanie.)

Les colons ont commencé à faire paître leurs troupeaux sur les terres entourant la communauté, endommageant oliviers et cultures, pénétrant dans le campement et menaçant les familles. Ils l’ont fait avec le soutien de l’armée. « Il leur suffit de passer un coup de téléphone, et l’armée arrive », dit Ka’abneh des colons. « Les soldats les protègent. »

Pendant des mois, les familles d’Al-Khalail ont subi un harcèlement quasi quotidien. Plus tôt cette année, le 1er février, des soldats sont arrivés et ont demandé aux habitant·es de partir 48 heures sans leurs affaires, invoquant un ordre déclarant la zone « zone militaire fermée » — une mesure fréquemment utilisée pour éloigner les Palestinien·nes ainsi que les militant·es israélien·nes et internationaux·ales des points chauds de la violence des colons. Les familles ont refusé. « Si nous étions partis, nous ne serions pas revenus », dit Ka’abneh.

Si les soldats n’ont pas mis à exécution l’évacuation ce jour-là, ils ont arrêté deux militant·es internationaux·ales présent·es sur les lieux. Les documents de leur audience ultérieure indiquaient qu’ils et elles avaient été détenu·es pour s’être trouvé·es « dans une zone militaire fermée où était en cours une évacuation de résident·es bédouins qui s’étaient installé·es illégalement sur ordre du chef du commandement central ». Le fait que les familles palestiniennes s’étaient réinstallées en zone B — où c’est l’AP, et non Israël, qui maintient l’autorité en matière de construction et d’urbanisme — ne semblait faire aucune différence.

Dans les semaines qui ont suivi, la pression est devenue insupportable : des colons sont entrés dans les maisons des Palestinien·nes, y amenant leurs moutons et leurs chiens, tandis que l’armée arrêtait des habitant·es. Le 21 février, la communauté a fui. Moins d’un mois plus tard, des colons ont érigé un nouvel avant-poste sur le site.

Le déplacement des familles d’Ein Samia a constitué un coup stratégique pour le mouvement de colonisation. En étendant le bloc de colonies de Shiloh — un ensemble de colonies et d’avant-postes contigus qui divisent le nord de la Cisjordanie — il a contribué à créer un corridor de contrôle israélien ininterrompu de la Ligne verte jusqu’à la vallée du Jourdain, tout en isolant davantage l’une de l’autre les grandes villes palestiniennes de Ramallah et de Naplouse.

L’expulsion de ces familles illustre également un schéma plus large qui s’est accéléré depuis octobre 2023 : la prolifération d’avant-postes de colons et le déplacement massif de communautés palestiniennes à travers la Cisjordanie, y compris dans des zones qui étaient jusqu’à récemment considérées comme hors limites, même par les colons.

Depuis le 7 octobre, des colons ont agi de concert avec l’armée israélienne pour expulser au moins 76 communautés palestiniennes entières, tandis que des colons ont simultanément établi 152 nouveaux avant-postes. Parmi ces avant-postes, au moins 22 ont été établis en zone B, dont 12 dans la « Réserve convenue » (une parcelle de 167 000 dounams dans le sud de la Cisjordanie désignée comme zone B). Un avant-poste est également apparu en zone A.

Selon la cartographie réalisée par +972 Magazine, Local Call et The Nation, à partir de données collectées par les organisations israéliennes Kerem Navot et Peace Now, les colons vivant dans ces avant-postes ont pris le contrôle d’environ 98 000 dounams (près de 25 000 acres) en zones B et A. Au total, les colons vivant dans des avant-postes exercent désormais un contrôle effectif sur environ 1 million de dounams (250 000 acres) à travers la Cisjordanie.

Cette dynamique se construit depuis longtemps. Pendant des décennies, les colons ont étendu des avant-postes pastoraux à travers la zone C — qui représente 60 % de la Cisjordanie — en utilisant le pâturage pour s’emparer de vastes étendues de terres agricoles palestiniennes. Ils ont été aidés dans cet effort par l’Administration civile israélienne en Cisjordanie, qui alloue des zones de pâturage sur des terres qu’elle désigne comme « terres d’État », donnant ainsi aux colons le contrôle de zones ne se trouvant pas à proximité immédiate de leurs fermes.

Désormais, les colons ont déplacé leur attention vers la zone B et les périphéries des grandes villes palestiniennes. L’objectif est de les encercler, de restreindre l’accès des Palestinien·nes aux terres agricoles et aux espaces ouverts environnants, et de consolider la contiguïté territoriale entre les blocs de colonies tout en repoussant les Palestinien·nes dans des cantons fragmentés au sein des grandes villes.

Cette stratégie s’aligne sur le « Plan de souveraineté » présenté en septembre dernier par le ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui envisage d’annexer l’intégralité de la Cisjordanie à l’exception de six enclaves palestiniennes non contiguës. En février, le gouvernement a donné un coup d’accélérateur à ce plan lorsque le cabinet de sécurité a autorisé les organes d’application israéliens à opérer dans les zones A et B sur des questions civiles (notamment l’eau, les questions environnementales et les sites archéologiques), ancrant davantage l’autorité israélienne au-delà de la zone C.

La rhétorique dans les cercles de colons reflète ouvertement ces évolutions. Elisha Yered, largement considéré comme l’un des leaders de la « Jeunesse des collines » et suspecté d’avoir tué un adolescent palestinien en 2023, a récemment décrit la poussée des colons vers les zones A et B sur un populaire podcast conservateur en hébreu.

