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Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a relayé la condamnation par le capitaine de l’équipe de France des propos racistes d’une sénatrice paraguayenne. Il était pourtant le premier à railler l’attaquant français quand celui-ci appelait à combattre l’extrême droite.
Il y a des soutiens que Kylian Mbappé attend encore, et d’autres dont le capitaine de l’équipe de France de football se serait à l’évidence passé. Après avoir été violemment visé par des propos racistes, à la suite de la qualification contre le Paraguay, sa protestation a été relayée par Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN). Un soutien pour le moins hypocrite, au regard des déclarations récentes de l’eurodéputé et du passif de son parti.
« Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction. Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition. Par votre inconscience et votre racisme décomplexé, le monde entier a déjà oublié le parcours et l’effort historique que vos joueurs ont réalisés durant cette Coupe du monde pour laisser place à une dame incompétente donnant la pire image possible de son pays. Je ne laisserai jamais aux gens comme elle la liberté de laisser propager leur haine et leur racisme à travers le monde », a écrit Kylian Mbappé sur X à propos de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla.
Après la défaite du Paraguay contre la France (0-1) en huitième de finale de la Coupe du monde, l’élue d’opposition avait tenu des propos négrophobes, extrêmement violents, qualifiant le champion français de « Camerounais colonisé, faisant semblant d’être français, rancunier, nouveau riche, arrogant et laid », et d’« idiot qui n’a même pas appris à écrire », avant d’ajouter : « Au lieu du lait maternel, il tétait des noix de coco et la chose la plus instruite qu’il ait jamais entendue, ce sont des chimpanzés. »
Cette logorrhée a été condamnée par le joueur lui-même, fort de sa popularité immense et du pouvoir que lui confère le statut de joueur de très haut niveau, actuellement en tête du classement des meilleurs buteurs de la compétition.
La Fédération française de football (FFF) n’a ensuite eu d’autre choix que d’embrayer derrière le capitaine de l’équipe, dénonçant à son tour des propos « totalement abjects et inacceptables », « délictueux et condamnables ». La fédération aurait-elle pris les devants si le joueur n’avait pas personnellement réagi, comme cela arrive tant de fois ? Il est permis d’en douter. La FFF a cette fois saisi la justice – le parquet de Paris a annoncé mardi 7 juillet l’ouverture d’une enquête.
À deux jours du prochain match de l’équipe de France, les responsables politiques y sont allé·es de leurs communiqués indignés. Le gouvernement paraguayen a « déploré et condamné » les propos de la sénatrice. Emmanuel Macron a fait savoir qu’il « soutient Kylian Mbappé et l’équipe de France face aux attaques racistes dont le capitaine des Bleus a fait l’objet ». Le capitaine a le « plein soutien » de l’ancien premier ministre Gabriel Attal et le « total soutien » de Jean-Luc Mélenchon. Et donc Jordan Bardella a relayé le message de Kylian Mbappé sur le réseau social X.
L’hypocrisie est à son comble. Il y a à peine deux mois, le président du Rassemblement national s’en était pris au capitaine de l’équipe masculine, moquant sa carrière de joueur en club et son départ du Paris Saint-Germain (PSG) vers le Real Madrid.
La faute de l’attaquant français ? Avoir dit au magazine Vanity Fair, avant le Mondial : « Il faut combattre cette idée selon laquelle un footballeur devrait se contenter de jouer et de se taire. […] Nous ne sommes pas déconnectés de ce qui se passe dans notre pays. […] Moi, ça me touche, je sais ce que ça signifie et quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays lorsque des gens comme eux [l’extrême droite – ndlr] arrivent aux commandes. »
Dans le flot des réactions hypocrites pour soutenir Kylian MBappé, Bruno Retailleau n’est pas resté sur la touche. Il a apporté son soutien à la star de l’équipe de France.
« Et moi je sais ce qui arrive lorsque Kylian Mbappé quitte le PSG : le club gagne la Ligue des champions ! (Et peut-être bientôt une deuxième fois.) », avait répondu Jordan Bardella sur X, s’inscrivant dans la longue lignée des mises en cause de l’équipe de France de football par le parti d’extrême droite.
Comme Mediapart l’a détaillé dans un article récent, Jean-Marie Le Pen, deux ans avant la première étoile des Bleus, avait récusé la francité de l’équipe en 1996 : « Je trouve que c’est un peu artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser “équipe de France”. »
Plus récemment, dans les colonnes du quotidien national-catholique Présent, la députée Caroline Parmentier, proche de Marine Le Pen, a publié une ribambelle d’articles racistes, accompagnés de dessins tout aussi problématiques. Le 22 juin 2010, en pleine débâcle du Mondial en Afrique du Sud, la une affiche : « La grande honte des Bleus : voilà ce que c’est de compter sur une équipe de voyous de cité ! ».
