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Depuis désormais 43 jours, les soignants de la clinique Keraudren, à Brest, sont en grève. Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée, portée par des professionnels déterminés à défendre leurs conditions de travail et, au-delà, la qualité des soins. À l’origine du conflit : un projet de « réorganisation des services » porté par le groupe privé Elsan, actionnaire majoritaire de l’établissement.
Derrière cet intitulé, les salariés dénoncent une réalité concrète : 15 suppressions de postes, touchant des métiers essentiels (sages-femmes, infirmier·es, infirmier·es puéricultrices, aides-soignant·es) ainsi que plusieurs services clés, dont la maternité, les blocs opératoires, l’unité de soins continus (USC) et la cardiologie.
Au fil des semaines, le conflit s’est durci. Non pas en raison d’une radicalisation des grévistes, mais face à l’absence de dialogue réel avec la direction. Le dernier Comité social et économique (CSE), qui aurait dû permettre des échanges, a été interrompu au bout de cinq minutes à l’initiative de la direction. Depuis, aucune discussion n’a été engagée avec les représentants du personnel. Le prochain CSE est annoncé pour le mois de mai. D’ici là, les soignants restent sans réponse, alors même que la mobilisation se poursuit.
Sur le terrain, un constat interpelle particulièrement les grévistes : certains soignants dont les postes sont menacés sont aujourd’hui réquisitionnés. Un paradoxe qui met en lumière une contradiction majeure. Si ces professionnels sont jugés indispensables pour assurer la continuité des soins en période de grève, comment justifier la suppression de leurs postes ? Pour les grévistes, la réponse est claire : ces postes sont nécessaires au bon fonctionnement des services et leur suppression mettrait en danger la qualité et la sécurité des soins. Comme le résume une pancarte visible sur place : « 1 soignant en moins = patients en danger »
Sur place, la mobilisation s’organise autour de deux points stratégiques. Un premier point sur le rond-point situé à la sortie de la clinique, en direction de Bohars, où un barrage filtrant permet d’échanger avec les automobilistes et de sensibiliser la population. Et un second point au sein même de l’enceinte de la clinique, avec un stand d’information et de mobilisation. Banderoles, pancartes, discussions : tout est mis en œuvre pour rendre visible un conflit qui dépasse les murs de l’établissement. Les messages sont clairs : « La santé des patients n’est pas une variable d’ajustement », « Touche pas à nos aides-soignantes ».
Des élus de la France insoumise se sont rendus sur place pour apporter leur soutien aux grévistes, parmi lesquels le député de la circonscription Pierre-Yves Cadalen, ainsi que les élus d’opposition à la mairie de Brest Cécile Beaudouin, Julie Le Goïc, Malick Niang et Christophe Osswald. À leurs côtés, les organisations syndicales restent pleinement mobilisées pour porter les revendications des salariés et exiger l’ouverture de négociations. C’est d’ailleurs dans ce cadre que devait se tenir le dernier Comité social et économique (CSE), rapidement interrompu par la direction, illustrant les difficultés à engager un dialogue social.
Après plus de six semaines de grève, la question de la durée est centrale. Et si la mobilisation tient, c’est aussi grâce à un élan de solidarité qui s’organise autour des grévistes. Plusieurs initiatives ont été mises en place : une cagnotte en ligne pour soutenir financièrement les salariés mobilisés, une pétition de soutien contre les suppressions de postes et des actions locales pour informer et mobiliser. Ces soutiens permettent aux grévistes de continuer à se mobiliser malgré les difficultés.
Ce qui se joue à Keraudren dépasse largement le cadre de la clinique brestoise. La situation illustre une problématique plus large : celle d’un système de santé soumis à des logiques d’économies, où les effectifs deviennent une variable d’ajustement. Face à cela, les soignants tirent la sonnette d’alarme : moins de personnel, c’est mécaniquement moins de temps pour soigner, et donc un risque accru pour les patients. Le mouvement observé à Keraudren s’inscrit dans une dynamique plus large.
D’autres établissements du groupe Elsan sont également en grève : la clinique Saint-Roch à Cabestany, mobilisée depuis le 24 avril et la clinique Saint-Pierre à Perpignan, mobilisée depuis le 28 avril. Un élargissement qui montre que les problématiques rencontrées à Brest ne sont pas isolées.
Après 43 jours de grève, la détermination reste intacte. Les soignants ne se battent pas seulement pour leurs postes, mais pour leurs conditions d’exercice, et pour garantir des soins de qualité. Il s’agit d’un combat qui est aussi celui des patients.
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