« Au moins 55 % des terres [des zones A et B], il ne s’y passe rien — pas d’application contre la construction arabe, pas de colonisation », a-t-il déclaré. Au cours de l’année écoulée, a-t-il expliqué, des militant·es lié·es au groupe « Hilltop Front Command Center » ont intensifié leurs efforts pour établir de nouveaux avant-postes dans ces zones. « Nous avons agi de manière plus intensive… pour établir des avant-postes, des points de colonisation avec des troupeaux et tout, et avec l’aide de Dieu nous réussissons à capturer des positions stratégiques clés. »

En s’aventurant dans des régions palestiniennes plus peuplées, ces colons n’ont montré que peu de réticence à recourir à une violence brutale. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), des colons ont tué plus de 30 Palestinien·nes en Cisjordanie et en ont blessé plus de 1 500 depuis le 7 octobre 2023.

Ils ont établi de nouveaux records de violence en 2025, et cette année s’annonce encore pire : les colons ont blessé plus de 260 Palestinien·nes à travers la Cisjordanie jusqu’à présent, triplant la moyenne mensuelle depuis 2023. Parallèlement aux bouclages militaires, ces attaques ont déplacé plus de 1 500 habitant·es en trois mois, soit presque autant que sur l’ensemble de l’année dernière. Et depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, des colons ont tué six Palestinien·nes en Cisjordanie, selon le ministère palestinien de la Santé — tous et toutes à l’intérieur ou à proximité du territoire de la zone B.

En réponse à une demande de commentaire, un porte-parole militaire israélien a déclaré que « la mission de Tsahal est de maintenir la sécurité de tous les résidents de [Cisjordanie]. Le commandement central de Tsahal, y compris l’Administration civile, travaille à l’évacuation des avant-postes illégaux en zone B, en réponse à un besoin sécuritaire évident. »

« Tsahal a concentré des forces dans les zones de friction afin de réduire autant que possible les incidents violents », poursuit le communiqué. « Tsahal condamne fermement les incidents de ce type, qui portent préjudice à des personnes innocentes et compromettent la stabilité sécuritaire dans la région. »

Pourtant, des soldats ayant servi en Cisjordanie ont témoigné de la politique de facto au sein de l’armée israélienne qui facilite la violence des colons. « On voit des tonnes d’incidents — des colons qui lancent des pierres, des émeutes, des maisons incendiées — et ils laissent simplement faire », a confié à +972, Local Call et The Nation un réserviste ayant servi dans un rôle de coordination dans un poste de commandement en Cisjordanie pendant la guerre à Gaza. Les enquêtes, a-t-il dit, ne sont généralement ouvertes que lorsqu’un meurtre risque de provoquer une escalade plus large — et même dans ce cas, « la frustration est uniquement d’ordre sécuritaire, pas pour prévenir [des cas similaires] à l’avenir ou pour dissuader. »

Un autre soldat ayant servi dans une brigade d’infanterie en Cisjordanie pendant la guerre, et qui a ensuite témoigné de son expérience auprès de l’ONG israélienne Breaking the Silence, a décrit ce qu’il percevait comme une relation « très étroite » entre les colons et l’armée. « Il y avait une ferme [un avant-poste de colons] dans notre secteur ; nous y effectuions des exercices, des missions conjointes », a-t-il dit. « Quand il y a un épisode de violence de colons, ce qui arrive souvent, c’est la police qui est censée intervenir. Dans le meilleur des cas, l’armée reste à l’écart lors des violences de colons ; dans le pire des cas, elle y participe. C’est aussi arrivé avec nous. »

Cette enquête de +972, Local Call et The Nation se concentre sur une douzaine de communautés palestiniennes du centre de la Cisjordanie — entre Ramallah et Naplouse — qui se retrouvent en première ligne de l’expansion des colons en zone B.

S’appuyant sur des images satellites et des analyses cartographiques, ainsi que sur des témoignages de propriétaires fonciers et d’officiel·les palestinien·nes, des récits de victimes de violences de colons et un document interne de colons, l’enquête démontre comment de nouveaux avant-postes s’enfoncent de plus en plus loin en Cisjordanie, faisant avancer la politique du gouvernement israélien visant à déplacer les Palestinien·nes et à consolider le contrôle israélien sur des portions toujours plus vastes du territoire occupé.

Comme l’a promis Smotrich lors des funérailles d’un éminent militant colon renversé samedi par une voiture apparemment conduite par un Palestinien : « Nous effacerons les lignes, les délimitations et les lettres. Nous coloniserons notre terre dans toutes ses parties. »

« C’est comme si nous étions en prison » : Al-Mughayyir

Le village palestinien d’Al-Mughayyir se trouve à environ 30 kilomètres au nord-est de Ramallah. Si la plupart de ses habitant·es vivent dans une partie du village qui relève de la zone B, la majorité de ses terres se trouvent en zone C — dont 42 000 dounams de pâturages et de terres agricoles qui ont été accaparés par des colons. Le village est désormais entouré de presque tous les côtés par huit avant-postes, dont l’un en zone B.

L’armée israélienne a fermé l’entrée principale d’Al-Mughayyir par l’est depuis plus de deux ans, depuis le début de la guerre d’Israël contre Gaza. En août dernier, après un incident au cours duquel un tireur palestinien aurait ouvert le feu sur des colons israéliens faisant paître des moutons sur les terres du village, l’armée a collaboré avec des colons pour fermer hermétiquement la ville. Au cours du siège de trois jours, ils ont déraciné des milliers d’oliviers, envahi des maisons et creusé des tranchées autour du village pour rendre encore plus difficiles les allées et venues. Depuis, des colons font paître leurs troupeaux sur les terres du village presque quotidiennement.

