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Article de Maud Mathias, Libération
C’est « avec une émotion particulière » que les auditeurs d’un séminaire de l’Institut de formation politique, centre de formation parisien prisé par l’extrême droite, ont choisi le nom de leur promotion : « Quentin Deranque ». Un « hommage poignant » au militant nationaliste proche de l’extrême droite la plus dure, frappé à mort à Lyon le 14 février lors d’une rixe avec des militants antifas.
« Par ce choix, nos auditeurs ont voulu honorer la mémoire d’une jeunesse engagée, qui refuse de céder à l’intimidation et à la violence politique, et qui porte en elle un amour profond pour la France et la défense de notre identité face à tous les vents contraires », peut-on lire en légende du post Instagram de cette annonce publiée le 31 mars sur le compte de l’établissement. Quentin Deranque y est décrit comme « un jeune homme de convictions et de courage, tragiquement arraché à la vie à seulement 23 ans ».
Le martyr de l’IFP, catholique traditionaliste, gravitait dans une nébuleuse de groupuscules d’extrême droite parmi lesquels l’Action française et le mouvement nationaliste-révolutionnaire Audace Lyon, dernier avatar du GUD dans la ville. Ce dernier avait diffusé un communiqué saluant un « camarade » après la mort du militant qui s’entraînait notamment à la boxe à leur côté. Le groupe prône « l’autodéfense blanche » face aux « gauchistes, islamistes, bandes ethniques », comme le proclame une vidéo de propagande publiée en novembre.
Quentin Deranque est également l’auteur de plusieurs milliers de tweets haineux publiés sur le réseau social d’Elon Musk, comme le révélait Mediapart le 12 mars. « Moi je soutiens Adolf mais chacun son truc », « On veut le fascisme », « On ne veut pas vivre avec des Africains » : des propos qui ont fait regretter à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, la tenue d’une minute de silence dans l’hémicycle en son hommage.
Un profil qui ne détonne pas à l’IFP, école des fafs qui forme les cadres « de toutes les droites » selon son fondateur, Alexandre Pesey. En septembre 2022, lors d’une soirée organisée par l’établissement, on retrouvait par exemple l’influenceuse masculiniste Thaïs d’Escufon, le bédéaste d’extrême droite Marsault ou encore le leader du groupe identitaire violent La Citadelle, à Lille, Aurélien Verhassel.
Plusieurs cadres RN ou apparentés sont également passés par ces bancs, parmi lesquels Aurélien Lopez-Liguori et Mathilde Paris. Côté intervenants, on y retrouve régulièrement Eric Zemmour, Jordan Bardella, Philippe de Villiers, Christine Kelly ou encore la meneuse du groupuscule Némésis, Alice Cordier, l’une des premières à élever le jeune néofasciste au rang de martyr.
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