« Qui est le mieux préparé ? » : Jean-Luc Mélenchon se lance dans la bataille présidentielle Le leader de La France insoumise a déclaré, dimanche 3 mai, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027

samedi 9 mai 2026.
 

Le leader de La France insoumise a déclaré, dimanche 3 mai, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Pendant que le PS s’enlise dans les divisions et que la primaire bat de l’aile, Jean-Luc Mélenchon ambitionne de s’imposer auprès de l’électorat de gauche comme la seule alternative crédible face à l’extrême droite.

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Un dimanche soir sur TF1, face à la journaliste Anne-Claire Coudray : cinq ans et demi après sa dernière déclaration de candidature, Jean-Luc Mélenchon a choisi la continuité pour annoncer qu’il participerait à l’élection présidentielle de 2027. Sans grande surprise, revoilà le leader insoumis en selle pour briguer la magistrature suprême. Une décision prise, a-t-il expliqué dimanche 3 mai, au nom du « contexte » et de « l’urgence ».

Un homme d’expérience devant et « une équipe soudée » derrière : voilà l’image que La France insoumise (LFI) tente d’impulser par ce lancement de campagne, comme une manière de battre en brèche les critiques qui ne manqueront pas d’être formulées sur l’âge de Jean-Luc Mélenchon (74 ans) et sur sa longévité.

L’intéressé a mis en avant son expérience pour justifier la décision prise, quelques heures plus tôt, par l’intergroupe des parlementaires insoumis. « Qui est le mieux préparé pour faire face à la situation qui arrive ? », a-t-il interrogé, citant tour à tour les « menaces » d’une « guerre généralisée », du « changement spectaculaire du climat » et de la « crise économique et sociale qui s’avance ». La réponse à ces défis, « ça ne s’improvise pas », a-t-il affirmé.

Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1 Jean-Luc Mélenchon sur le plateau du « 20 Heures » de TF1. © Kiran Ridely / TF1 Vous voulez suivre notre couverture de la politique française ?

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Un doute avait flotté, à l’aube du quinquennat, dans les rangs insoumis. N’avait-il pas dit « Faites mieux ! » au soir du premier tour de la présidentielle ? Son âge — 70 ans à l’époque –, sa décision de ne pas se représenter aux élections législatives et l’émergence d’une nouvelle génération de cadres au sein du mouvement avaient laissé naître l’hypothèse d’un passage de flambeau. Celle-ci n’a pas survécu au temps, balayée par le retour au premier plan de « JLM » dès le second semestre 2022.

Le voilà candidat pour la quatrième fois consécutive, avec l’objectif de prolonger une courbe électorale jusque-là exponentielle. Quatrième en 2012 et en 2017, malgré une progression spectaculaire en cinq ans (de 3,9 à 7 millions d’électeurs), Jean-Luc Mélenchon s’est classé en troisième position du premier tour en 2022, recueillant 7,7 millions de suffrages et un score de 21,95 %.

Un socle solide mais... Que vaut, cinq ans plus tard, le label Mélenchon ? Difficile de le prédire tant les signaux paraissent contradictoires. D’un côté, le mouvement insoumis s’est incontestablement structuré. Son groupe à l’Assemblée nationale recense soixante-dix membres (et deux apparentés), auxquels il faut ajouter les neuf parlementaires européen·nes du mouvement, dont les médiatiques Manon Aubry et Rima Hassan.

Au fil des élections intermédiaires, l’ancrage de LFI s’est confirmé. Les élections municipales des 15 et 22 mars ont fait émerger une génération de maires insoumis, dont les plus visibles sont Bally Bagayoko, édile de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), et David Guiraud, élu à Roubaix (Nord). Conséquence de ces victoires, La France insoumise devrait faire son entrée au Sénat à la faveur du renouvellement partiel prévu cet automne.

Que vaut, cinq ans plus tard, le label Mélenchon ? Difficile de le prédire tant les signaux paraissent contradictoires.

