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Depuis 2023, l’Organisation internationale du travail organise la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail le 28 avril. Elle commémore les personnes blessées ou mortes sur leur lieu de travail ou par leur travail. En 2024, 549 614 accidents du travail ont été déclarés en France. 764 travailleur·euses sont morts sur leur lieu de travail. Une tendance qui s’est aggravée après bientôt 10 ans de pouvoir macroniste.
« Les jeunes sont massivement touchés par les accidents du travail, parfois mortels. Souvent stagiaires ou intérimaires, la précarité de leur situation accentue les risques sur leur lieu de travail. Ces morts sont le résultat de choix politiques, il est urgent de changer les règles et les pratiques ! », a déclaré Anthony Smith, eurodéputé LFI et inspecteur du travail au Parlement européen cette semaine. Notre article.
Un accident du travail est défini non pas par le Code du travail lui-même mais bien par le Code de la sécurité sociale, dans son article L. 411-1. Celui-ci dispose qu’« est considéré comme accident du travail, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise ». Oui, le travail tue, mutile, encore aujourd’hui.
En 2024, 549 614 accidents du travail ont été déclarés, 764 travailleur·euses sont mort·es sur leur lieu de travail, 94 654 accidents de trajet et 50 598 maladies professionnelles ont été reconnus. En tout, ce sont 1 297 décès qui ont été causés par le travail (Accidents du travail + accidents de trajet + maladies professionnelles), soit plus de 3 morts par jour !
Mais combien de non-déclarations ? Les professions libérales et les travailleur·euses ubérisé·es ne sont pas inclus dans le décompte fait par l’Assurance Maladie. La cause : la politique néolibérale en place dans le travail. Les premières victimes : les jeunes, les précaires.
Par ces politiques, le risque d’accidents s’est renforcé. La loi Fillon de 2023, les ordonnances Macron de 2017 ou la loi El Khomri de 2016 ont fragilisé les droits des travailleur·euses tout en renforçant ceux du patronat. Le recours facilité au travail précaire comme les CDD, l’intérim ou encore à l’apprentissage ainsi que la diminution des moyens alloués à l’inspection du travail augmentent la mise en danger des personnes sur leur lieu de travail.
Les attaques contre les représentant·es de salarié·es favorisent également la mise en danger de ces salarié·es et multiplient les accidents. Les moyens d’alerte ne sont plus présents. Les métiers dits pénibles, avec de la manutention, des ports de charges lourdes, des heures de travail décalées et/ou fragmentées, sont les plus touchés par les accidents du travail. Intensification, précarisation et fragmentation du temps de travail se révèlent être un triptyque mortel.
Sous couvert de « financer la retraite pour toutes et tous », cette réforme va contre la protection des salarié·es. Les salarié·es de plus de 50 ans sont certes celleux qui ont le moins d’accidents de travail, mais ce sont celleux qui ont les accidents les plus graves. Les faire travailler 2 ans de plus ouvre la voie vers des accidents de plus en plus nombreux et de plus en plus graves.
De plus, les critères de pénibilité, qui permettaient de visibiliser les conditions de travail et permettaient un départ anticipé, supprimés par Macron, visent les travailleur.se.s les plus fragiles, les plus précaires, les plus abîmés par leur activité professionnelle.
La baisse constante du nombre d’inspecteur·trices du travail limite grandement la possibilité de vérification de la mise en place des processus de prévention des risques dans les entreprises et oblige les inspecteur·trice·s à faire le tri dans les dossiers et dans le suivi des entreprises sur le temps long.
De même, le manque de médecins du travail est problématique. C’est lors de ces visites médicales que les travailleur·euses expriment leurs difficultés et que les médecins décident de restrictions ou d’aménagements sur le lieu de travail voire de la nécessité d’un arrêt.
La suppression des CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) par les ordonnances Macron a contribué à l’affaiblissement de l’information sur les risques professionnels en entreprises.
Mal connus ou mal reconnus, les accidents du travail et les maladies professionnelles ont un impact significatif sur la vie des travailleur.se.s.
D’abord, financière. L’arrêt de travail à la suite d’un accident entraîne une perte de revenu importante pour les salarié·e·s dès le 1ᵉʳ jour d’arrêt. Les conséquences peuvent aller jusqu’à la perte d’emploi lorsque les conséquences de cet accident entraînent des séquelles.
Sur le long terme, ces personnes sont impactées dans leurs droits au chômage et à la retraite notamment, mais également par les frais médicaux non pris en charge ou par les adaptations nécessaires à leur quotidien (handicap notamment avec adaptation du logement). Ensuite, les conséquences psychosociales. Les AT/MP entraînent des changements qui sont parfois difficiles à appréhender.
Modification du lieu de vie, du lieu de travail, adaptation personnelle à un handicap à la suite d’un accident souvent traumatisant… Tout cela est difficile à porter et entraîne une lutte quotidienne avec soi-même et avec son entourage pour réapprendre à vivre.
Sans compter le harcèlement qu’une victime d’AT/MP vit au quotidien. Stigmatisation et discrimination sont régulières en emploi ou lors de la recherche d’emploi de ces personnes. Le validisme en action dans le cadre du travail ! Les risques psychosociaux suite à l’accident sont aussi une réalité due à l’isolement, aux traumas (physiques et psychologiques) et aux douleurs liées à l’accident ou à la maladie.
Les AT/MP ne sont pas une fatalité. Ils sont la conséquence d’une politique à la recherche du profit capitalistique et accompagnée par des politiques de destruction du code du travail accompagnées par une organisation du travail à la recherche du profit sans fin par l’intensification, la précarisation et la fragmentation du travail.
Des solutions existent pour lutter contre cela. Doubler les effectifs de l’inspection du travail et augmenter les moyens des services de prévention des risques professionnels, assurer la retraite à 60 ans et réduire le nombre d’annuités requises pour le taux plein à 40, réduire le temps de travail en assurant les 35 heures effectives (32h pour les métiers pénibles et de nuit) et généraliser une 6ᵉ semaine de congés payés…
Mais également remettre en cause les autorisations de travail le dimanche qui favorisent les grands groupes et se battre contre l’autorisation de travail le 1er mai, abroger les ordonnances Pénicaud et la loi El Khomri, reconnaître le burn-out en MP, restaurer les CHSCT en augmentant leurs moyens et en rendant leurs avis contraignants…
La vie au travail représente une part importante pour toutes et tous. La lutte contre les accidents du travail et les maladies professionnelles doit être une priorité de politique publique pour aujourd’hui et pour les années à venir. Il est possible de changer les choses.
Par Marie Boucknooghe
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