L’activiste local Rabee Abu Na’im a décrit ces événements comme faisant partie de ce qu’il perçoit comme une stratégie délibérée. Depuis deux ans, a-t-il dit, les autorités « ferment le village et resserrent leur contrôle sur lui autant que possible », parce que c’est « le dernier village restant dans la région de Ramallah qui borde la vallée du Jourdain » — le flanc oriental de la Cisjordanie sur lequel Israël consolide rapidement son contrôle.

« La politique d’expulsion de la population est une stratégie préméditée », a-t-il dit. « Maintenant ils avancent vers les villages entre la vallée et d’autres zones, comme Al-Mughayyir et Duma. » Faisant référence aux tranchées creusées autour du village, il a ajouté : « C’est un siège total ; c’est comme si nous étions en prison ici. »

Depuis octobre 2023, l’armée a tué quatre habitant·es d’Al-Mughayyir, dont, plus récemment, Mohammed Naasan, 14 ans. Son père, Sa’ad, a dit que Mohammed se tenait près de lui à la fin de la prière du vendredi le 16 janvier, quand un soldat a tiré depuis un jeep à environ 100 mètres. « La balle est ressortie par son dos. Il est mort sur le coup », a-t-il dit. Après que la famille a dressé une tente de deuil, a-t-il ajouté, « l’armée est venue et a pris possession d’une maison en face de chez nous. Ils ne voulaient pas que nous recevions des visiteurs, alors ils ont tiré des gaz lacrymogènes et des munitions réelles. »

Marzouq Abu Ne’im, président du conseil municipal, a dit que des colons — avec le soutien de l’armée — contrôlent désormais ou bloquent l’accès à presque la totalité des 43 000 dounams d’Al-Mughayyir, dont 1 000 en zone B. « L’armée n’était pas absente ; les colons n’ont pas agi seuls. Elle les a soutenus », a-t-il dit. « Aujourd’hui, on ne nous autorise pas à atteindre nos terres pour les cultiver. »

L’impact, a-t-il poursuivi, est à la fois économique et psychologique : « Les gens n’ont plus aucun sentiment de sécurité ici, pas même pour leurs enfants. Il n’y a plus rien qui ressemble à une enfance ici. » Les conversations tournent autour des raids et des arrestations, a-t-il dit. « Les gens ne parlent que de « les colons sont arrivés, les colons sont partis, l’armée est là, l’armée a fait une descente, celui-ci a été arrêté, celui-là a été tué, cet autre a été blessé ». » En fin de compte, a-t-il ajouté, « la pression est une politique d’expulsion, rien de moins. »

L’un des avant-postes qui génère cette pression est Or Nachman, érigé en zone B en 2024 et positionné pour bloquer la route principale entre Al-Mughayyir et la ville voisine de Turmus Ayya (que des colons ont effectivement fermée en octobre 2023). L’armée a évacué et démoli l’avant-poste à plusieurs reprises — le 11 mars pour la dernière fois en date — mais sans fermer la zone, ce qui permet aux colons de le reconstruire à chaque fois, souvent en quelques heures. Les habitant·es palestinien·nes de la région sont maintenant contraint·es d’emprunter la route passant par Khirbet Abu Falah, un village voisin où des colons ont attaqué des voitures, des maisons et des oliveraies.

Avant la récolte des olives l’automne dernier, des colons ont abattu des dizaines d’arbres sur une terre appartenant à Samir Shuman, 49 ans, de Khirbet Abu Falah. « Ils sont venus la nuit, quand tout le monde dormait. Même si l’armée avait été là, elle les aurait protégés », a-t-il dit. « Comme vous pouvez le voir », a-t-il ajouté en désignant un champ d’arbres nus, « il n’y a pas d’olives et il n’y aura pas d’huile cette année. »

Hidaya Abu Na’im, 33 ans, vit maintenant à l’intérieur d’Al-Mughayyir après avoir fui Al-Khalail fin février. Tandis que d’autres familles bédouines palestiniennes démontaient leurs maisons et chargeaient leurs affaires sur des camions, Abu Na’im, son père et sa fille de 13 ans faisaient partie de ceux et celles qui ont été agressé·es par des colons le soir du 21 février, alors que leur famille se préparait pour l’Iftar.

Une dizaine de colons ont déferlé dans la communauté, lacérant les citernes d’eau de la communauté et lançant des pierres. Abu Na’im et son père ont été touchés alors que la famille fuyait vers une grotte à proximité.

« Ils ont commencé à lancer des pierres à l’intérieur de la grotte et à démolir les maisons », a-t-elle dit. « Ils ont tout détruit — les citernes d’eau, les maisons, les panneaux solaires, les fenêtres des maisons. »

Dans la grotte, il n’y avait pas de connexion internet, mais Abu Na’im a continué à filmer sur son téléphone, essayant à plusieurs reprises d’envoyer les vidéos dans l’espoir que quelqu’un les reçoive. L’assaut a duré des heures. Quand le calme est revenu, elle est brièvement sortie et est retournée chez elle, envoyant un message pour rassurer ses proches que sa famille était en vie.

Quelques instants plus tard, trois colons sur un quad sont apparus, l’un d’eux armé. Ils sont entrés dans la maison d’Abu Na’im et ont commencé à voler du matériel électrique.

