Nouveau micmac autour de la primaire : le PS voit double

dimanche 14 juin 2026.
 

La proposition d’Olivier Faure d’organiser deux primaires successives pour désigner un candidat de la gauche non mélenchoniste à la présidentielle a déclenché une énième crise au PS, où les oppositions dénoncent une « tentative de coup de force ». Dans l’entourage du premier secrétaire, on assume un « pavé dans la mare ».

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Le Parti socialiste (PS) arrivera-t-il à sortir entier de ses guerres intestines ? Depuis le départ de Boris Vallaud du conseil national le 8 mai, l’ambiance semblait s’être apaisée au sein du parti d’Olivier Faure. Mais l’annonce de ce dernier, mardi 2 juin, d’une « double primaire » – d’abord interne, puis élargie à la gauche non mélenchoniste – a relancé la crise. Déjà encalminée dans ses discussions sur le processus de désignation d’un candidat à la présidentielle, la formation est de nouveau au bord de la rupture.

« Ce parti, c’est le Temple solaire ! », s’étrangle un dirigeant national pourtant proche d’Olivier Faure, tandis que ses opposants internes tempêtent de même : « Tout ça nous ridiculise. La direction joue avec le feu, ils sont irresponsables… » Pour comprendre comment la situation a dégénéré, il faut remonter à dimanche dernier. Ce soir-là, une réunion entre les différents courants se tient au siège du PS. Autour de la table : Boris Vallaud, Nicolas Mayer-Rossignol, David Assouline, Hélène Geoffroy ou encore Olivier Faure.

Les discussions démarrent sur la méthode à adopter pour avancer dans le processus de désignation du candidat ou de la candidate qui représentera le parti à l’élection présidentielle. Nicolas Mayer-Rossignol et Boris Vallaud, à la tête des deux courants concurrents de celui d’Olivier Faure, regrettent que « personne ne comprenne plus rien ». Le premier secrétaire, lui, répète qu’aucun processus n’est possible sans l’accord des Écologistes.

Puis, les lieutenants d’Olivier Faure, Johanna Rolland et Pierre Jouvet, posent une nouvelle idée sur la table : organiser un processus de désignation en deux étapes. L’accueil est plutôt circonspect chez les représentant·es des oppositions internes, qui interrogent : « Olivier, es-tu candidat ? » Pas de réponse.

La réunion s’achève sans décision claire, si ce n’est le projet d’une rencontre officielle avec Place publique (PP), le parti de Raphaël Glucksmann, dans la semaine. Pour le reste : « On est sortis en se disant qu’on continuait à consulter nos courants respectifs, pas plus que ça, et certainement pas en étant tombés d’accord sur cette primaire à deux étages », témoigne un participant.

Emballement médiatique

Les choses s’accélèrent mardi, alors que le premier secrétaire déjeune avec quelques journalistes (dont Mediapart) qui ont eu vent de cette fameuse « primaire en deux temps ». « Pourquoi pas ? », répond alors Olivier Faure, qui redit n’avoir « pas de religion sur la méthode pour parvenir à un candidat commun », mais développe toutefois cette solution à deux étapes.

Un premier vote, ouvert aux sympathisant·es, au sein de « l’espace social-démocrate » auquel pourraient participer les candidats déclarés du PS, ainsi que Raphaël Glucksmann. Puis le gagnant s’engagerait à participer à la primaire déjà prévue avec le reste de la gauche non mélenchoniste. Olivier Faure précise prévoir un vote des militant·es socialistes sur la stratégie pour la présidentielle, le 9 juillet.

L’annonce, qui n’en est pas vraiment une, fait pourtant le soir même l’objet d’une dépêche de l’AFP qui évoque « une piste proposée par Olivier Faure pour sortir de l’impasse [qui] serait une sorte de double primaire » et une « date-butoir actée » – celle du 9 juillet « au plus tard » – pour le vote des militant·es. Mercredi matin, France Inter annonce à son tour que « le patron du PS reprend l’initiative et impose son calendrier […] : le 9 juillet, il souhaite convoquer un vote des militants socialistes pour désigner le ou la candidate du parti […], l’élu devra s’engager à participer à la primaire de la gauche démocratique et écologiste à l’automne ».

