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Le voilà sur la liste noire de Canal Plus pour avoir critiqué son actionnaire majoritaire. L’acteur Swann Arlaud explique son choix de dénoncer l’OPA du milliardaire d’extrême droite sur nos imaginaires.
Pourquoi j’ai signé cette tribune ?
Parce qu’elle exprime une inquiétude légitime.
Parce qu’elle parle d’un risque. Celui de la mainmise quasi totale d’un milliardaire d’extrême droite sur la création cinématographique française. Il possède déjà des organes de presse, des chaînes de télévision, des radios, des maisons d’édition, des salles de spectacles, des kiosques à journaux – vitrine de son idéologie dans toutes les gares de France. Son objectif affiché est de racheter la totalité d’UGC d’ici à deux ans…
Quand, dans le même temps, l’existence du CNC et de l’audiovisuel public est questionnée par certains, on est en droit d’alerter sur le danger qui s’installe progressivement, insidieusement. Un pas après l’autre.
J’ai lu dans le Monde que « les signataires crient avant d’avoir mal ».
Faut-il attendre sagement qu’il soit trop tard ?
Quand le Journal du dimanche change de direction,
quand iTélé devient CNews,
quand Olivier Nora se fait limoger, on est en droit de s’inquiéter.
Et si Laurent Hasside subissait le même sort dans trois ans ?
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C’est la fameuse histoire de la grenouille.
Quand on la plonge dans une casserole d’eau bouillante, elle saute immédiatement pour échapper à la mort. Mais si on la plonge dans une casserole d’eau froide qu’on chauffe progressivement, la grenouille se laisse mourir.
Si nous élevons nos voix, c’est pour dire que notre modèle de financement est unique, qu’il permet la diversité des films et qu’il faut le défendre tant qu’il en est encore temps.
Oui, aujourd’hui, Canal Plus cinéma participe à cette diversité et défend de nombreux films, comme l’Histoire de Souleymane ou Dossier 137.
Mais pour combien de temps ?
Si un unique actionnaire a toujours plus d’intérêts en amont de la chaîne de fabrication des films et jusque dans leur exploitation, comment s’assurer que, par ses choix de financement, il garantisse dans le temps la pluralité des œuvres et la diversité des points de vue ?
Cela dépasse le cinéma. La réponse devrait être politique.
Nous avons besoin de nouvelles lois pour protéger la culture et les médias face à la toute-puissance de grands groupes.
Nous venons à Cannes cette année avec le film d’Emmanuel Marre, Notre Salut. Ce film, qui aborde la France de Vichy et la collaboration, a été soutenu par les équipes de Canal Plus cinéma. Il n’aurait probablement pas vu le jour sans leur engagement.
Faisons-en sorte que cela soit encore possible à l’avenir.
J’ai signé cette tribune pour les raisons que je viens d’exposer, et parce qu’il me semble absolument sain et nécessaire de pouvoir exprimer une inquiétude, un désaccord.
C’est même un principe fondamental en démocratie.
Si pour cela je dois être blacklisté ; que dire ?
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