Flottilles kidnappées – Toutes ces fois où Macron s’est plié à Netanyahu

jeudi 28 mai 2026.
 

Alors que Gaza est ravagée par le génocide, la famine, les bombardements et le blocus imposé par le gouvernement de Benjamin Netanyahu, des centaines de citoyennes et citoyens ont tenté, ces derniers mois, de briser l’isolement du territoire palestinien. Flottilles humanitaires, convois de solidarité, marches vers Rafah : partout dans le monde, des civils se sont mobilisés pour acheminer de l’aide et dénoncer l’inaction internationale.

À chaque fois, la réponse des autorités israéliennes a été la même : interceptions, arrestations, violences, intimidations voire même tortures. Et à chaque fois, le gouvernement français d’Emmanuel Macron a choisi une ligne de complicité, oscillant entre silence diplomatique, critiques des militants et refus d’affronter frontalement le gouvernement israélien.

Il aura fallu attendre des images de Ben-Gvir humiliant des militants de la flottille pour Gaza et un tollé mondial pour que la diplomatie française interdise le ministre d’extrême droite de territoire français. Une certaine idée de l’hypocrisie. Le récit de ces derniers mois dessine une constante : quand il s’agit de Gaza, la Macronie s’est systématiquement montrée plus sévère envers les initiatives humanitaires qu’envers ceux qui imposent le blocus. L’Insoumission vous fait le récapitulatif des actes de complicité du gouvernement français avec le criminel de guerre Netanyahu. Notre article.

Le Madleen : silence embarrassé après l’interception de la flottille

Premier épisode marquant : celui du Madleen, navire de la Freedom Flotilla Coalition parti vers Gaza en juin 2025. À son bord, notamment, l’eurodéputée insoumise Rima Hassan et l’activiste écologiste Greta Thunberg.

Objectif affiché : dénoncer le blocus imposé à Gaza et acheminer une aide humanitaire. Le bateau est finalement intercepté par les autorités israéliennes. Plusieurs ONG et juristes dénoncent alors une violation du droit international et rappellent que le blocus de Gaza est lui-même considéré comme illégal par de nombreuses organisations internationales.

Du côté français, la réaction reste extrêmement limitée. Paris réclame un accès consulaire pour les ressortissants français, mais refuse toute confrontation diplomatique majeure avec Israël. Aucun débat sérieux sur des sanctions, aucun embargo sur les armes, aucune remise en cause des coopérations stratégiques.

Très vite, le discours gouvernemental glisse même vers une critique des militants eux-mêmes.

La flottille Handala : des parlementaires françaises tournées en dérision

Quelques semaines plus tard, une nouvelle flottille appareille vers Gaza : le Handala. À son bord figurent notamment les parlementaires insoumises Gabrielle Cathala et Emma Fourreau.

Cette fois, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot hausse le ton… contre les militants. Sur les réseaux sociaux et dans plusieurs prises de parole publiques, il évoque une initiative « irresponsable » qui « surcharge les services diplomatiques et consulaires ».

Le message est limpide : pour le gouvernement français, le problème n’est pas le blocus qui affame Gaza, mais ceux qui tentent de le contourner.

Pendant ce temps, les images venues de l’enclave palestinienne montrent des distributions alimentaires chaotiques, des enfants souffrant de malnutrition et des agences de l’ONU alertant sur un risque massif de famine.

La Global Sumud Flotilla et l’affaire Ben-Gvir

Le tournant intervient avec la Global Sumud Flotilla au printemps 2026. Cette mobilisation internationale rassemble plusieurs dizaines de bateaux et des centaines de militants venus de nombreux pays européens.

La flottille est interceptée dans les eaux internationales. Des témoignages font état de violences, de tortures, d’humiliations et d’usage de tasers contre les passagers arrêtés.

Au cœur de la polémique : Itamar Ben-Gvir, figure de l’extrême droite suprémaciste israélienne et allié central de Netanyahu. Le ministre diffuse lui-même des vidéos montrant des détenus entravés et humiliés sous surveillance armée. Les images provoquent une vague d’indignation internationale.

Face au scandale, Jean-Noël Barrot finit par annoncer l’interdiction d’entrée sur le territoire français de Ben-Gvir. Une décision tardive mais inédite, motivée officiellement par les violences commises contre des ressortissants français et européens de la flottille.

Mais jusque dans cette annonce, le gouvernement français conserve la même ambiguïté. Dans son communiqué, Barrot précise également que la France « désapprouve la démarche de cette flottille qui ne produit aucun effet utile ».

Autrement dit : même après les humiliations et violences subies par des citoyens français, l’exécutif continue de renvoyer dos à dos les humanitaires et ceux qui les ont arrêtés.

Francesca Albanese : quand Paris attaque une rapporteure de l’ONU

Cette ligne diplomatique ne concerne pas seulement les flottilles. Elle s’inscrit dans une attitude plus générale du gouvernement français vis-à-vis des critiques adressées à Israël.

En février 2026, Francesca Albanese devient la cible d’une campagne de désinformation après la diffusion de fausses citations sur les réseaux sociaux.

Malgré le caractère mensonger des propos relayés, Jean-Noël Barrot réclame publiquement sa démission. Quelques jours plus tard, le ministre reconnaît finalement que les citations attribuées à la rapporteure de l’ONU étaient fausses. Il maintient malgré tout sa demande de départ.

L’épisode choque une partie du monde diplomatique et associatif. Une nouvelle fois, le gouvernement français semble concentrer ses critiques sur ceux qui dénoncent les crimes commis à Gaza plutôt que sur leurs auteurs.

Les marches vers Rafah : prudence maximale face à l’Égypte et Israël

La même logique apparaît lors des mobilisations vers Rafah. En 2025, plusieurs milliers de militants internationaux convergent vers l’Égypte pour réclamer l’ouverture d’un corridor humanitaire vers Gaza.

Les autorités égyptiennes procèdent à des arrestations, expulsions et intimidations. Des militants français sont interpellés et refoulés.

Là encore, Paris reste extrêmement discret. Aucun bras de fer diplomatique avec Le Caire. Aucune condamnation forte des violences subies par les ressortissants français. Le gouvernement privilégie une ligne de retenue diplomatique constante dès qu’il s’agit de contrarier Israël ou ses alliés régionaux.

Pendant ce temps-là, l’Espagne hausse le ton

Cette prudence française contraste avec les positions prises par plusieurs pays européens. L’Espagne du Premier ministre Pedro Sánchez a reconnu l’État de Palestine, multiplié les critiques publiques contre le gouvernement israélien et plaidé pour des sanctions européennes.

Madrid soutient également des discussions autour d’une suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël tant que le droit international n’est pas respecté.

Même l’Italie de Giorgia Meloni, pourtant dirigée par l’extrême droite, a parfois adopté un ton plus ferme que Paris sur certaines violences commises par des ministres israéliens d’extrême droite, notamment après l’affaire Ben-Gvir.

Pendant que plusieurs capitales européennes durcissent progressivement leur position, Emmanuel Macron continue de privilégier l’équilibre diplomatique et le refus de sanctions majeures.


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message