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Nous partageons ici un exposé très intéressant de François Boulo sur son site Praxis qui a l’avantage d’introduire deux causes rarement affirmées en même temps par un même analyste de la dette publique.
L’une fait référence aux « cadeaux fiscaux » faits aux grosses entreprises notamment et l’autre fait référence à des aides aux entreprises pour faire face a leur faible compétivité en raison de la sur évaluation de l’euro par rapport à la puissance de l’économie française. Ce second argument est avancé par les économistes souverainistes de gauche (Emmanuel Todd Jacques Sapir, Frédéric Lordon,…) qui considèrent alors que le maintien de la France dans l’union européenne constitue un handicap majeur pour le développement de son économie.
Pour comprendre cet argument nous allons expliquer en quoi consiste la sur évaluation ou la sous-évaluation d’une économie européenne par rapport à l’euro. Voici le lien pour accéder à l’émission indiquée : https://www.youtube.com/watch?v=Tn6... ** Comment expliquer la sur évaluation ou la sous-évaluation de l’euro par rapport à une économie européenne. On dit que l’euro est surévalué pour la France et sous-évalué pour l’Allemagne. Comment établit-t-on un tel calcul ?
Dans une union monétaire comme la zone euro, il n’existe qu’un seul taux de change nominal (euro/dollar, euro/yen, etc.). Pourtant, on peut dire qu’une monnaie est "surévaluée" pour un pays membre et "sous-évaluée" pour un autre. Cela paraît paradoxal, mais cela s’explique parce qu’on ne compare pas des taux de change nominaux, mais des taux de change réels d’équilibre, qui dépendent des fondamentaux économiques propres à chaque pays. La méthode générale : comparer un taux de change réel effectif à sa valeur d’équilibre 1. Le taux de change effectif réel (TCER)
On calcule d’abord le TCER de chaque pays : c’est une moyenne pondérée des taux de change bilatéraux avec ses partenaires commerciaux, corrigée des écarts de niveaux de prix (ou de coûts salariaux unitaires). Même si la France et l’Allemagne ont le même euro, leur TCER diffère car :
leurs partenaires commerciaux ne sont pas les mêmes (pondérations différentes),
leurs prix et coûts intérieurs évoluent différemment (inflation, salaires, productivité).
2. Le taux de change d’équilibre
On estime ensuite quel devrait être ce taux de change réel pour assurer un équilibre macroéconomique durable. Deux grandes familles de modèles sont utilisées : a) FEER (Fundamental Equilibrium Exchange Rate) : le taux qui permettrait à la fois le plein emploi interne et un solde courant "soutenable" (ni excédent ni déficit excessif compte tenu de la position d’épargne/investissement du pa de mener une ys). BEER (Behavioral Equilibrium Exchange Rate) : une estimation économétrique reliant le taux de change réel à des variables fondamentales (productivité relative, termes de l’échange, position extérieure nette, dépenses publiques, démographie...). b) Approche par le solde courant (utilisée par le FMI dans son exercice External Balance Assessment, ou par la Commission européenne) : on calcule un solde courant "normatif" pour chaque pays à partir de ses fondamentaux (vieillissement, épargne, dette publique, etc.), on compare au solde courant observé, et on convertit l’écart en un écart de taux de change grâce aux élasticités commerciales (prix/volumes des exportations et importations). 3. L’écart = la sur/sous-évaluation
La différence entre le TCER observé et le TCER d’équilibre donne le pourcentage de sur- ou sous-évaluation. Le cas France/Allemagne Concrètement, ce qu’on observe depuis l’introduction de l’euro (2000) : Allemagne : forte modération salariale (réformes Agenda 2010 dans les années 2000), gains de compétitivité, coûts salariaux unitaires progressant moins vite que chez ses partenaires, excédents commerciaux et courants très importants et persistants. Résultat : son taux de change réel effectif est resté "trop bas" par rapport à ce que ses fondamentaux (productivité, épargne élevée) justifieraient une sous-évaluation. France : coûts salariaux unitaires progressant plus vite, pertes de parts de marché à l’export, déficits commerciaux et courants récurrents. Résultat : son taux de change réel effectif apparaît "trop élevé" par rapport à l’équilibre qui rétablirait sa compétitivité et son solde extérieur. Résultat : surévaluation de l’euro. C’est cette logique qu’utilisent des instituts comme le FMI, la Bundesbank, le CEPII, ou Natixis lorsqu’ils publient régulièrement des estimations de "misalignment" par pays de la zone euro — les chiffres varient selon la méthode (souvent entre -10% et +10% pour ces deux pays selon les études et les années), mais le sens (Allemagne sous-évaluée, France surévaluée) est assez robuste sur la période 2000-2015, avant de se réduire² rien c’est pas je peux pas je peux pas l’enregistrement je ne sais pas impossible partiellement depuis. Les indicateurs les plus utilisés en pratique
Écart de coûts salariaux unitaires
Ces indicateurs sont d approximations. Elles sont des approximations davantage que des mesures exactes : contrairement à un pays avec sa propre monnaie, on ne peut pas observer directement le taux de change "qu’aurait" la France ou l’Allemagne hors euro — c’est une estimation contrefactuelle, dépendante des tâches hypothèses du modèle utilisé. Cette perte de compétitivité des entreprises françaises causées ainsi par la sur évaluation de l’euro justifierait une part importante des aides aux entreprises pour rester compétitive et affronter la concurrence internationale. Quelle est la part de cette contribution dans les 145 milliards d’euros figurant officiellement dans le budget ou dans les 211 milliards d’euros d’aide publique aux entreprises selon le rapport sénatorial ? Mystère.
