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Rassurés par les dégâts limités lors des premiers mois de conflit, les investisseurs regardent avec distance la nouvelle phase de la guerre contre l’Iran. Mais les facteurs qui ont permis d’atténuer le choc énergétique du printemps ont disparu.
ienRien ne semble les inquiéter. Ni la reprise du conflit contre l’Iran et les menaces d’escalade porteuses de nouveaux risques énergétiques, ni les signaux montrant un étouffement progressif de l’activité mondiale. Illustrant une fois de plus leur totale déconnexion par rapport à l’économie réelle, les marchés financiers poursuivent leurs folles spéculations autour de l’intelligence artificielle (IA), le seul sujet qui leur importe.
Même les marchés énergétiques semblent à peine concernés. Les cours du Brent ont bien augmenté de 11 % pour s’établir à 86 dollars (75 euros) le baril à l’annonce de la rupture de la trêve entre les États-Unis et l’Iran, mais cette hausse paraît plus relever du réflexe pavlovien que des véritables signes d’angoisse : elle est sans comparaison avec les crises précédentes. En mars, le baril avait dépassé les 110 dollars.
Certains se raccrochent aux discours lénifiants de Donald Trump assurant que le conflit sera de courte durée et que l’Iran pliera rapidement. Ayant appris à se méfier des rodomontades du président américain, beaucoup d’investisseurs préfèrent analyser la situation actuelle à la lumière du conflit du printemps.
Illustration 1Agrandir l’image : Illustration 1 Un puits de pétrole près de la ville de Taft, en Californie, le 10 mars 2026. © Photo Mario Tama / Getty Images via AFP Vous voulez comprendre l’impact de la présidence Trump ?
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Les quatre mois de guerre contre l’Iran, marqués notamment par le blocage du détroit d’Ormuz, n’ont pas été aussi dévastateurs qu’ils le redoutaient – la production pétrolière s’est ralentie, mais il n’y a pas eu de pénurie ; l’inflation a augmenté, mais ne s’est pas emballée ; l’activité a ralenti, mais ne s’est pas effondrée.
« Les chocs pétroliers ne sont plus aussi déstabilisants », relève Nouriel Roubini dans Project Syndicate. Selon l’économiste, pourtant connu pour son pessimisme, les économies occidentales ont appris, au fil des différentes crises de cette nature, à se protéger et ont acquis une résilience qui les préserve des effets délétères passés. Surtout grâce aux promesses de l’IA et aux formidables investissements qu’elle génère, elles ont réussi à éviter un choc d’offre pour le transformer en perspective de croissance et de productivité.
« Les investisseurs ont tiré les mauvais enseignements des quatre premiers mois de guerre contre l’Iran », préviennent plusieurs analystes spécialistes des marchés de l’énergie. Si le choc énergétique tant redouté au début de la guerre contre l’Iran a pu être contenu, cela tient moins, selon elles et eux, à une capacité de résistance et d’adaptation de l’économie mondiale qu’à l’addition conjoncturelle de plusieurs facteurs qui ont contribué à stabiliser les marchés pétroliers et à contenir l’envolée des cours.
Mais aujourd’hui, ces facteurs qui ont soutenu l’économie mondiale ont disparu ou sont en voie d’épuisement. D’autres éléments sont apparus susceptibles d’aviver à tout moment les tensions sur les marchés pétroliers. Et plus le conflit se prolongera, plus leurs conséquences négatives se feront ressentir partout dans le monde.
Menace sur le détroit de Bab Al-Mandab Point central d’achoppement entre l’Iran et les États-Unis, le détroit d’Ormuz, par où transitaient plus de 20 % des approvisionnements mondiaux avant le conflit, se retrouve à nouveau au centre des attaques. Même si, en apparence, le blocus actuel du détroit d’Ormuz ressemble furieusement à celui imposé par l’Iran en mars, les risques d’escalade dans la région pourraient bouleverser un peu plus les marchés pétroliers.
Le régime iranien ne cesse de hausser le ton pour rappeler sa volonté de contrôle sur ce transit stratégique. Joignant les actes à la parole, il a attaqué le 13 juillet deux supertankers assurant la navette entre les terminaux du Golfe et des ports situés à l’extérieur du détroit où ils déchargent leurs cargaisons.
