Gard : un maire RN censure un important festival de jazz et s’en vante

samedi 9 mai 2026.
 

Les villes dirigées par le RN donnent un aperçu à la loupe de ce à quoi ressemblerait le pays si Bardella et Le Pen parvenaient à leurs fins. À Vauvert (Gard), le maire lepéniste, l’ex-député Nicolas Meizonnet, donne le ton en matière de censure et de mise au pas de la culture. Après avoir annulé une exposition de photos au seul prétexte que l’exposant n’était pas de son bord politique.

Outre les motifs politiques, le maire de Vauvert a aussi étalé les économies budgétaires que sa commune a faites en bâillonnant les initiatives culturelles. Comme lors du vote du budget à l’Assemblée Nationale, le mot d’ordre du RN, dans ses communes, demeure le même que pour les macronistes et leurs alliés : saignée budgétaire et mise à sac des services publics.

Ce mot d’ordre, joint à celui de la censure et de l’autoritarisme, est le même dans toutes les mairies d’extrême droite, et en dit long sur la société que veut le RN pour la France : un pays morne, stérile artistiquement et intellectuellement, à la population mise au pas. En somme, un prolongement radicalisé de la société néolibérale au pouvoir depuis 20 ans. Et cette politique était visible chez Nicolas Meizonnet dès le début de sa carrière. À Carcassonne, elle a été visible par un arrêté anti-mendicité, une chasse aux pauvres lancée par le maire RN.

Vous habitez dans une ville RN et vous subissez une injustice ? Vous pouvez contacter l’Observatoire des mairies RN (ONED), une structure présidée par le député LFI Thomas Portes. « Pour combattre l’extrême droite, il faut l’étudier : cartographier ses organisations, mener des tables rondes, mener un travail de journalistes de proximité et avoir des remontées d’informations », estime l’insoumis.

Le 20 mai, à 18h30, à Vauvert, un rassemblement aura lieu pour résister au maire RN, Nicolas Meizonnet, contester l’annulation du festival, et battre ses politiques par la mobilisation populaire. Les députés insoumis Thomas Portes et Raphael Arnault seront présents. Notre article.

Nicolas Meizonnet (RN) en guerre contre la culture

Du 26 au 27 juin 2026, pour la 23e fois, devait se tenir le festival Jazz à Vauvert, événement important pour la vie culturelle du Gard. Chacune des éditions a permis à de nombreux artistes de jazz de se produire : musiciens locaux, nationaux, mais aussi internationaux sont passés par le festival au fil des ans, permettant un succès grandissant à chaque édition. Une telle manifestation de créativité est insupportable pour le nouveau maire RN de Vauvert qui, pour d’obscures raisons, a annulé le festival de jazz, musique héritée de l’esclavage des Noirs en Amérique.

Officiellement, ce sont des raisons budgétaires qui ont poussé le maire RN de Vauvert à couper ses subventions au festival, à annuler une exposition photo, et même à suspendre un poste à la médiathèque communale. On voit son sens des priorités : d’abord sabrer dans la culture, dans l’éducation. Le maire Meizonnet prétend aussi vouloir un événement plus accessible, des manifestations culturelles davantage « fédératrices » (son grand élément de langage). Mais plutôt que de proposer un nouveau lieu, une nouvelle organisation du festival, l’édile préfère la suppression pure et simple de Jazz à Vauvert, sans rien organiser derrière.

Ce que Nicolas Meizonnet oublie de dire, c’est que Jazz à Vauvert, lors de ses précédentes éditions, a permis, outre le dynamisme culturel et économique local dû à son succès, à quelques « 6 000 enfants » de s’ouvrir à la musique, grâce aux concerts pédagogiques organisés par l’association Jazz à Junas, qui organise aussi le festival. Niveau fédératif, on a vu pire…

Et pourtant le maire RN ose se dire pour la culture « sous toutes ses formes ».

On attend encore de voir lesquelles. Mais le vrai problème économique de Jazz à Vauvert est révélé par Nicolas Meizonnet lui-même : les bénéfices directs du festival sont empochés par l’association qui l’organise. Scandaleux pour l’élu d’extrême droite, qui a en horreur le fait de voir une association culturelle en pleine vitalité. Le RN, s’il veut une culture (ce dont on peut douter), la veut à ses ordres et pour son seul bénéfice. Finalement, le festival est déplacé, aux mêmes dates, sur la commune voisine de Vergèze : les habitants de Vauvert devront se déplacer de 8 km pour écouter du jazz…

Meizonnet le Censeur n’en est pas à son coup d’essai. Le 4 avril, il a annulé, toujours en lui coupant les subventions, une exposition de photographies d’un artiste local. Son tort ? être un « mélenchoniste convaincu », ce que l’intéressé dément, et avoir osé dire que le RN est un parti « Résolument Nazi » sur sa page Facebook. Des propos qui, selon le maire de Vauvert, tombent « sous le coup de la loi ». A-t-il alors déposé plainte ? Bien sûr que non, cela serait courir le risque d’un procès, où l’artiste aurait pu rappeler l’histoire passée et présente du FN/RN, et ses liens avec le nazisme.

Publiquement, Nicolas Meizonnet s’est fendu d’un communiqué où, en plus du motif ouvertement politique de sa censure, se vante des économies (2000 euros !) qu’a permises l’annulation de l’exposition. Là encore, l’élu d’extrême droite a promis la tenue d’une nouvelle exposition « plus fédératrice ». Un mois après, aucune nouvelle à ce sujet n’a évidemment fuité.