On constate ici le caractère artificiel et technocratique de ce genre de calcul ou la pensée ultralibérale apparaît avec éclat : l’importance accordée à la nécessité d’avoir des coûts salariaux minimaux mais aussi sa contradiction et hypocrisie : on nous parle de « concurrence libre et non faussée » mais l’État doit subventionner des entreprises privées pour qu’elles restent compétitives !
Indiquons que depuis 2022, les taux de pauvreté en France et en Allemagne n’ont cessé d’augmenter , l’Allemagne battant son record de pauvreté en 2023 depuis 30 ans. En 2025, les taux de pauvreté sont de 15,9 % en France est de 16,1 % en Allemagne. Une question qui n’est pas abordée dans l’émission concernant les causes du déficit et de la dette publique est la suivante : l’aide financière à l’Ukraine. Le 23 avril 2026 a été voté une aide de 90 milliards d’euros à l’Ukraine dont 30 milliards pour son fonctionnement économique et 60 milliards concernant l’armement. La France participe à hauteur de 15 à 16 milliards d’euros de cette aide qui est financée par un emprunt de la commission européenne sur les marchés privés obligataires et dont la France est participante avec sa quote-part précédente. Comme la France est en déficit, elle augmente donc sa dette souveraine d’autant. Cela est intégré dans son PSRUE (prélèvement sur les recettes de l’union européenne) qui s’élève à 26,8 milliards d’euros.
Selon le ministère des armées, l’aide militaire à l’Ukraine entre 2022 2025 s’élève à 8,6 milliards d’euros. En augmentant le périmètre des dépenses on obtient environ 12 milliards d’euros. Si l’on intègre des projets de dépenses futures on aboutit à environ 20 milliards d’euros.
Rappelons que, pendant ce temps, des milliers d’hectares sont ravagés par les incendies faute de Canadair, des milliers de personnes meurent dans les urgences et les hôpitaux faute de moyens humains pour leur venir en aide pour ne prendre que deux exemples.
J’indique simplement ici qu’il s’agit d’un choix politique dont je ne discute pas ici de la validité : c’est un autre problème je mets simplement en perspective ce choix dont on ne peut ignorer les conséquences sur les services publics et la dette publique.
Un Canadair coûte entre 35 et 45 millions d’euros selon la génération ; un rafale coûte environ 150 millions d’euros ; un missile Scalpe coûte 850 000 ainsi 5 ou 6 missiles de ce type et le prix d’un Canadair.
Avec les 8,6 milliards d’euros donnés à l’Ukraine en armement depuis 2022, on disposerait d’une flottille de 191 à 246 Canadair ! Donc beaucoup plus qu’il en faudrait pour éteindre n’importe quel incendie se déclenchant sur notre territoire.
Cette somme correspond à la création pour une activité de 40 ans de 7000 postes d’infirmières et 6000 postes d’enseignants du second degré : il s’agit évidemment ici de moyennes et d’un ordre de grandeur.
On constate donc que la dette publique résulte non seulement de choix économiques (néolibéralisme) mais aussi de choix idéologiques (intégration européenne, hostilité à l’égard de la fédération de Russie réduite à la personnalité d’un individu : Poutine. Et enfin aussi du choix du type de gouvernance de l’État : démocratique ou autoritaire voir totalitaire. (Utilisation massive du 49. 3, impossibilité de tout débat réel remettant en cause la doxa dominante). On appréciera la prudence de François qui se garde bien, à juste raison, de préconiser une sortie de l’union européenne sans une étude approfondie et contradictoire préalable. Rappelons que 2/3 des Français sont hostiles à la sortie de l’union européenne même si la même proportion est critique à son égard. ** Hervé de Beaurivage
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