On ne comprend rien, on découvre tout dans la presse.

Un député socialiste

Il n’en faut pas davantage pour que la tempête se lève dans les rangs du parti. « On ne comprend rien, on découvre tout dans la presse, on ne sait pas où ils veulent en venir, ils font une sorte de poker menteur. Bref, on ne sait pas où on va », lâche un député socialiste, favorable à la solution proposée, mais inquiet que ce genre d’annonces en forme de fuites dans la presse crée « une lassitude vis-à-vis des dirigeants » du PS.

Contacté par Mediapart, David Assouline, membre du courant de Nicolas Mayer-Rossignol, se fâche : « C’est une tentative de passage en force d’une minorité du parti [le courant d’Olivier Faure a rassemblé moins de la moitié des suffrages au dernier congrès – ndlr] pour nous mettre devant le fait accompli ! Mais cela ne nous impressionne pas car il faudra une majorité – ou mieux que ça, un consensus – pour obtenir un vote et prendre une décision », avertit l’ancien sénateur socialiste, qui rappelle qu’il faut rassembler les 3/5e des membres du conseil national pour valider l’organisation du scrutin du 9 juillet.

Dans les rangs d’Olivier Faure, on assume. « Il faut un game changer : on était sur un enlisement, on a jeté un pavé dans la mare », argue son entourage. « Si on part du constat que la primaire est en difficulté mais qu’il faut sauver une procédure démocratique de rassemblement de la gauche, il faut chercher les voies et les moyens, explique à Mediapart le député Arthur Delaporte. Cela passe par une présélection du candidat de l’espace socialiste, social-démocrate, et [signifie] donc faire entrer Raphaël Glucksmann dans un processus de délibération collective. »

Scepticisme chez Glucksmann

Au PS, personne ne nie l’enlisement. À gauche, Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle et tient dimanche 7 juin son premier grand meeting. À droite, Gabriel Attal s’est déclaré, Édouard Philippe a entamé une tournée et Bruno Retailleau a été désigné par son parti à l’issue d’une primaire. Même Raphaël Glucksmann, qui ne s’est pourtant pas encore officiellement déclaré, a sorti un livre et fait la promotion dans tous les médias de son meeting du 13 juin.

Il n’y a plus que le PS qui n’ait ni candidat désigné ni même mécanisme pour en choisir un. À force de ralentir le processus de sélection de la primaire dite « unitaire », le parti d’Olivier Faure pourrait précipiter les Écologistes et les petits mouvements associés à la primaire, dont ceux des candidat·es Clémentine Autain, Benjamin Lucas et François Ruffin, dans les bras grands ouverts de La France insoumise (LFI).

« Notre solution débusque les hypocrisies », veut croire l’entourage du premier secrétaire socialiste. Et elle présente d’autres avantages, selon lui : « D’une part, elle piège Glucksmann, qui sera obligé de venir candidater s’il veut notre soutien financier et militant pour faire campagne ; d’autre part, elle maintient les Verts dans le projet, plutôt que d’aller se vendre à Jean-Luc Mélenchon, ce qui arrange Marine [Tondelier], qui a un conseil fédéral ce week-end. »

Les « partenaires », eux, n’ont pas l’air particulièrement emballés. « Depuis un an, nous disons que nous sommes contre la primaire, ça n’est pas pour finir avec deux ! », s’agace Jérôme Auslender, membre de la direction de PP. « On souhaite trouver les conditions d’un processus qui nous rassemble et nous renforce collectivement, pas celles d’un mécanisme qui nous enferme dans un entre-soi de la gauche, qui se parlerait à elle-même », poursuit-il.

Pour l’heure, une seule chose est sûre, affirme Jonathan Kienzlen, secrétaire national aux statuts du PS : « On votera le 9 juillet. D’ici-là, il faudra bien se mettre autour d’une table pour trouver la question qu’on posera aux militants ce jour-là. » Manière de dire que le PS est encore loin de la sortie de crise.

Sarah Benhaïda et Pauline Graulle


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