Colombie : l’extrême droite remporte de justesse la présidentielle

mardi 7 juillet 2026.
 

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Selon les résultats provisoires, Abelardo de la Espriella a devancé Iván Cepeda, dimanche 21 juin, au second tour de la présidentielle, de seulement 250 000 voix. La mobilisation de son camp n’a pas permis au candidat de gauche de rattraper son retard.

Le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella a confirmé la dynamique qui l’avait placé il y a trois semaines en tête du premier tour de l’élection présidentielle en Colombie, en l’emportant au second, dimanche 21 juin, face à son rival de gauche, Iván Cepeda, avec environ 250 000 voix d’avance (49,7 % des suffrages contre 48,7 %). « C’est le début d’une nouvelle histoire pour la nation, d’une nouvelle ère », a lancé l’avocat de 47 ans, derrière des vitres pare-balles et devant des milliers de ses partisan·es à Barranquilla, sur la côte caraïbe du pays sud-américain.

Dans le sillage de Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador et José Antonio Kast au Chili, Abelardo de la Espriella, surnommé « Le Tigre », s’est imposé avec un discours antisystème, ultra-sécuritaire et religieux dans un pays profondément divisé et ravagé par les violences. Dimanche soir, Abelardo de la Espriella, toujours vêtu du maillot de la sélection nationale de football masculin, a cependant lancé un appel à l’unité nationale.

« Il n’y aura ni vainqueurs ni vaincus, il n’y aura pas de représailles ni de persécutions. Je vais gouverner pour tous les Colombiens », a-t-il lancé, promettant « une Colombie de tous pour tous ».

Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1 Abelardo de la Espriella s’adresse à ses partisan·es derrière des vitres pare-balles, après les résultats du second tour de l’élection présidentielle à Barranquilla (Colombie), dimanche 21 juin. © Photo Ivan Valencia / AP / via Sipa Il a cependant mis en garde le président sortant, Gustavo Petro, qui a mis en doute les résultats dans l’attente des chiffres définitifs, et Iván Cepeda, les exhortant à reconnaître sa victoire et à ne pas provoquer un « incendie social ». « Le Tigre peut mordre encore plus durement qu’il ne l’a fait dans les urnes », a déclaré le président élu en s’adressant à son adversaire malheureux.

Il a aussi promis de poursuivre « sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République ». « Aucune organisation ne sera au-dessus de la Constitution et de la loi, a-t-il souligné. Aux trafiquants de drogue, aux terroristes, aux ravisseurs, aux extorqueurs, aux corrompus qui détournent les ressources du peuple, je vous annonce ce soir que la Colombie a de nouveau un gouvernement et un État. »

La gauche attend les résultats officiels Iván Cepeda, qui n’a pas pu combler son retard en dépit d’une mobilisation de son camp, a déclaré qu’il reconnaîtrait seulement les résultats du dépouillement officiel. Il a annoncé que son équipe contesterait les résultats de 33 000 bureaux de vote à travers le pays. « Nous considérons le décompte préliminaire effectué ce soir comme une donnée non officielle. […] Une fois que le résultat final du dépouillement aura été proclamé et que les vérifications nécessaires auront été effectuées, nous reconnaîtrons le résultat officiel issu de ce processus », a déclaré le candidat devant ses partisan·es réuni·es à Bogotá.

Gustavo Petro a appelé son camp au calme après des incidents à Cali. Iván Cepeda avait attendu huit jours pour accepter les résultats du premier tour qui avaient placé en tête l’extrême droite.

Dans son discours, le sénateur de gauche de 63 ans n’a jamais cité Abelardo de la Espriella, qu’il avait accusé ces dernières semaines d’être lié aux paramilitaires. Il a indiqué être fier de « ne pas avoir fait appel à un gouvernement étranger pour qu’il s’ingère politiquement dans nos élections ». « Nous ne sommes pas tombés dans la politique spectacle. Nous sommes descendus dans la rue pour appeler le peuple colombien à la mobilisation politique », a-t-il poursuivi.

Nous ne ferons pas marche arrière sur les droits.

Iván Cepeda, candidat de la gauche Le candidat de gauche a prévenu le futur président que son camp défendrait les « acquis sociaux » du gouvernement de Gustavo Petro. « Nous ne ferons pas marche arrière sur les droits », a-t-il affirmé, expliquant cependant être prêt au « dialogue et à la concertation, à condition qu’ils soient authentiques et respectueux et qu’ils se traduisent par des actes politiques ».

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Les résultats du second tour, marqué par une participation record (63,6 %, soit 26,3 millions d’électeurs et d’électrices), ont confirmé la polarisation entre une gauche au pouvoir et une alliance de la droite et de l’extrême droite. Ils dessinent un paysage électoral semblable à celui qu’avait donné le référendum de 2016 sur l’accord de paix signé avec la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) : les régions côtières et frontalières se sont prononcées pour le candidat de gauche, le centre andin et l’Est pour de la Espriella.

Dimanche soir, évoquant l’international, Abelardo de la Espriella a assuré que, sous sa présidence, à partir du 7 août, la Colombie serait « un partenaire sérieux » et qu’elle allait « reprendre sa place parmi les nations libres ». Il va surtout s’assurer une place au sein de l’internationale réactionnaire sous l’égide de Donald Trump, qui l’a appelé pour le féliciter.

Sur le réseau social X, le chef de la diplomatie états-unienne, Marco Rubio, s’est réjoui d’une future collaboration « en matière de sécurité » pour notamment « mettre fin à l’immigration clandestine vers les États-Unis ». « Les meilleurs jours de la Colombie sont encore à venir », a-t-il écrit. Mais il n’est pas certain que cette prophétie se réalise.

François Bougon


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