Ces navettes sont devenues ces derniers mois un élément essentiel pour les pays du Golfe : elles leur permettent de sortir leur production en évitant aux pays clients – essentiellement asiatiques – d’emprunter des eaux dangereuses. En juillet, elles avaient sorti 3,5 millions de barils par jour, selon S&P Commodities at Sea.
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Ces attaques surprises ont tari un peu plus le trafic dans le golfe Persique. Trois navires seulement ont emprunté le détroit le 16 juillet, selon les relevés de la société Kpler, qui surveille le trafic maritime. C’est le plus bas niveau de trafic depuis mai.
La dangerosité et l’envolée des primes d’assurance risquent de dissuader encore plus de compagnies à s’aventurer dans le golfe Persique. Des commandants de navires auraient refusé de s’engager dans le détroit en raison des dangers pour leur bateau et leur équipage.
D’autant que le régime iranien menace d’élargir ses frappes au-delà du détroit. Selon des rumeurs insistantes circulant dans les milieux pétroliers, Téhéran serait prêt à donner le feu vert à ses alliés houthis au Yémen – qui viennent de rompre la trêve avec l’Arabie saoudite – pour qu’ils prennent le contrôle d’un autre passage maritime régional, le détroit de Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden bordant le nord de la Somalie et le sud-est du Yémen.
La deuxième voie maritime utilisée par l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe pour écouler leurs productions serait alors fermée. En un mot, une ombre menaçante plane sur un approvisionnement de plus de 7 millions de barils par jour.
Le rôle stabilisateur crucial de la Chine Parmi les facteurs qui ont contribué à contenir l’envolée des prix pétroliers pendant les premiers mois du conflit, le déblocage massif des stocks stratégiques, constitués par les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a été essentiel. Des centaines de millions de barils – les chiffres officiels ne sont pas disponibles – ont été mis sur le marché pendant les quatre premiers mois du conflit afin de répondre à la demande et contenir les prix.
Début juin, les inquiétudes ont commencé à se faire jour sur le niveau des réserves restantes. Donald Trump alimentait lui-même ces craintes. « Nous serons au bout de nos réserves dans quatre semaines s’il n’y a pas d’accord avec l’Iran », avouait-il le 17 juin.
D’autres sources prédisaient que les États-Unis seraient à court de diesel et de kérosène à partir de début juillet. Ces risques de rupture semblent avoir fortement incité le gouvernement états-unien à engager des négociations sous l’égide du Pakistan et à accepter un cessez-le-feu.
Par son seul poids, la Chine risque d’accentuer les déséquilibres, d’autant que les autres pays producteurs sont incapables de compenser l’offre des pays du Golfe.
Durant les quelques semaines de trêve, tous les acteurs se sont empressés d’importer massivement du pétrole et les États ont cherché à reconstituer au plus vite leurs stocks stratégiques. Mais l’accalmie a été de trop courte durée pour permettre de retrouver les niveaux d’avant le conflit. Un peu partout, les réserves sont au plus bas. Elles ne pourront plus avoir le même rôle d’amortisseur sur l’offre pétrolière.
C’est particulièrement vrai pour la Chine. Pékin a eu, tout au long des premiers mois du conflit, un rôle crucial de stabilisation des marchés pétroliers.
Pendant cette période, il s’est effacé du marché. En dehors des contrats conclus avec la Russie et l’Iran, il n’a pas importé un baril de pétrole, a réduit sa consommation, a limité ses exportations de produits raffinés afin de préserver ses ressources pour ses besoins intérieurs. Compte tenu du poids du premier importateur mondial de produits énergétiques, ce retrait a permis de limiter le choc énergétique.
Tout cela a été rendu possible grâce à la politique prévoyante et « long-termiste » de Pékin, non seulement en développant des alternatives énergétiques au pétrole et poussant une électrification accrue de son économie, mais aussi en constituant des réserves massives de pétrole.
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Tout au long de 2025, le gouvernement chinois a acheté des millions de barils de brut, alors au plus bas, pour constituer des stocks. Selon les estimations, Pékin avait des réserves stratégiques représentant plus de six mois de consommation au début du conflit entre l’Iran et les États-Unis.