Abu Na’im et d’autres se sont cachés sous des couvertures dans la cuisine. « Puis [l’un des colons] a vu ma main », a-t-elle dit. « Il m’a frappée au visage et m’a jetée à terre. »

Selon son témoignage, les colons l’ont battue avec un bâton, ont traîné son père par les cheveux, l’ont jeté à terre et lui ont donné des coups de pied dans le ventre. Ils ont également frappé la fille d’Abu Na’im dans le ventre et dans le dos avec des bâtons.

« Ils nous ont fait asseoir par terre face au mur comme des détenu·es », a dit Abu Na’im. « Ils n’arrêtaient pas de nous frapper et de crier. » Finalement, les colons leur ont ordonné de partir. « J’ai demandé : « Qu’est-ce que vous nous voulez ? » Ils ont dit : « Écartez-vous de notre chemin et quittez cet endroit ». » Alors que la famille s’éloignait, a-t-elle dit, les colons ont continué à les frapper avec des bâtons.

« Honnêtement, même maintenant je ressens encore l’envie de retourner à cet endroit », a dit Abu Na’im. « Je suis en colère et je veux y retourner. »

« Quiconque essaie de se déplacer est visé » : Turmus Ayya

Turmus Ayya est une ville palestinienne en zone B située à l’est de Ramallah, qui compte de nombreux·ses habitant·es titulaires de la citoyenneté américaine. Elle a également été victime des violences des colons d’Or Nachman.

En octobre dernier, une centaine de colons de l’avant-poste ont attaqué des cueilleur·euses d’olives, blessant grièvement Afaf Abu Alia, 53 ans. L’un des participant·es à l’assaut, Ariel Dahari, a été arrêté et inculpé ; des dizaines d’autres ne l’ont pas été.

Plus récemment, le 8 mars, des colons descendus d’Or Nachman vers Khirbet Abu Falah ont tué par balle deux hommes palestiniens. Un troisième a fait un arrêt cardiaque lorsque les forces militaires israéliennes sont arrivées peu après et ont tiré des gaz lacrymogènes.

Un colon filme des Palestiniens en train de récolter des olives au lendemain d’une violente attaque perpétrée par des colons à Turmus Ayya, tandis qu’un policier israélien passe à proximité, entre Turmus Ayya et Al-Mughayyir, en Cisjordanie occupée, le 20 octobre 2025. (Oren Ziv)

Des colons d’un autre nouvel avant-poste, connu sous le nom de HaNekuda BaEmek (« Le Point dans la Vallée »), harcèlent également régulièrement les habitant·es de Turmus Ayya. Établi en 2024, l’avant-poste est situé sur les terres agricoles de la ville qui relèvent de la zone B. Son fondateur, Amishav Melat — qui vivait auparavant dans l’avant-poste voisin de Geulat Zion (« La Rédemption de Sion ») — a déclaré à Ynet en 2020 que les colons étudient les zones A, B et C « pour brouiller cette division et avancer autant que possible ». Il a ajouté : « Nous établissons des avant-postes [et] nous étirons les frontières de la colonisation. »

Descendant de HaNekuda BaEmek, des colons font paître leur bétail dans les champs et les vergers de Turmus Ayya. Selon le président du conseil municipal de la ville, Lafi Adeeb, les habitant·es ont effectivement perdu l’accès à quelque 8 000 dounams, dont environ la moitié se trouve en zone C et l’autre moitié en zone B. « Quand on atteint une terre en zone B, on vous dit : « C’est une zone militaire fermée » », a-t-il dit.

Adeeb a décrit des attaques quotidiennes dans la vallée. Bien que l’avant-poste lui-même se trouve en zone B, l’armée israélienne a déclaré la zone environnante zone militaire fermée. « Tout résident qui entre est attaqué. Personne n’arrête les gangs de colons », a-t-il dit, affirmant qu’ils opèrent avec le soutien officiel de l’armée et « essaient de prendre le contrôle d’autant de terres que possible. »

Awad Abu Samra, propriétaire terrien et militant de 59 ans originaire de Turmus Ayya, peut observer la stratégie des colons se déployer concrètement. Après avoir expulsé des communautés de berger·ères, a-t-il dit, « les colons ont avancé vers les zones rurales palestiniennes ». Là, ils ont brûlé et pillé des structures agricoles ; désormais, a-t-il dit, les colons ciblent les maisons en périphérie de la ville. L’avant-poste installé sur les terres de Turmus Ayya se trouve à seulement 300 mètres de la dernière maison de la ville.

« Quiconque essaie de se déplacer dans la zone est visé [par les colons] », a-t-il dit. « Les propriétaires sont complètement empêchés d’accéder à leurs terres. C’est le colon qui contrôle ce qui se passe. Il donne des ordres au soldat [et] à l’officier de police. »

La zone militaire fermée, a expliqué Abu Samra, n’est pas appliquée de manière égale. « Une « zone militaire », telle que nous la comprenons, est censée être une zone où personne n’entre — ni colons, ni Palestinien·nes, personne. Mais elle ne devient zone militaire que pour les Palestinien·nes. » Dans un cas lors de la récolte des olives, un colon est arrivé avec un avis imprimé et l’a remis aux soldats, qui ont ensuite dispersé les habitant·es de Turmus Ayya.