En prenant ainsi prétexte de la dette de la ville pour sabrer dans les dépenses culturelles, Nicolas Meizonnet agit en bon néolibéral. N’est financé que ce qui est utile : la culture n’en fait pas partie, du moins pas toutes les cultures. Dans son programme électoral, celui qui était alors candidat à la mairie promettait, pour la vie culturelle de la commune, des propositions contradictoires. D’un côté, tout en coupant dans les dépenses, il faisait miroiter la « création d’un grand festival de culture populaire » : la fin de Jazz à Vauvert n’augure que du meilleur. Le candidat Meizonnet a aussi eu à cœur de faire vivre les « traditions taurines » (la corrida, la course camaragaise), et les fêtes « votives » (religieuses) : une vision réactionnaire et fétichisée de la culture, au service d’un projet politique d’extrême droite.

Bizarrement, le volet le plus ambitieux du programme de Meizonnet, placé au tout début de ce dernier, qui risque d’engendrer le plus de dépenses est la sécurité. Un sens des priorités qu’on apprécie à l’extrême droite. À Vauvert, comme à Carcassonne, Liévin ou Nice, les mêmes régressions sont observées, la même vision rétrograde de la France se déploie : muselage de l’opposition politique et syndicale, fortes inquiétudes de la communauté LGBTI+, racisme…

Les nouveaux maires d’extrême droite n’en sont pas encore à lancer ouvertement des offensives violentes contre ceux qu’ils jugent indésirables, mais usent volontiers des leviers légaux dont ils disposent. Arrêtés anti-mendicité, annulation de festivals par la fin des subventions… Tout est fait pour faire mourir, politiquement voire physiquement, par une lente asphyxie, tout ce qui ne convient pas à leur politique réactionnaire et inhumaine.

Une brutalité politique et sociale de longue date

Dans l’abjection, Nicolas Meizonnet a toujours été constant. En 2013, il participait volontiers aux rangs de la Manif pour Tous, opposée aux mariages homosexuels. Un engagement homophobe que Meizonnet, alors député, assumait encore en 2023. Il a fait partie des rares députés RN entre 2017 et 2022 : l’élection de son mentor Gilbert Collard au Parlement européen a permis à Meizonnet de faire son entrée à l’Assemblée Nationale, avant d’être élu maire en 2026

C’est en tant qu’élu départemental que Meizonnet a pu déployer sa vision d’une politique violemment anti-sociale et contre la culture libre. Dès 2020, il prône, au sein du conseil départemental du Gard, une alliance entre droite et extrême droite pour dresser un « cordon sanitaire entre la droite et la gauche ». Celui qui était alors élu départemental développe alors ses points communs avec la droite, et sa ligne politique autoritaire et de classe.

Comme le département contrôle les allocations comme le RSA, ou encore l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), Meizonnet veut « mieux contrôler » les Mineurs Non-Accompagnés et les bénéficiaires du RSA, pour lutter contre la « fraude sociale », qu’importe son montant dérisoire même à l’échelle du pays.

C’est d’un véritable flicage des bénéficiaires du RSA dont rêve l’élu RN, qui reprend les poncifs et clichés racistes : « Il faut mener des enquêtes de terrain pour voir si la personne qui touche le RSA ne travaille pas au noir ou si elle n’est pas allée tranquillement s’installer dans son pays d’origine ». Du pur délire xénophobe, qui fait mine d’ignorer que, pour toucher le RSA, un étranger doit avoir un titre de séjour depuis au moins cinq ans. Meizonnet sait que cette assimilation « RSA – étranger » fait mouche dans son électorat, qui vomit ceux qu’il appelle « assistés », sur une trame raciste et suprématiste.

Déjà à l’époque, le futur maire de Vauvert était hostile aux initiatives culturelles qui sortent du rang, en trouvant par exemple honteux qu’un festival local fasse venir un artiste d’ampleur nationale comme Médine. Une autre fixette raciste. Meizonnet, sur les associations culturelles, livre par ailleurs une pépite de contradiction qui trahit une vision autoritaire de la culture. « Il faut exercer un contrôle sur les associations. Je ne dis pas qu’il faut les contrôler mais il faut voir si ce que l’on finance représente un vrai intérêt culturel et si c’est conforme aux valeurs de la République ».

Encore une fois, qui décide du « vrai intérêt culturel » et de la conformité d’un artiste aux « valeurs de la République » ? C’est une mise sous tutelle de l’art par le politique, au profit d’une vision réactionnaire, qui est, dès 2020, déployée par Nicolas Meizonnet.

Voilà la société promise par le RN : la mise au pas, créer de l’indifférence en masse dans la population, par la fermeture des esprits, en bâillonnant la culture, pour pouvoir mener en paix sa politique raciste et en faveur des plus riches. Cet autoritarisme a déjà cours dans les villes dirigées par l’extrême droite, avec la complicité passive de la droite et du centre, localement et nationalement.

De l’autre côté, les nouveaux maires LFI ont montré qu’une autre France est possible, que la conquête de nouveaux droits, de nouveaux avantages matériels pour tous peut exister, que la pénurie n’est pas une fatalité. Là où les élus d’extrême droite ferment des portes, les maires LFI à Roubaix, Saint-Denis, Vénissieux, Vaulx-en-Velin, etc., ouvrent des brèches et offrent enfin un débouché politique anticapitaliste, antiraciste et antifasciste.

Le 20 mai, à 18h30, à Vauvert, un rassemblement aura lieu pour résister au maire RN, Nicolas Meizonnet, contester l’annulation du festival, et battre ses politiques par la mobilisation populaire. Les députés insoumis Thomas Portes et Raphael Arnault seront présents.

Par Alexis Poyard


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