Karahantepe : le site qui oblige les chercheurs à repenser les débuts de la civilisation suite à ces découvertes

samedi 9 mai 2026.
 

Karahantepe révèle qu’une société capable de bâtir des monuments et de partager des croyances communes existait déjà il y a 12 000 ans. © AA Karahantepe révèle qu’une société capable de bâtir des monuments et de partager des croyances communes existait déjà il y a 12 000 ans. © AA Dans le sud-est de la Turquie, le site archéologique de Karahantepe continue de livrer des indices majeurs sur les débuts de la sédentarisation humaine. Daté d’environ 12 000 ans, ce lieu du Néolithique précéramique appartient au vaste programme de recherche Taş Tep eler, qui rassemble plusieurs sites majeurs de la région.

En Turquie, une découverte antique d’une finesse exceptionnelle vient de ressurgir

Les fouilles menées ces dernières années y ont déjà mis au jour plus de 250 piliers de pierre en forme de T, rappelant ceux du célèbre Göbeklitepe. Mais Karahantepe possède sa propre identité. Les archéologues y ont découvert des statues humaines grandeur nature sculptées en relief, ainsi que de nombreuses représentations animales finement travaillées.

Ces vestiges témoignent d’un savoir-faire remarquable, à une époque pourtant antérieure à la poterie, à la métallurgie et à une agriculture pleinement développée. Pour les chercheurs, ils prouvent qu’une organisation sociale élaborée existait déjà bien avant les premières civilisations urbaines.

Un régime alimentaire bien plus varié que prévu

Les dernières analyses éclairent aussi la vie quotidienne des habitants. Selon les chercheurs, la viande de gazelle constituait une source essentielle de protéines. Mais d’autres restes retrouvés sur place révèlent un élément inattendu : les légumineuses occupaient également une place importante dans l’alimentation.

Cette découverte nuance les hypothèses anciennes selon lesquelles les céréales dominaient déjà les régimes néolithiques de la région. Elle suggère au contraire une stratégie plus diversifiée, mêlant chasse, collecte de ressources végétales et peut-être formes précoces de culture.

Comparé à Göbeklitepe, Karahantepe semble toutefois plus spécialisé dans ses ressources animales, alors que son voisin exploitait un éventail plus large d’espèces provenant de différents milieux naturels.

Un site clé pour comprendre les origines de la civilisation

Pour les scientifiques, Karahantepe démontre que l’art, les croyances communes et la coopération collective ont peut-être précédé l’essor de l’agriculture, au lieu d’en être la conséquence. Autrement dit, ce seraient les besoins symboliques et communautaires qui auraient favorisé l’installation durable des groupes humains.

Le site couvre environ 12 hectares, mais seule une petite partie a été fouillée jusqu’ici. Plusieurs couches d’occupation y ont déjà été identifiées, signe d’une fréquentation prolongée. De nouvelles campagnes de fouilles devraient encore enrichir ce récit déjà fascinant.

Chaque statue, chaque pilier et chaque reste alimentaire renforce désormais une idée : les racines de la civilisation sont sans doute bien plus anciennes et complexes qu’on ne le pensait.

Article de Cécile Breton, Journaliste


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