Lors d’une visite récente des terres du village, Adeeb a suggéré que la distinction entre les zones B et C ne semble plus avoir d’importance. « Ils ont déraciné des centaines d’oliviers ici. Pendant la récolte, ils nous ont attaqués en zone B, n’ont laissé personne rester et ont pris les olives que nous avions récoltées. »

Il a désigné sa propre parcelle de quatre dounams, plantée dans les années 1990 avec 80 oliviers. « Quand je suis arrivé, j’ai constaté qu’ils avaient été déracinés par un bulldozer », a-t-il dit. « C’est le début d’une expulsion à grande échelle en Cisjordanie. Les [colons] s’emparent des zones C et B sans aucune autorisation préalable, et ils reçoivent le soutien de l’armée, de la police et des [ministres israéliens Itamar] Ben Gvir et Smotrich. »

« Où que vous alliez, ils vous suivent » : Duma

Le 18 octobre 2023, des colons ont expulsé la communauté pastorale d’Ein Al-Rashash, située en zone C à l’est de Ramallah. C’était dans le cadre d’une campagne qui avait commencé avant la guerre, lorsque des colons, désireux de consolider leur contrôle sur environ 150 000 dounams entre la route d’Allon et la vallée du Jourdain, avaient commencé à œuvrer pour éliminer les communautés bédouines de la région.

Originaires de la région d’Ein Gedi près de la mer Morte, de nombreuses familles d’Ein Al-Rashash avaient d’abord été déplacées en 1948, puis à plusieurs reprises avant leur expulsion en 2023. Après avoir quitté Ein Al-Rashash, certaines se sont déplacées de quelques kilomètres vers le nord, à la périphérie de la ville de Duma en zone C. À l’époque, il n’y avait aucun avant-poste là-bas.

« On pensait rester ici 10 à 15 ans », dit Raed Zawahreh, 22 ans. « On ne pensait pas que les colons viendraient ici non plus. Mais où qu’on aille, ils nous suivent. »

À la mi-2025, des colons ont établi un avant-poste appelé Havat Giborei David (« La Ferme des Héros de David ») à quelques centaines de mètres de la maison de sa famille. Il fait partie d’une chaîne de nouveaux avant-postes entourant Duma en zone C, établis après la mort du colon David Libby, 19 ans, à Gaza en mai 2025 alors qu’il opérait sur un engin de génie civil pour un contractant de l’armée.

Un document interne de colons obtenu par +972, Local Call et The Nation révèle la finalité de ces avant-postes : « Surveiller le territoire dominant le carrefour des Conseils, maintenir la contiguïté avec la vallée du Jourdain au nord de l’axe d’Allon et à l’est de la Route 5 (Route 505), et surveiller la zone ouverte entre la route et le village de Majdal (Bani Fadil). » La « zone ouverte » désigne les terres agricoles et de pâturage utilisées par les communautés palestiniennes.

Le document précise en outre que, dans le cas de tout « mouvement vers le nord depuis la route d’accès de Duma », une personne armée doit être alertée. Cette directive considère effectivement tout mouvement au-delà de la zone bâtie du village comme une menace sécuritaire.

Selon la carte jointe au document une route planifiée, reliant Havat Giborei David à l’avant-poste Malachei HaShalom (« Anges de la Paix ») à ses satellites nordiques, encerclera Duma par l’est.

Depuis l’établissement de Havat Giborei David, les familles palestiniennes vivant en périphérie de Duma endurent un harcèlement quasi quotidien. En août dernier, un soldat hors service a tué Tamim Dawabsheh, 35 ans, après que des habitant·es ont affronté des colons entrant sur leurs terres. De nombreuses familles ont envoyé femmes et enfants vivre dans la ville de Duma, qui se trouve en zone B.

« Ils venaient à pied ou en quad, entraient avec leurs moutons dans les maisons et lançaient des pierres en effrayant les enfants », a rappelé Basem Ka’abneh, 35 ans, qui à un moment a recouvert sa maison de fils barbelés pour tenter de ralentir les intrusions des colons. « Ils nous ont dit de partir. Si nous partions, ils prendraient toutes les terres jusqu’à la ville. »

Des militant·es internationaux·ales et israélien·nes de gauche ont maintenu une « présence protectrice » permanente sur le site à la suite d’une demande des habitant·es, ce qui, selon Ka’abneh, « a un peu ralenti les attaques ». Il a dit qu’ils avaient initialement contacté la police et l’armée dans les mois suivant l’apparition de l’avant-poste, « mais l’armée était en colère que nous appelions, alors nous avons arrêté. »

Des appels enregistrés par un·e militant·e début décembre illustrent ce schéma de mépris. Lors d’une incursion de colons, un officier de police a dit à un·e militant·e : « En tant que police, nous ne pouvons pas entrer sans l’armée, et l’armée n’est pas arrivée, donc nous n’avons pas pu y aller. »

Dans un appel séparé concernant un incident différent, lorsqu’un·e militant·e a signalé que des « colons [se trouvaient] ici dans une zone résidentielle » et « terrorisaient les Palestinien·nes », un soldat a répondu que « personne ne vit à Bedouiya » — terme utilisé par l’armée pour désigner ces communautés en périphérie de Duma — insistant sur le fait que la terre était vide.

Selon un soldat ayant servi dans la vallée du Jourdain, « l’ambiance est à l’indifférence face à tout signalement palestinien ». Quand des colons appellent, en revanche, « tout le monde saute en une seconde ». Il a relaté un incident dans lequel un colon a ouvert le feu lors d’un différend avec un résident palestinien. Les commandant·es ont tardé à réagir et leur principale préoccupation, a-t-il dit, « était que ça puisse atteindre les médias ». Il a ajouté : « Bien sûr, si c’était l’inverse, ils auraient foncé sur les lieux. »

Lors des premiers jours de la guerre actuelle avec l’Iran, des colons ont déplacé les habitant·es restant·es de la communauté pastorale palestinienne de Shkara, à l’est de Duma. Selon des militant·es, les colons ont d’abord intensifié les attaques contre les campements, après quoi l’armée a déclaré la zone zone militaire fermée. Des militant·es ont dit à +972, Local Call et The Nation que, dans les jours précédant l’émission de l’ordre par l’armée, des soldats avaient cartographié les emplacements où des militant·es séjournaient dans le campement. Les observateurs et observatrices étant interdits d’entrée, les communautés n’avaient plus de protection extérieure et ont rapidement quitté la zone.

