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Selon les informations de « Mediapart », le président argentin a été convié par l’organisation patronale pour son grand raout estival. Une étape supplémentaire dans le rapprochement d’une partie des milieux d’affaires avec l’extrême droite.
https://www.mediapart.fr/journal/fr...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260610-191824&M_BT=1489664863989
Le Medef aimerait en faire l’un de ses invité·es d’honneur. Selon nos informations, le président argentin d’extrême droite, Javier Milei, a été invité aux universités d’été du Medef, les 26 et 27 août au stade Roland-Garros à Paris. Des pourparlers sont en cours depuis plusieurs semaines mais le Medef « n’a pas encore confirmation de sa venue », assure-t-on au sein du Mouvement des entreprises de France.
Pour sa dernière « Rencontre des entrepreneurs de France » avant la présidentielle, le Medef a cette année choisi le thème du « courage ». Si les personnalités conviées n’ont pas encore été dévoilées, le programme des conférences donne déjà le ton. Et éclaire l’invitation de l’autoritaire leader argentin. « Le consensus est souvent présenté comme une vertu démocratique. Mais à force de vouloir tout concilier, ne devient-il pas une manière d’éviter les choix, les conflits et donc le courage politique ? », s’interrogera-t-on dans l’une d’entre elles.
Dans une autre table ronde, le Medef mettra en débat les fondements mêmes du modèle social français et sa « solidarité inconditionnelle ». « À partir de quand devient-elle un facteur de découragement ou de déséquilibre ? », feint de se demander l’organisation dans son programme, qui laisse apparaître une forme de radicalisation.
Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1 Le président du Medef, Patrick Martin, et Javier Milei. © Photos Stéphane de Sakutin et Juan Mabromata / AFP Vous voulez suivre nos enquêtes et nos analyses sur les extrêmes droites ?
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« On choisit comme thème “le courage’’ et on invite Milei. Donc le courage, c’est d’être encore plus droitier », souffle une source interne opposée à la réception de l’un des représentants de l’internationale réactionnaire. D’après nos informations, la présidente de la Commission européenne a elle aussi été conviée au grand raout patronal.
« Il est élu dans son pays. L’entendre, c’est intéressant, ça contribue au débat public, se justifie-t-on au Medef. Inviter quelqu’un, ça n’est pas cautionner quoi que ce soit de ce que les uns et les autres peuvent faire ou dire dans leur pays. On pense que c’est important que les gens se fassent leur propre opinion. »
Coupes à la « tronçonneuse » Si Javier Milei confirme sa présence, son bilan économique sera très certainement vanté au cours de l’événement. Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, l’Argentine est officiellement sortie de la récession, le gouvernement fédéral n’est plus en déficit et l’inflation est au plus bas depuis juillet 2018. Mais derrière ces indicateurs officiels et ce modèle qui attire le Medef, le pays se désindustrialise à grande vitesse, à l’exception du secteur pétrolier et chimique. Dans le même temps, l’État coupe dans les budgets de la recherche scientifique.
Alors que l’activité économique connaît un fort ralentissement, le président libertarien – par ailleurs économiste – a dû reconnaître pour la première fois en avril « des difficultés économiques » et réclamer de la patience aux Argentin·es. Les coupes à la « tronçonneuse » dans les dépenses de l’État ont par ailleurs accéléré la destruction des services publics dans le pays.
Les déclarations passées de Javier Milei interrogent tout autant sur le choix du Medef. Le dirigeant d’extrême droite n’a cessé de fustiger les mouvements féministes, dont il considère le combat « ridicule », et de pourfendre l’avortement, un « meurtre aggravé » selon ses mots. Cet allié de Donald Trump affiche des positions ouvertement climatosceptiques, allant jusqu’à affirmer, en 2021, que le dérèglement climatique ne serait qu’un « des mensonges du socialisme ». Ultralibéral, il n’hésite pas à considérer la vente d’organes comme « un marché comme un autre ».
Cet angle de la “simplification” ouvre la voie à une normalisation des relations entre le centre, la droite et l’extrême droite.
Yanisse Benrahou, doctorant en droit public En invitant Javier Milei à ses universités d’été, le Medef acte une nouvelle étape dans le rapprochement d’une partie des milieux économiques français avec l’extrême droite, à moins d’un an de la présidentielle. Alors que le Medef a longtemps appliqué un barrage républicain contre le Rassemblement national (RN), son bureau exécutif a reçu en avril à déjeuner Jordan Bardella, président du parti et potentiel candidat en 2027 en cas d’empêchement judiciaire de Marine Le Pen.
Une rencontre historique, que l’organisation patronale dirigée par Patrick Martin s’est empressée de minimiser en rappelant qu’elle s’inscrivait dans une série de déjeuners avec l’ensemble des dirigeant·es de mouvements politiques. Un mois plus tôt, Marine Le Pen avait pourtant partagé un repas en tête à tête avec Patrick Martin, comme l’a révélé France Inter.
Une source d’inspiration Le discours ultralibéral de Javier Milei inspire le Medef, qui a par exemple mené un intense lobbying pour permettre l’adoption, en avril, de la loi de simplification de la vie économique. Le texte comportait de nombreux reculs environnementaux, comme la suppression des ZFE (zones à faibles émissions) – qui restreignent l’accès des villes aux véhicules les plus polluants. Une mesure finalement censurée par le Conseil constitutionnel, comme une bonne partie des articles de cette loi.
Au Parlement européen, l’organisation patronale a aussi soutenu la législation dite « omnibus ». À l’issue d’un vote en décembre 2025, celle-ci a vidé de sa substance le devoir de vigilance, qui devait imposer aux multinationales de plus de 1 000 salarié·es, dont le chiffre d’affaires dépasse 450 millions d’euros, d’identifier les « incidences négatives » de leurs activités sur les droits sociaux ou sur l’environnement.
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« Cet angle de la “simplification” ouvre la voie à une normalisation des relations entre le centre, la droite et l’extrême droite. Ces textes concernent l’environnement, les droits humains ou la fonction publique. Ils épousent l’agenda réactionnaire mais sont traités avec un discours technicien qui dépolitise cette alliance et la rend moins douloureuse », analyse Yanisse Benrahou, doctorant en droit public, auteur d’un article à paraître sur le sujet.
La tronçonneuse de Milei fascine aussi certaines formations politiques à droite et à l’extrême droite, du maire de Cannes, David Lisnard, à l’ancien ministre macroniste Guillaume Kasbarian, en passant par la zemmouriste Sarah Knafo. « Ce qu’il a fait en Argentine est extraordinaire », s’enthousiasmait en mai 2025 Éric Ciotti, fondateur de l’Union des droites pour la République (UDR), alliée au RN, qui va tenter de peser de tout son poids sur le programme économique du parti d’extrême droite pour la présidentielle.
Alexandre Berteau
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