En diffusant, de façon inhabituelle, les images de la réunion de son intergroupe dimanche après-midi, La France insoumise avait déjà tenté d’inscrire l’annonce de Jean-Luc Mélenchon dans une dimension collective. « On a eu un échange de plusieurs heures, avec une cinquantaine de nos parlementaires et de nos maires qui ont pris la parole, appuie Paul Vannier, responsable des élections au sein du mouvement et député du Val-d’Oise. Cela a donné une discussion très riche et une très, très belle réunion de travail. »

La progression électorale du mouvement de gauche ne dit toutefois pas tout de sa dynamique. S’il a consolidé son assise dans les quartiers populaires et auprès des populations minoritaires, Jean-Luc Mélenchon paraît moins plébiscité qu’auparavant au sein de l’électorat issu de la gauche plus modérée, en partie concentrée dans les centres-villes et les métropoles.

Plusieurs polémiques sont passées par là, dont un certain nombre ont trait à l’antisémitisme que ses détracteurs et détractrices, y compris à gauche, attribuent à Jean-Luc Mélenchon. Sur le plateau de TF1 dimanche soir, lui a été rappelé – entre autres – le procès en « communautarisme » formulé à son encontre par Fabien Roussel, le chef du Parti communiste français (PCF), après qu’il a mis dans l’espace public son concept de « Nouvelle France ».

Mauvaise nouvelle pour les « unitaires » Le candidat insoumis a dénoncé, en réponse, les « débats devenus irrationnels dans ce pays dès qu’on parle de laïcité ou de sécurité ». En désignant à nouveau l’extrême droite comme son « principal adversaire », Jean-Luc Mélenchon a expliqué en creux sa stratégie pour la précampagne présidentielle : s’imposer comme le seul recours, à gauche, face au danger du Rassemblement national (RN) et neutraliser ainsi d’éventuelles candidatures concurrentes.

L’enjeu est désormais, pour le leader insoumis, d’aller au-delà du socle (conséquent) électoral de son mouvement. Il lui faut aller (re)conquérir les sympathisant·es venu·es du communisme, de l’écologie populaire ou d’autres chapelles de la gauche, qui ont déjà fait son succès en 2022. Ainsi s’est-il montré plus rond qu’à l’accoutumée, souriant, évitant soigneusement les attaques dont il gratifie parfois les autres leaders de gauche.

Tout juste a-t-il déploré les « divisions internes » et la « multitude de candidatures » dans son camp, y voyant une pente « irresponsable ». Une critique censée mettre en valeur, en miroir, l’efficacité de l’offre insoumise pour combattre l’extrême droite. « Nous, c’est carré, a-t-il résumé. Il y a une équipe, un programme, un seul candidat. Et on se met au travail. »

Au moment où une partie de la gauche s’enlise dans l’organisation d’une primaire plus compromise que jamais, l’entrée en piste de Jean-Luc Mélenchon sonne comme une alerte pour celles et ceux qui tentent de construire une alternative à sa candidature. À un an de l’échéance, face à un mouvement insoumis en ordre de marche, difficile de convaincre du bien-fondé de l’initiative unitaire, qui peine d’abord à s’accorder sur les modalités et la date du scrutin…

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C’est conscient de ce handicap que François Ruffin, ancien député insoumis, a tenté de lancer sa propre campagne en enjambant la primaire. « Je me prépare à être candidat, même s’il n’y a pas de primaire », a-t-il dit sur France 2 cette semaine, au milieu d’une séquence médiatique dont on soupçonnerait presque qu’elle a été accélérée pour devancer l’entrée en campagne attendue de Jean-Luc Mélenchon.

Celle-ci n’aura lieu, officiellement, qu’après « l’investiture populaire de 150 000 citoyen·nes », a précisé LFI dans un communiqué. L’entreprise devrait relever, comme à chaque fois, de la formalité. Pour tout le monde, à commencer par ses concurrent·es, Jean-Luc Mélenchon est en campagne. Mais avait-il seulement cessé de l’être ?

Ilyes Ramdani


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