Ka’abneh et sa famille faisaient partie de ceux et celles qui ont été contraint·es de partir. « Nous sommes partis, et le lendemain on nous a accordé une fenêtre de trois heures [par l’armée] pour revenir et récupérer nos affaires. Tout était brisé, et du matériel avait été volé », a-t-il témoigné.

« Notre maison et notre terre sont perdues. Nous ne pouvons pas y retourner parce que les colons sont encore dans la zone. Ils nous ont dispersés ; chaque famille a déménagé dans un endroit différent du village. Nous avons réussi à tenir là-bas pendant huit mois depuis l’établissement de l’avant-poste uniquement grâce aux militant·es qui nous ont soutenu·es. »

Ils se sont installés dans une maison louée à l’intérieur de la ville de Duma. Mais dans les jours suivant leur arrivée, la mosquée adjacente à leur nouvelle résidence a été incendiée, et un graffiti portant la mention « De la synagogue de Nahman » accompagné d’une étoile de David a été tagué sur ses murs — apparemment en représailles à la décision d’Israël de démolir l’avant-poste d’Or Nahman début mars. (Les colons l’ont depuis reconstruit, sans interférence de l’armée.)

Aujourd’hui, la ville de Duma n’a plus qu’une seule entrée sur la route d’Allon, contrôlée par un portail jaune érigé par l’armée. Cinq avant-postes l’entourent désormais. Des militant·es craignent que la ville soit bientôt effectivement encerclée, incitant les habitant·es à la quitter définitivement ou à n’y résider qu’en intermittence.

Selon le maire de Duma, Hussein Dawabsheh, des colons ont pris le contrôle ou bloqué l’accès à environ 17 000 des 18 500 dounams du village, y compris des terres en zone B. La zone urbaine du village ne représente que 940 dounams.

« Aucune zone n’est à l’abri d’eux — ni C, ni B, ni même A », a dit Dawabsheh. « La terre palestinienne est devenue quelque chose qui s’envole au vent, sous le contrôle total du gouvernement israélien.

« L’objectif est l’expulsion totale des Palestinien·nes », a-t-il ajouté. « Même le personnel de sécurité des colonies dit qu’il faut nous traiter comme Gaza. »

« Rien ne les arrête » : Aqraba

Au nord de Duma se trouvent la ville palestinienne d’Aqraba et le village de Majdal Bani Fadil, tous deux en zone B. (Majdal Bani Fadil était l’un des villages mentionnés dans le document interne de planification des colons obtenu par +972, Local Call et The Nation.) Jusqu’à récemment, ils étaient reliés par la Route 5077, mais après l’établissement de l’avant-poste Rappaport Farm l’année dernière, des colons ont défoncé la route et endommagé ses infrastructures. Les déplacements entre les deux communautés nécessitent désormais un détour de 15 à 30 minutes.

Des violences plus directes ont rapidement suivi. Début août, des colons ont tué par balle Mu’in Asfar, 24 ans, près d’Aqraba. Sept autres Palestinien·nes ont été blessé·es. Dans des images vidéo antérieures à la fusillade, on entend un jeune colon dire aux habitant·es : « Tout Aqraba sera entre nos mains. Faites vos valises et partez. Vous avez vu ce qui s’est passé à Gaza. »

Ghadad Nasser, 42 ans, employé de la municipalité d’Aqraba, a dit qu’Asfar récoltait des gombos près de la route quand des colons sont arrivés. « Ils sont descendus et l’ont tué et en ont blessé d’autres », a-t-il dit. « L’armée et les colons disent : « La [zone] C est à nous », mais maintenant ils s’en prennent aussi à quiconque atteint la zone B. Ils essaient d’effrayer les gens pour qu’ils évitent de descendre sur leurs terres. »

Au sud-ouest d’Aqraba, de l’autre côté de la Route 505, plusieurs nouveaux avant-postes sont apparus sur des terres palestiniennes. Peu après en avoir établi un en octobre dernier, des colons ont tenté de s’emparer d’une maison en construction en zone B appartenant à Ahed Khatib, 57 ans.

« J’ai commencé à construire la maison en 2020 », a rappelé Khatib. À l’approche de la saison de récolte des olives l’automne dernier, des colons ont commencé à harceler sa famille et l’ont finalement expulsée sous la menace d’une arme. « Nous avons appelé l’armée et la police », a-t-il dit, « mais ils ne sont pas venus. Ils ont seulement prétendu être en route. »

Cette année, début février, des colons ont à plusieurs reprises accroché un drapeau israélien sur son toit. À chaque fois que la famille l’enlevait, les colons le remplaçaient. « Nous avons réparé la porte et installé une nouvelle serrure, puis ils sont revenus, ont entièrement retiré la porte et ont accroché le drapeau », a-t-il expliqué.

Lors d’une visite de +972 et Local Call, des militant·es solidaires ont à nouveau retiré le drapeau ; des colons sont revenus en quelques minutes et l’ont remis. Des soldats arrivés sur place ont dit n’être là que pour disperser un « rassemblement » ou une « manifestation » — en référence aux militant·es et aux habitant·es — et ont empêché Khatib d’approcher de sa propre maison.

