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Sur le plateau de C à vous, interrogé par Patrick Cohen, le porte-parole du Rassemblement national Sébastien Chenu a défendu une mesure phare de son parti : la baisse de la TVA sur les carburants à 5,5 %. Présentée comme une réponse directe à la flambée des prix, cette proposition se veut simple, lisible et immédiatement favorable aux Français. Mais derrière cette apparente évidence se cache en réalité une politique inefficace, coûteuse pour les finances publiques et surtout profondément favorable aux grandes entreprises du secteur énergétique.
Les chiffres avancés par Sébastien Chenu eux-mêmes suffisent à mesurer les limites de la mesure. Selon lui, la baisse de TVA représenterait entre 1,3 et 3,2 centimes d’euro par litre, soit environ un euro d’économie par plein.
Un euro.
Dans un contexte où les prix peuvent varier de 10 à 20 centimes en quelques semaines, où un plein dépasse les 100 euros pour de nombreux ménages, cette mesure apparaît immédiatement comme marginale. Elle ne change rien à la réalité quotidienne des Français. Pire encore, cette estimation suppose que la baisse de TVA soit intégralement répercutée sur les prix. Or, rien ne garantit un tel scénario.
C’est l’un des angles morts majeurs de la proposition du RN : dans un marché libéralisé, les entreprises fixent leurs prix librement. Une baisse de TVA ne les oblige en rien à réduire leurs tarifs dans les mêmes proportions.
Autrement dit, une partie, voire la totalité, de la baisse fiscale peut être absorbée par les distributeurs ou les groupes pétroliers sous forme de marges supplémentaires. Ce phénomène est bien documenté. Lors de précédentes baisses de taxes, en France comme à l’étranger, la transmission aux prix a été partielle et incomplète. Dans certains cas, les entreprises ont même profité de ces mesures pour augmenter discrètement leurs marges. Ainsi, une politique censée aider les consommateurs peut en réalité se transformer en subvention indirecte aux multinationales.
Si le gain pour les ménages est faible, le coût pour l’État est considérable. Sébastien Chenu évoque lui-même un coût d’environ 1 milliard d’euros par mois. Cela représente 12 milliards par an. Pour un effet quasi invisible sur les prix.
Ce choix politique est loin d’être neutre. Il signifie que l’on mobilise des ressources publiques massives, financées par l’impôt, pour une mesure dont l’efficacité est incertaine et limitée.
Ce positionnement prend tout son sens lorsqu’on le compare à l’alternative que le RN refuse systématiquement : le blocage des prix. Face à la flambée des prix de l’énergie, une question simple se pose : qui doit payer la crise ? Les ménages ou les multinationales ?
Le blocage des prix apporte une réponse claire. Il consiste à plafonner les tarifs des biens essentiels, comme les carburants, afin d’empêcher les hausses abusives. Contrairement à la baisse de TVA, cette mesure ne coûte rien à l’État. Elle agit directement sur les marges. Et c’est précisément ce que refuse le Rassemblement national. En rejetant le blocage des prix, le RN fait le choix de ne pas toucher aux profits des grandes entreprises, et notamment de TotalEnergies, qui a engrangé des bénéfices records ces dernières années.
Contrairement au discours dominant, la hausse des prix de l’énergie ne s’explique pas uniquement par les tensions géopolitiques. Une part importante de cette inflation provient des marges. Les carburants vendus aujourd’hui sont souvent issus de pétrole acheté avant la hausse des cours. Pourtant, les prix augmentent immédiatement. Pourquoi ? Parce que les entreprises fixent leurs tarifs en fonction du prix qu’elles anticipent pouvoir faire payer, et non de leurs coûts réels. Ce mécanisme permet de générer des profits exceptionnels.
TotalEnergies a ainsi enregistré plus de 20 milliards de dollars de bénéfices en 2022, avec des niveaux toujours très élevés depuis. Dans le même temps, les ménages subissent de plein fouet la hausse des prix. Des institutions comme le FMI ont montré que les profits ont contribué de manière significative à l’inflation récente. On parle parfois d’une « inflation des marges ». Dans ce contexte, baisser la TVA revient à ignorer le cœur du problème.
La proposition du RN s’inscrit dans une logique plus large. Plutôt que d’intervenir directement sur les prix ou sur les profits, le parti privilégie des mesures qui passent par l’État : baisse de taxes, aides publiques, compensations. Mais ces politiques ont un point commun : elles préservent les marges des grandes entreprises.
Le raisonnement est simple :
on laisse les prix augmenter ;
puis on compense partiellement avec de l’argent public.
Ce système revient à socialiser les pertes tout en privatisant les profits. À l’inverse, le blocage des prix ou la taxation des superprofits visent à faire contribuer directement les acteurs qui bénéficient de la crise. De plus, le RN présente la baisse de TVA comme une mesure simple et rapide à mettre en œuvre. Mais cette simplicité est trompeuse. Car une politique économique ne se juge pas à sa facilité d’annonce, mais à son efficacité réelle.
Or ici, tout indique que l’impact serait faible, incertain et coûteux. À l’inverse, un blocage des prix permettrait une baisse immédiate et visible, sans mobiliser d’argent public, en s’attaquant directement aux marges.
Le débat sur la TVA n’est pas un simple désaccord technique. Il révèle un clivage politique profond. D’un côté, une approche qui consiste à laisser les prix être fixés par le marché, quitte à corriger ensuite leurs effets avec de l’argent public. De l’autre, une volonté d’intervenir directement pour encadrer les prix, limiter les marges et protéger les consommateurs. En choisissant la baisse de TVA, le Rassemblement national fait un choix clair : celui de ne pas s’attaquer au pouvoir des multinationales.
La proposition de baisse de TVA sur les carburants apparaît, à l’analyse, comme une fausse bonne idée. Derrière un affichage séduisant, elle offre un gain dérisoire aux ménages, sans garantie d’effet réel, pour un coût massif pour les finances publiques. Surtout, elle évite soigneusement de poser la seule question qui compte : pourquoi les prix augmentent-ils autant, et qui en profite ? En refusant toute remise en cause des marges, le RN protège de fait les grands groupes énergétiques.
À l’inverse, d’autres solutions existent. Le blocage des prix, la taxation des superprofits, ou encore la reprise de contrôle public du secteur énergétique permettraient de répondre directement à la crise. Car au fond, le choix est simple : soit on organise la solidarité pour protéger la population, soit on laisse les crises devenir des opportunités pour les plus puissants.
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