En illustration, des personnages noirs à bonnet d’âne moqués par des supporteurs, alors que d’autres, eux aussi noirs, sont caricaturés dansant et souriant à pleines dents. Dans un autre numéro de Présent, elle s’en prenait aux « supporters babouins » dans les stades de football. « Qui peut encore supporter cette équipe ? », interrogeait-elle encore, dénonçant « leur racaille attitude de voyous dorés sur tranche et leur culture de cité ».
Caroline Parmentier, qui a été maintenue à la vice-présidence du groupe RN malgré nos révélations sur ses écrits, s’en prend aussi avec virulence à « la vulgarité et [à] l’arrogance » du joueur Samir Nasri, « à la mentalité de rappeur », qu’elle situe à un « monde » d’écart avec l’attitude du nageur Yannick Agnel, présenté comme « fort comme un lion », « sain » et « respectueux du maillot qu’il porte ». La militante d’extrême droite s’est montrée bien peu inspirée : Yannick Agnel est aujourd’hui renvoyé devant la cour criminelle du Haut-Rhin pour viol et agressions sexuelles sur mineure de moins de 15 ans.
Deux décennies plus tard, le polémiste et ex-candidat à la présidentielle Éric Zemmour prend le relais. En 2018, il s’inquiète : « Imaginez l’équipe du Nigeria avec huit joueurs blancs sur onze. Qu’est-ce que vous diriez ? C’est bizarre ! » En 2022, il regrette encore « qu’il y ait huit ou neuf joueurs d’origine africaine, de couleur noire », dans le collectif de l’équipe de France. Puis, en 2026, il s’en prend désormais à tous les clubs de football français, même amateurs, où « la jeunesse arabo-musulmane chasse les petits Blancs ».
Dans le flot des réactions hypocrites pour soutenir Kylian MBappé, Bruno Retailleau n’est pas resté sur la touche. Invité de la matinale BFMTV/RMC, mardi 7 juillet, l’ancien ministre de l’intérieur a apporté son soutien à la star de l’équipe de France. « Les propos de Celeste Amarilla sont intolérables », a-t-il dit, estimant qu’en « s’en prenant à lui, c’est le modèle républicain que [la sénatrice paraguayenne attaque] ». « On n’est pas français par la couleur de sa peau, ses origines ou sa religion », a aussi cru bon d’ajouter Bruno Retailleau.
Le même qualifiait de « barbares » les supporteurs ayant commis des violences après la victoire du PSG en Ligue des champions en 2025 ou s’opposait au port du voile pendant les compétitions sportives.
Les personnes blanches qui sont en charge d’éradiquer le racisme ne le font pas. Les Blancs […] doivent assumer leur responsabilité pour que cela change.
Lilian Thuram, ancien international français
En réalité, les joueurs racisés le savent depuis longtemps : ils ne peuvent sérieusement compter que sur eux-mêmes. Ces dernières années, ce sont eux qui sont allés en première ligne du combat antiraciste. Ainsi de Kylian Mbappé, déjà, en 2021, après le flot raciste suivant son penalty raté. Ainsi de Vinicius Júnior au Real Madrid, en début d’année, insulté par le joueur argentin du Benfica Lisbonne Gianluca Prestianni (exceptionnellement l’arbitre avait arrêté le match). Ainsi de Dayot Upamecano, accablé des mêmes injures racistes après un mauvais match en Ligue des champions 2026 avec son club du Bayern Munich.
Quand il a vu son collègue de vestiaire Jonathan Tah (allemand et noir) rater lui aussi un pénalty, en seizième de finale contre le Paraguay, le défenseur français l’a soutenu à son tour : « Je sais que Jonathan Tah est très fort. Il est très important pour l’Allemagne et pour le FC Bayern. Je ne comprends pas pourquoi il existe des gens comme ça […] et je n’accepte pas le racisme. »
Pendant ce temps-là, le président de la Fifa Gianni Infantino affiche sa « bromance » avec Donald Trump (au point de faire annuler un carton rouge) ; la Fédération française de football n’a jamais vraiment fait amende honorable pour avoir mis en place des quotas discriminatoires dans ses équipes ; Emmanuel Macron et son gouvernement font depuis des années la courte échelle à l’extrême droite en validant son agenda.
Alors, pour le dire avec l’ancien international français Lilian Thuram, « les personnes blanches qui sont en charge d’éradiquer le racisme ne le font pas. Les Blancs […] doivent assumer leur responsabilité pour que cela change ».
Lénaïg Bredoux et Antton Rouget
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