« [Les colons] amènent des moutons dans les oliveraies. Ils n’ont aucun engagement envers quelque loi que ce soit, et rien ne les arrête », a dit Khatib. « La maison est en zone B et j’ai tous les permis. Ils essaient de s’emparer de la zone B, en particulier des maisons en périphérie. »

En face de l’un des avant-postes se dresse une petite cabane qui servait autrefois de centre agricole animé par le conteur palestinien Hamza Al-Aqrabawi, qui s’est noyé dans le Nil lors d’une visite en Égypte en décembre. Des ami·es ont continué à travailler la terre, mais début février, des colons les ont attaqués avec des gaz lacrymogènes. « Nous sommes descendus sur notre terre, et un colon est entré dans la zone et nous a aspergés de gaz lacrymogènes », a dit Abdullah Diriyeh, 39 ans. « L’armée est arrivée mais n’a rien fait. »

À la périphérie d’Aqraba se trouvent les vestiges du village de Yanoun — un sombre présage de ce que les colons espèrent faire à la ville. Yanoun, qui comprenait des structures en pierre vieilles de plusieurs siècles avec des oliveraies accessibles depuis Aqraba, se trouve en zone C. Pendant deux décennies, ses habitant·es ont enduré des violences de colons vivant dans la colonie d’Itamar — établie en 1984 — et ses avant-postes. Au début des années 2000, des militant·es internationaux·ales y maintenaient une présence protectrice permanente.

En décembre dernier, après des mois de harcèlement intensifié et de restrictions routières, les familles restantes ont quitté le village. À ce stade, des avant-postes avaient complètement encerclé le village ; des colons avaient pris possession de bâtiments agricoles, hissé des drapeaux et bloqué l’accès aux oliveraies.

Des soldats ont dit à des militant·es que la route d’accès — située en zone B — était « une zone militaire fermée ou une zone de sécurité, et que l’entrée dans la communauté elle-même est interdite ».

« Ils travaillent selon une carte » : Sinjil

Dans la ville de Sinjil et dans les villages voisins d’Al-Mazra’a Ash-Sharqiya et d’Al-Sharqiya, les habitant·es décrivent une séquence d’événements familière : en avril 2025, des colons ont établi un avant-poste sur une colline stratégique le long de la Route 60 — une terre privée qui relève de la zone B — et ont commencé à attaquer.

Des colons descendent sur Sinjil presque quotidiennement, agressant les Palestinien·nes et mettant le feu à des maisons et à des véhicules. Le mois où l’avant-poste a été établi, Wael Ghafari, 48 ans, est mort d’une crise cardiaque après avoir inhalé de la fumée et des gaz lacrymogènes lorsque des soldats sont arrivés et ont repoussé les habitant·es venu·es défendre leurs terres.

Au début de l’été, des colons ont déplacé l’avant-poste vers la zone de Jabal Al-Batin, à proximité, située en zone A. En juillet, lorsque des habitant·es de Sinjil sont sorti·es pour affronter un groupe de 30 colons approchant la ville depuis l’avant-poste, les colons ont commencé à les attaquer. Sayfollah Musallet, un ressortissant américain de 20 ans, a été battu à mort ; des témoins oculaires ont dit qu’il était resté blessé pendant des heures, l’armée bloquant l’accès des ambulancier·ères. La deuxième victime, Mohammad Razek Hussein Al-Shalabi, 23 ans, a été tué par balle, et son corps a été retrouvé plus tard dans la soirée dans des oliveraies voisines. Sa famille a dit que son corps présentait des blessures par balle, des signes de strangulation et des contusions.

Les forces israéliennes ont démantelé à plusieurs reprises l’avant-poste sans nom près de Sinjil, mais à chaque occasion les colons l’ont rapidement reconstruit. Parallèlement, l’armée israélienne a érigé une clôture de fil barbelé le long de la Route 60 l’année dernière, transformant Sinjil en prison à ciel ouvert. Pour les habitant·es à l’intérieur du village, la clôture a coupé l’accès à 8 000 dounams de leurs terres, tandis que des dizaines de maisons palestiniennes de l’autre côté de la clôture se retrouvent encore plus exposées aux attaques de colons.

L’activiste Ayed Ghafari a déclaré à +972, Local Call et The Nation que les colons semblent « travailler selon une carte, pour couper les villages palestiniens et les transformer en îles isolées ». La stratégie, a-t-il dit, ne fait aucune distinction entre les zones A, B et C. « Ils vident la terre et la prennent. Entre chaque district il y a un bloc de colonies. En Cisjordanie, chaque village est devenu une prison pour ses habitant·es. »

« Dans 80 à 90 % des cas », a-t-il expliqué, « l’armée fait le travail pour les colons » — en arrivant généralement sur les lieux d’une attaque de colons et en émettant immédiatement un ordre de zone militaire fermée. « En même temps », a-t-il poursuivi, « ils permettent aux colons d’entrer par des routes secondaires, d’amener du matériel et de construire des maisons. Mais si des Palestinien·nes essaient d’atteindre la zone, l’armée les bloque. »

« Ils m’ont brûlé et brisé » : périphéries de Ramallah et Naplouse

À quelques kilomètres seulement du centre de Ramallah, des colons ont activement établi de nouveaux avant-postes. Sur une terre palestinienne privée entre la ville de Silwad et le village de Yabrud, des colons ont établi un avant-poste début 2025 qui a interrompu la construction d’un quartier palestinien planifié, contraignant plusieurs familles qui y vivaient depuis des années à partir. Cette terre se trouve également en zone B.