Dès la signature de la trêve, la Chine a recommencé à importer massivement du pétrole pour reconstituer ses stocks et pour profiter des rabais qui lui étaient offerts par les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, et l’Iran. Mais là encore, le temps a été trop court pour permettre à Pékin de retrouver un niveau qui lui permette de se protéger durablement des tensions géopolitiques et jouer un rôle de stabilisateur comme il l’a fait au printemps.
Si le conflit se prolonge, la Chine sera obligée de revenir à un moment ou à un autre sur les marchés pétroliers pour assurer les besoins de sa consommation intérieure. Par son seul poids, la Chine risque d’accentuer les déséquilibres, d’autant que les autres pays producteurs sont incapables de compenser l’offre des pays du Golfe, si ceux-ci sont empêchés d’écouler leurs productions.
La disparition du diesel russe Pour les marchés pétroliers, un autre front s’est ouvert au-delà du Moyen-Orient au cours des derniers mois : la Russie. Deuxième ou troisième producteur mondial de pétrole selon les années, derrière les États-Unis et l’Arabie saoudite, elle figure depuis des décennies comme un des acteurs les plus fiables et les plus à l’abri des aléas géopolitiques des marchés énergétiques.
Ce n’est plus vrai. L’offensive ukrainienne menée ces derniers mois au cœur du territoire russe est en train de mettre à mal tout son appareil productif énergétique. Les drones ukrainiens ont détruit de multiples raffineries et capacités de stockage russes, d’abord aux frontières puis dans les régions proches de Saint-Pétersbourg et de Moscou.
Mais récemment, les attaques de l’Ukraine ont réussi à atteindre des installations dans la région d’Omsk, à plus de 2 900 kilomètres de leur frontière. Selon les estimations, ces frappes auraient détruit entre un quart et un tiers des capacités de production de diesel au cours des derniers mois.
Jusqu’alors préservée, la population russe voit désormais les retombées matérielles de la guerre dans son quotidien, avec ces pénuries ou ces rationnements d’essence, d’électricité.
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N’ayant plus les capacités nécessaires suffisantes pour traiter ses productions, la Russie vend désormais son pétrole brut sur tous les marchés, notamment en Inde et en Chine, alors que l’Ukraine pourchasse inlassablement avec ses drones la flotte russe en mer Noire. Et Moscou importe pour la première fois des produits raffinés.
Les répercussions de la désorganisation et de la destruction d’une partie de l’appareil productif pétrolier se font sentir bien au-delà de ses frontières. Sur le marché pétrolier, alors que le baril de Brent était redescendu autour de 70 dollars en juin, les cours du diesel et du kérosène restaient bien au-delà des 100 dollars.
Car les tensions d’approvisionnement sur ces produits raffinés – qui sont ceux utilisés par l’industrie, l’agriculture, les transports ou les ménages – ne cessent d’augmenter. Après la raréfaction des produits raffinés en provenance des pays du Golfe, la disparition d’une partie de l’offre russe, jusqu’alors un des principaux pourvoyeurs de produits raffinés dans le monde, exacerbe les déséquilibres entre l’offre et la demande.
Selon des évaluations rapportées par Bloomberg, quelque 10 % des capacités mondiales de raffinage ne sont plus opérationnelles. Cela représente environ 8 millions de barils par jour. Soit autant que la consommation cumulée de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de l’Espagne.
Les possibilités de substitution sont là encore peu nombreuses, notamment en Europe : invoquant leur rentabilité, les groupes pétroliers ont trouvé préférable d’y démanteler leurs capacités de raffinage pour aller s’installer dans des pays à bas coûts et peu regardants sur les normes environnementales ou de s’approvisionner directement sur les marchés.
Tout est en place pour que les acheteurs et les pays se livrent une bataille sans merci pour arracher au prix fort les cargaisons de produits raffinés disponibles. Déjà, certains analystes, à l’instar de JPMorgan, prédisent que le galon de diesel (équivalant à 3,79 litres) va franchir à nouveau la barre des 4 dollars aux États-Unis.
Un niveau politiquement explosif, surtout au moment des élections de mi-mandat américaines, début novembre 2026. Donald Trump le sait et espère une nouvelle fois conclure la guerre contre l’Iran dans les plus brefs délais. Mais le régime iranien le sait aussi. Chaque camp essayant de mettre le temps de son côté.
Martine Orange
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