Morts causées en France par la canicule : le coût du déni climatique et de l’inadaptation

lundi 3 août 2026.
 

Les chiffres de la mortalité liée à la canicule du mois de juin se précisent et confirment la crise sanitaire traversée par la métropole. Plus de 5 000 morts « en excès » ont été comptabilisées à ce stade. Elles présagent d’un été au bilan catastrophique en vies humaines.

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« Faux », « scandaleux », a crié le premier ministre Sébastien Lecornu, le 30 juin à l’Assemblée nationale. Il répondait à la cheffe des Écologistes, Cyrielle Chatelain, qui avançait le nombre de 10 000 morts causées par la chaleur qui a accablé la France au mois de juin. Depuis, les chiffres tombent petit à petit et montrent qu’à terme, on ne sera pas loin du compte, voire au-delà.

Santé publique France vient de communiquer mercredi un bilan de « 5 764 décès toutes causes en excès », sur la période du 17 juin au 2 juillet 2026. Ces données ne sont pas encore tout à fait « consolidées », mais « le calcul est assez fiable », selon le ministère de la santé. Seulement, on sait déjà que ces premières données ne représentent qu’une partie des morts dues à la chaleur en été.

Dans un couloir du service des urgences de l’hôpital universitaire Pellegrin, à Bordeaux, lors d’une vague de chaleur, le 23 juin 2026. © Photo Philippe Lopez / AFP

Si plus de 5 000 décès sont recensés à ce stade, avec l’analyse plus précise des causes des autres décès survenus sur la période, d’autres viendront s’ajouter. Par exemple, à l’été 2025, alors le troisième plus chaud depuis 1900, Santé publique France a comptabilisé 1 000 morts en excès, mais l’agence estime que « plus de 5 700 décès sont attribuables à une exposition de la population à la chaleur ».

Une catastrophe naturelle et inégalitaire

Une chose est sûre, selon Kévin Jean, épidémiologiste à l’École nationale supérieure et spécialiste des liens entre santé, environnement et climat : « Cette canicule de juin a été un événement hors normes, tout le monde s’en est rendu compte. Les chiffres permettent de mesurer son ampleur, et de reconnaître qu’il y a eu des victimes. Si une autre catastrophe naturelle avait causé plus de 5 000 décès, il y aurait une minute de silence ou un deuil national. »

Par ailleurs, puisque les canicules s’enchaînent, elles ont aussi des effets cumulatifs qui « fragilisent les personnes déjà malades, notamment les malades chroniques », explique Kévin Jean.

La hausse des morts est particulièrement forte au domicile (voir graphique ci-dessous), bien plus qu’en établissements de santé. Les Ehpad semblent être parvenus à protéger leurs résident·es. « Au bas mot, 70 % de la mortalité en période de canicule pourrait être imputable à l’exposition à la chaleur dans les logements, estime Basile Chaix, épidémiologiste à l’Inserm, spécialiste des effets de l’environnement sur la santé. Cela explique l’ampleur de la mortalité malgré les efforts de végétalisation dans les villes, l’ouverture de salles rafraîchies, etc. C’est un aspect sur lequel on a le moins de prise, et qui est inégalitaire par tous les bouts : l’isolation ou le caractère traversant du logement, la capacité à s’équiper pour se protéger des rayons du soleil, la présence d’une climatisation… »

La région la plus touchée est l’Île-de-France (+ 81,2 % de décès), devant le Centre-Val de Loire (+ 62,6 %) et les Pays de la Loire (+ 55,2 %). Car Paris et sa banlieue sont un immense îlot de chaleur urbaine, souligne encore Basile Chaix : « Une étude parue dans le Lancet a comparé les effets de la chaleur sur la mortalité dans 854 villes de 30 pays. Paris est la ville où ces effets sont les plus importants. Dans les moments les plus chauds, il fait 8 °C de plus à Paris. »

De 15 ans à 75 ans et plus

Autre fait frappant : il y a eu un excès de morts dans toutes les classes d’âge, dès 15 ans. Il est de + 29,6 % chez les 15-44 ans, et même de + 55,4 % chez les 45-64 ans. Cette hausse est étonnamment moins forte chez les 75 ans et plus (+ 33,3 %). Mais en chiffres bruts, il y a eu 3 719 décès en excès chez les plus de 75 ans, soit deux tiers de ce bilan total provisoire des morts de la canicule de juin.

Pour Kévin Jean, cet épisode a révélé « l’inadaptation à la chaleur des bâtiments, en particulier les hôpitaux et des établissements scolaires. Comme pendant le Covid, des écoles ont fermé, des examens ont été perturbés. On réalise que même les jeunes sont vulnérables ».

Plus largement, l’épidémiologiste juge « indécents » les messages de santé publique diffusés par le gouvernement : « “Hydratez-vous” était à peu près le seul message. Dans la communauté scientifique, on a aussi été scandalisés par les déclarations d’Emmanuel Macron qui a défendu “le gros travail” du gouvernement sur l’adaptation. »

Les personnes isolées à domicile ont été les plus durement frappées. Kévin Jean déplore une communication insuffisante de la part des autorités : « Il aurait fallu faire de l’ingénierie sociale : travailler sur des slogans, des campagnes qui encouragent vraiment à demander des nouvelles de ses voisins. »

Santé publique France dispose de ces compétences en « promotion de santé », pour faire passer les bons messages par les bons canaux aux bonnes personnes. Seulement, l’agence est en cours de démantèlement et le gouvernement veut justement la priver de ses missions de communication. En juin, elle a même été empêchée de déployer sa campagne de prévention aux fortes chaleurs.

Caroline Coq-Chodorge


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