Pour les agriculteur·rices palestinien·nes de ces deux communautés, l’avant-poste a effectivement coupé l’accès à une grande partie de leurs terres. Lors de la dernière récolte des olives, des jeunes colons ont été vus circulant librement dans le centre de Yabrud. Sur le chemin de terre menant vers le chantier de construction abandonné, une voiture calcinée marque le lieu d’une première attaque.

Après que des colons ont bloqué l’accès à la terre d’un agriculteur — une parcelle transmise par son grand-père — il n’a pas pu la visiter pendant près d’un an. « Quand je suis arrivé, des colons ont pris ma voiture », a-t-il dit à +972, Local Callet The Nation. « D’autres ont eu six véhicules brûlés ici. Maintenant les gens ont peur de venir. »

En octobre, près de Naplouse, des colons ont établi un autre avant-poste sur des terres en zone B appartenant au village de Kafr Qaddum et à la ville de Beit Lid. Plusieurs incidents violents ont déjà suivi.

Au début de la récolte des olives en octobre, des colons ont agressé Hikmat Al-Shteiwi, un agriculteur de 51 ans originaire de Kafr Qaddum, et ont incendié son véhicule. Il a été hospitalisé avec une fracture crânienne complexe et une hémorragie cérébrale, passant environ deux semaines sous sédation et sous respirateur.

« Ils m’ont brûlé et brisé », a dit Al-Shteiwi à +972, Local Call et The Nation, décrivant l’attaque depuis son domicile, où il est désormais assis en fauteuil roulant — son fils l’aidant à boire de l’eau.

Il était venu récolter des olives sur sa terre lorsqu’un groupe d’une dizaine de colons s’est approché avec des bâtons et des pierres. Ils l’ont d’abord battu, puis traîné jusqu’à la voiture qu’ils ont ensuite incendiée. « J’ai essayé de sortir mais je n’ai pas pu », a-t-il rappelé. « J’étais proche de la mort. J’ai été en soins intensifs pendant 16 jours. Ma famille attendait la nouvelle de ma mort, mais j’ai survécu. »

Désormais, sa famille doit assister à ses mouvements et activités les plus élémentaires. « Je ne peux rien faire seul ; ils doivent me soulever, me déplacer, me baigner, me changer », a-t-il expliqué.

Son proche voisin, Abd Al-Rahman Al-Shteiwi, 56 ans, a également été attaqué. « Des colons m’ont aspergé de poivre et battu avec des gourdins, mais j’ai réussi à m’échapper », a-t-il dit à +972, Local Call et The Nation. « Nous avons trouvé [Hikmat] après une demi-heure dans la voiture, inconscient et ensanglanté de partout. Les colons pensaient qu’il était mort, alors ils sont partis. Le siège de la voiture était brûlé ; ils avaient retiré la mousse pour qu’il brûle plus vite. »

Quelques semaines plus tard, le 11 novembre, des colons ont incendié des camions, des champs agricoles et plusieurs bâtiments, dont une usine laitière appartenant à la société Al-Juneidi à Beit Lid, qui emploie des milliers de personnes à travers la Cisjordanie. Des soldats ont également été attaqués lors de l’incident, suscitant brièvement une indignation publique en Israël à propos de la violence des colons avant que l’attention ne se dissipe.

Bien que l’avant-poste ait été formellement évacué le mois dernier, des colons continuent de visiter le site presque quotidiennement. Comme l’a noté Al-Shteiwi, les habitant·es ont payé un lourd tribut pour avoir tenté de s’accrocher à leur terre. « Nous avons payé un prix élevé. Des jeunes ont eu des os brisés ; beaucoup d’entre nous ont fini à l’hôpital. Mais nous sommes prêts à cela pour protéger la terre et faire partir la colonie d’ici. »

En réponse à notre enquête, l’Administration civile israélienne nous a renvoyés au communiqué de l’armée et a ajouté qu’elle n’a aucune responsabilité sur la zone B, déclarant : « L’autorité pour les décisions d’application y incombe au Commandement central. »

Dans un communiqué adressé à +972, Local Call et The Nation, la police israélienne a déclaré : « Nous souhaitons souligner que les forces de police opèrent en vertu de leur autorité dans la région de Judée-Samarie [Cisjordanie], et leur entrée dans les zones A et B n’est autorisée qu’avec une escorte militaire. En règle générale, à la réception d’un signalement au poste de police, les forces, conjointement avec les forces de Tsahal, s’efforcent de se rendre sur les lieux, de recueillir des témoignages, de collecter des preuves et des éléments, et une enquête est ouverte pour clarifier les circonstances de l’incident.

« Un commandement de mission conjoint est actuellement opéré entre les organes concernés, dont l’objectif est de contrecarrer et prévenir les incidents de violence extrémiste dans la région de Judée-Samarie », a poursuivi le communiqué. « Cela s’inscrit en parallèle de l’action déterminée et intensifiée visant à arrêter, interroger et traduire en justice ceux et celles qui portent atteinte à la sécurité dans la région. La police israélienne poursuivra cette activité avec tous les moyens dont elle dispose afin de maintenir la sûreté et la sécurité de la population. »

Oren Ziv et Ariel Caine, 24 mars 2026 – En partenariat avec The Nation

Eran Maoz et Avishay Mohar ont contribué à ce reportage.

• Agence Média Palestine, 25 mars 2026 :

https://agencemediapalestine.fr/blo...


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