Mort de Quentin Deranque : derrière « le service d’ordre » de Némésis, des militants issus de la mouvance néofasciste et identitaire lyonnaise

samedi 11 avril 2026.
 

Une enquête des médias StreetPress et Reflets lève le voile sur les profils de plusieurs individus présents aux côtés de Quentin Deranque le 12 février, le soir de son décès après un affrontement avec des antifascistes. Loin de l’image de simples « amis bénévoles » avancée par le collectif Némésis, beaucoup appartiennent à des groupuscules d’extrême droite, certains déjà connus pour leur engagement dans la mouvance néofasciste lyonnaise.

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Némésis l’a rabâché pendant plusieurs jours. Son « service d’ordre », présent à Lyon le jour du décès de Quentin Deranque, le 12 février, n’aurait été composé que de « jeunes bénévoles, des amis qui n’étaient pas là pour se battre », a affirmé la présidente du collectif Alice Cordier. Un narratif relayé par la plupart des médias après la mort de Quentin Deranque après un affrontement avec des militants antifascistes.

Depuis, le profil de la victime, co-fondateur d’un groupuscule néofasciste et auteur sous pseudonyme de nombreux tweets néonazis, a remis en cause ce récit. Les révélations de StreetPress et Reflets, ce mercredi 1er avril, viennent confirmer l’évidence : la quinzaine d’hommes présents aux côtés de Némésis, ce soir-là, sont des membres de groupes d’extrême droite violents.

Des liens avec des groupuscules d’extrême droite

Sept d’entre eux ont été interpellés et perquisitionnés les 24 et 25 mars – tandis que neuf militants antifascistes sont toujours en détention provisoire. Ils sont également nombreux à s’être rendus volontairement aux commissariats dans les jours suivant la disparition de Quentin Deranque, afin de témoigner et porter plainte. StreetPress a eu accès aux procès-verbaux des dépositions de treize d’entre eux et détaille leurs profils.

Plusieurs sont membres du groupuscule néofasciste Jeunesse Lyon Populaire, dont l’organisation parente a été dissoute en juin 2025 pour « apologie de la collaboration avec le nazisme », ou sont passés par Héritage, un groupe identitaire qui a succédé aux Remparts, dissous lui aussi en juin 2024.

C’est le cas de Pol-Oscar L. qui a affirmé aux policiers : « Nous n’avons aucune organisation collective, nous ne savons pas nous battre, on est pacifiques ». Selon StreetPress et Reflets, il était pourtant membre du groupuscule néofasciste Lyon Populaire et avait déjà été aperçu en train de signer un salut de Kühnen, une variante du salut nazi, en plus d’avoir participé au dernier défilé néonazi du Comité du 9 mai (C9M).

Un événement auquel avait également pris part Quentin Deranque. Plusieurs autres militants d’extrême droite venus grossir les rangs de Némésis, sont membres de Jeunesse Lyon Populaire, une branche du groupe Lyon Populaire dissous en 2025 pour « apologie de la collaboration avec le nazisme ».

La paroisse Saint-Georges comme lieu de recrutement

Comme Sébastien P. qui affiche sur son compte Instagram une phrase issue d’un chant des Jeunesses hitlériennes : « Notre drapeau est plus grand que la mort. » Ou de Théo C., un proche de Calixte Guy, leader du groupuscule suprémaciste Audace, né sur les cendres de Lyon Populaire. C’est lui, Calixte Guy, qui avait en octobre 2025 fomenté un « traquenard » avec Némésis, dont les membres proposaient de « faire l’appât » pour attirer des antifascistes, comme l’a révélé l’Humanité.

Ce qui réunit de nombreux membres de ces groupes, c’est également leurs liens avec la paroisse Saint-Georges. C’est ainsi à la sortie d’une des messes de cette église traditionaliste qu’une militante de Némésis a recruté plusieurs futurs membres de leur « service d’ordre », affirment StreetPress et Reflets.

Parmi eux, Malone B., un admirateur d’Adolf Hitler qui, en 2025, s’est photographié en train d’effectuer un salut de Kühnen, ersatz de salut nazi à trois doigts, devant le panneau d’entrée de la commune de Juif, en Saône-et-Loire. Par ailleurs, trois autres membres du fameux « service d’ordre » seraient des militants du groupuscule identitaire Héritage Lyon. Issu de deux groupuscules dissous : les Remparts et Génération identitaire.

Contrairement à ce qu’ont voulu laisser entendre les membres de Némésis, ces personnes n’étaient pas là par hasard ou « par amitié ». C’est une représentation de la sphère néofasciste et identitaire lyonnaise, dont Némésis fait partie, qui ce 12 février s’est battue avec des militants antifascistes, jusqu’au drame.

Article de Florent LE DU, L’Humanité


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