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Un panel de journalistes régionaux avait fait le choix de récompenser la députée LFI Alma Dufour à l’occasion d’un prix organisé par la revue « Le Trombinoscope ». Le résultat du vote final a été modifié au profit d’une autre parlementaire locale, appartenant à la majorité présidentielle.
Le Trombinoscope ou le syndrome de la « république bananière » sur fond d’hostilité envers La France insoumise (LFI). Selon les informations du Poulpe, la revue nationale Le Trombinoscope, annuaire professionnel du monde politique, qui organisait pour la première fois en Normandie le « grand prix du trombinoscope des territoires » visant à récompenser des personnalités normandes, a voulu modifier de manière discrétionnaire le résultat des délibérations d’un jury de journalistes régionaux réuni courant avril.
Dans le collimateur de la revue, le fait que dans la catégorie « parlementaire de l’année », huit journalistes régionaux composant le jury avaient décidé d’apporter leurs suffrages à Alma Dufour, députée LFI de la 4e circonscription de Seine-Maritime.
À l’arrivée, c’est Annie Vidal, députée Ensemble pour la République (EPR) de la 2e circonscription du même département, qui a été récompensée. Son prix lui a été remis lors d’une cérémonie à l’hôtel de région le 16 avril sans que les participant·es à l’événement aient eu vent du bidouillage autour du vote initial.
Après deux tours de scrutin, c’est bel et bien la députée LFI qui était sortie du chapeau. Or, quelques jours après, selon nos informations recoupées avec plusieurs sources, le responsable du Trombinoscope chargé de l’événement normand s’est rapproché des journalistes composant le jury pour leur proposer la réorientation du résultat du vote.
Selon lui, ce changement de pied se justifiait par le contexte post-élections municipales. Notamment lors de certaines passations de pouvoir jugées houleuses, dont les images de maires battu·es par des candidat·es LFI et sortant sous les huées avaient circulé sur les chaînes d’information en continu.
En conséquence, il était opportun, selon lui, de désigner une autre récipiendaire. Et c’est Annie Vidal, dont le nom figurait parmi les lauréat·es potentiel·les lors de la réunion du jury, qui fut finalement primée.
Le Poulpe a contacté différents membres dudit jury qui n’ont pas souhaité s’exprimer. « Ce n’est pas l’affaire du siècle », commente benoîtement l’un d’entre eux.
Sollicité de son côté, François-Xavier Caillard d’Aillières, éditeur du Trombinoscope et présent lors de la réunion du jury, réfute nos informations et indique que le scrutin initial avait débouché sur une égalité de voix. « Au bénéfice de l’âge, c’est Mme Vidal qui a été retenue », ose-t-il.
D’après nos sources, c’est pourtant bien lui qui serait revenu vers les journalistes du jury en vue de retoquer le résultat du vote initial sans procéder à un nouveau scrutin.
Et la modification aurait été faite sans opposition notable, même si plusieurs journalistes ont pu sourciller légèrement face à cette réorientation arbitraire du vote.
D’autant qu’en cette année 2026, Le Trombinoscope a tout de même décerné, au niveau national, le prix de « révélation de l’année » à Sarah Knafo, candidate Reconquête d’extrême droite à la mairie de Paris qui n’a pas le profil de l’élue particulièrement consensuelle.
La revue de l’information professionnelle du monde politique ferait-elle preuve de plus de bienveillance à l’égard de la droite de la droite de l’échiquier politique ? Contacté, Alexandre Farro, président du Trombinoscope, n’a pas donné suite. Selon l’une de nos sources, la demande de modification du palmarès aurait pu venir de la direction nationale.
Il apparaît qu’Alexandre Farro est également président du Medef Grand Est. Son inclination propatronat serait-elle à l’origine du veto contre la candidature d’Alma Dufour, représentante d’un parti politique qui semble inspirer au milieu économique les plus grandes frayeurs, davantage encore que le Rassemblement national (RN) et Reconquête réunis ? « Il n’y a aucune hostilité de principe à LFI au sein de la revue », se défend François-Xavier Caillard d’Aillières.
À noter aussi que parmi l’ensemble des lauréats normands du grand prix des territoires, aucun ne se classe à gauche, laissant place au soupçon d’une forme de penchant politique droitier du Trombinoscope.
Pour l’anecdote, le centriste David Nicolas, maire d’Avranches, a quant à lui été distingué dans la catégorie « meilleur maire de la Manche » avant qu’on apprenne quelques jours plus tard qu’il était renvoyé devant le tribunal correctionnel pour l’infraction de favoritisme dans l’attribution d’un marché public.
En tout état de cause, cet écho au sein du microcosme politique normand vient questionner « la rigueur, l’impartialité et la transparence » dont se réclame la rédaction du Trombinoscope dans sa présentation en ligne.
« Je ne savais pas que j’avais gagné et du coup que j’avais perdu », sourit Alma Dufour, interrogée par Le Poulpe. Elle parle d’« une hostilité à LFI », sans doute à l’origine de ce bidouillage électoral.
Pour rappel, Alma Dufour n’a participé à aucune des soirées post-élections municipales houleuses évoquées supra. « Je n’ai insulté personne à l’occasion de la campagne municipale à la différence de certains élus normands », glisse-t-elle, assurant « qu[’elle] ne cour[t] pas après ce genre de distinction ».
Manuel Sanson (Le Poulpe)
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