TotalÉnergies : profits records et faux plafonnement du prix à la pompe

samedi 11 avril 2026.
 

La hausse actuelle des prix de l’énergie est présentée comme une conséquence inévitable des tensions internationales. Pourtant, derrière cette explication partielle se cache une réalité beaucoup plus politique : celle d’un système économique qui permet à des multinationales comme TotalÉnergies de transformer chaque crise en machine à profits.

Alors que les ménages et les petites entreprises subissent une nouvelle flambée des prix, les bénéfices du groupe atteignent des niveaux historiques. Le groupe a réalisé 1 milliards de dollars de bénéfices, en un mois, sur le dos des consommateurs.

La question n’est donc pas seulement économique, elle est profondément politique : qui doit payer la crise ? LFI propose le blocage des prix, mesure déjà appliquée dans de nombreux pays, légalement possible, et qui reviendrait à une baisse des prix immédiate, au niveau d’avant guerre à 1,70€ le litre d’essence et 1,80 le litre de gazole. Notre article.

Des prix de l’énergie qui explosent plus vite que l’inflation

La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz ont provoqué une hausse brutale des prix internationaux. En quelques jours, le pétrole a bondi de près de 70 %, et le gaz de 50 %. En France, cela s’est immédiatement traduit à la pompe, avec un litre d’essence passé d’environ 1,70 € à près de 1,90 €, et un gazole dépassant les 2 € dans de nombreuses stations.

Mais cette hausse s’inscrit dans une tendance beaucoup plus longue. Depuis le début des années 1990, les prix des carburants ont augmenté bien plus vite que l’indice des prix à la consommation. Là où l’inflation générale progresse d’environ 70 % sur la période, le gazole a vu son prix quasiment tripler, et l’essence augmenter de plus de 130 %. Autrement dit, même en dehors des crises, l’énergie devient structurellement plus chère que le reste de l’économie.

Une hausse largement alimentée par la spéculation

Cette explosion des prix ne peut pas s’expliquer uniquement par les coûts. Le carburant vendu aujourd’hui a été produit à partir de pétrole acheté plusieurs semaines avant la crise. Pourtant, les prix augmentent immédiatement.

Ce décalage révèle un mécanisme central : les prix sont fixés en fonction des anticipations, et non des coûts réels. Les acteurs du secteur appliquent dès aujourd’hui les prix qu’ils anticipent pour demain. Cette logique spéculative permet d’augmenter les marges sans attendre.

Les activités de trading de TotalÉnergies illustrent parfaitement ce phénomène. En spéculant sur les tensions liées au détroit d’Ormuz, la major aurait généré près d’un milliard de dollars de gains en quelques jours. La crise n’est plus seulement un choc à absorber, elle devient une opportunité à exploiter.

Une explosion des profits sans précédent

Les données issues des comptes du groupe sont sans appel. Le chiffres sur les profits de TotalÉnergies montre une envolée spectaculaire depuis 2021.

En 2015, le résultat opérationnel net ajusté du groupe se situe autour de 11 milliards de dollars. Il tombe à environ 6 milliards en 2020, au cœur de la crise sanitaire. Mais dès 2021, il remonte brutalement à plus de 20 milliards, avant d’atteindre un sommet historique en 2022 à près de 38 milliards de dollars.

Ce niveau est exceptionnel. En seulement deux ans, les profits ont été multipliés par plus de six par rapport à 2020. Même après ce pic, les profits restent à des niveaux très élevés. En 2023, ils dépassent encore les 25 milliards de dollars, et restent au-dessus de 20 milliards en 2024. On est donc très loin d’un simple effet conjoncturel : il s’agit d’un changement de régime durable.

Toutes les activités tirent les profits vers le haut

Le détail par branche permet de comprendre l’ampleur du phénomène. L’exploration-production, cœur historique du groupe, représente à elle seule près de 17 milliards de dollars en 2022. Mais les autres segments contribuent également fortement.

La branche gaz et électricité dépasse les 12 milliards cette même année, contre à peine 2 milliards en 2017. Le raffinage-chimie, pourtant souvent présenté comme moins rentable, atteint près de 7 milliards en 2022. Même les activités de marketing et services contribuent à hauteur de plusieurs milliards. Cela signifie que la hausse des profits n’est pas localisée, mais généralisée à l’ensemble de la chaîne de valeur. De l’extraction à la distribution, tout le système bénéficie de la hausse des prix.

Des profits de TotalÉnergies explosent pendant que les ménages s’appauvrissent

Cette dynamique contraste violemment avec la situation des ménages.

L’énergie représente une part croissante des dépenses contraintes, en particulier pour les classes populaires. Plus le revenu est faible, plus cette part est importante.

L’inflation agit donc comme un impôt régressif. Elle frappe davantage ceux qui ont le moins, tandis que les grandes entreprises accumulent des marges. Les petites entreprises sont elles aussi en difficulté. Transporteurs, artisans, PME subissent de plein fouet la hausse des coûts sans toujours pouvoir la répercuter. Beaucoup se retrouvent pris en étau entre fournisseurs et clients.

Pendant ce temps, TotalÉnergies continue d’afficher une rentabilité exceptionnelle, avec des rendements sur capitaux propres largement supérieurs à la moyenne des entreprises.

Le faux geste du plafonnement

Face à la colère, TotalÉnergies avait annoncé de plafonner ses prix autour de 1,99 € le litre jusqu’à fin mars. Mais cette mesure ne résout rien.

Elle entérine en réalité des hausses importantes, parfois supérieures à 20 % depuis le début de la crise. De plus, ces plafonds sont souvent au-dessus des prix moyens observés. Ils servent avant tout à donner une image de responsabilité sans remettre en cause les marges.

Ce type d’annonce masque une réalité simple : les profits accumulés ces dernières années permettraient largement d’absorber une baisse des prix.

Le blocage des prix comme réponse immédiate

Face à cette situation, une mesure existe : le blocage des prix. Il s’agit de fixer un prix maximum pour les carburants, à leur niveau avant la crise.

Contrairement aux idées reçues, cette mesure est parfaitement réalisable. Le droit français permet déjà d’intervenir en cas de circonstances exceptionnelles. À court terme, elle n’affecte pas les marges, puisque les stocks actuels ont été achetés avant la hausse. À moyen terme, elle oblige simplement les entreprises à réduire des profits qui restent exceptionnellement élevés.

Reprendre le contrôle sur l’énergie

Au fond, la question est celle du pouvoir. Peut-on laisser un secteur aussi stratégique que l’énergie aux mains de quelques multinationales ?

Il faut rappeler que TotalÉnergies était à l’origine une entreprise publique, créée pour garantir l’indépendance énergétique du pays. Sa privatisation a transféré ce pouvoir aux marchés.

Dans un contexte de crises répétées, la question de la maîtrise publique, par sa nationalisation, redevient centrale.

Conclusion

Les chiffres sont sans appel. D’un côté, des prix de l’énergie qui augmentent beaucoup plus vite que l’inflation. De l’autre, des profits qui explosent à des niveaux historiques.

Ce décalage n’est pas un accident. Il est le produit d’un système.

Face à cela, deux choix s’opposent. Continuer à laisser les marchés fixer les prix, au bénéfice de quelques-uns. Ou intervenir pour protéger la population.

Le blocage des prix n’est pas une mesure technique parmi d’autres. C’est un choix politique. Celui de décider que, face à la crise, ce ne sont pas les citoyens qui doivent payer, mais ceux qui en profitent.


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