Milei s’en prend à nouveau à Lula et aggrave la crise avec le Brésil

vendredi 14 août 2026.
 

Le président argentin réitère ses accusations sans fondement contre Lula, remet en cause les décisions de la Cour suprême fédérale (STF) et accuse le gouvernement brésilien d’ingérence ; cette offensive intervient après son soutien explicite à la candidature de Flávio Bolsonaro.

Le président argentin, Javier Milei, s’en est à nouveau pris violemment au président Luiz Inácio Lula da Silva (PT), aggravant ainsi une crise diplomatique qui a déjà conduit le gouvernement brésilien à rappeler son ambassadeur à Buenos Aires pour des consultations. Dans une nouvelle interview, Milei a répété que Lula était un « voleur », un « corrompu » et un « repris de justice », a accusé le Brésil d’ingérence politique en Amérique latine et a affirmé, sans présenter de preuves, que le gouvernement brésilien aurait alloué un milliard de dollars à la campagne de Sergio Massa lors des élections argentines de 2023.

Ces nouvelles déclarations ont été faites dimanche 2, alors qu’il s’entretenait avec la chaîne argentine LN+, quelques jours après l’arrivée de Milei à São Paulo pour participer à la convention du Parti libéral (PL) qui a officiellement désigné Flávio Bolsonaro comme candidat à la présidence. Cette visite avait déjà provoqué une réaction sans précédent de la part du ministère brésilien des Affaires étrangères : le ministre Mauro Vieira a convoqué l’ambassadeur argentin au Brésil pour lui demander des explications et a rappelé l’ambassadeur brésilien à Buenos Aires, Julio Bitelli, pour des consultations. Le ministère des Affaires étrangères a qualifié ces attaques d’affront envers le chef de l’État, les institutions brésiliennes et le peuple brésilien. Poursuivant ses insultes, Milei a déclaré :

« C’est un voleur ! C’est un voleur ! C’est un voleur, c’est un corrompu. Il a été condamné (…) Il a été emprisonné. C’est donc aussi un repris de justice. Et il a été libéré à la suite d’une erreur administrative dans la procédure ; pas parce qu’il était innocent. C’est donc un voleur, c’est un corrompu. »

Interrogé sur le caractère agressif de ces déclarations, le président argentin a répondu : « Il est bien moins grave de traiter un voleur de voleur que de commettre l’acte même de voler. »

Cette affirmation déforme le parcours judiciaire de Lula. En 2021, la Cour suprême fédérale a annulé les condamnations prononcées à l’encontre du président dans les affaires « Lava Jato », au motif que la 13e chambre fédérale de Curitiba n’était pas compétente pour les juger. La Cour suprême fédérale a également confirmé la récusation de l’ancien juge Sergio Moro dans l’affaire de l’appartement « triplex », reconnaissant sa partialité dans la conduite de la procédure.

Par conséquent, l’affirmation selon laquelle Lula aurait simplement été « libéré à la suite d’une erreur administrative » est sans fondement. Les condamnations ont été annulées par des décisions de la Cour suprême fédérale et Lula a recouvré ses droits politiques, ce qui lui permet de se présenter à l’élection présidentielle de 2022.

Accusations sans preuves et offensive contre la gauche

Milei a également repris une accusation formulée précédemment par le député Eduardo Bolsonaro : celle selon laquelle Lula aurait placé un milliard de dollars en Argentine pour financer la campagne de Sergio Massa, adversaire de l’actuel président argentin en 2023.

« Eduardo Bolsonaro a raconté que M. Lula avait versé un milliard de dollars en Argentine pour la campagne de Massa afin de m’attaquer. De plus, (Lula) a déployé un groupe de conseillers brésiliens (pendant la campagne). Alors, à ceux qui m’accusent d’ingérence politique, je réponds que s’il y a bien quelqu’un qui s’ingère politiquement dans la région, c’est Lula, qui contamine tous les pays avec les idées immondes du socialisme », a-t-il déclaré.

Milei n’a présenté aucune preuve à l’appui de cette accusation. Cette rhétorique s’inscrit toutefois dans le discours politique que le président argentin tient depuis son arrivée au pouvoir : transformer les gouvernements de gauche, les mouvements sociaux et les institutions publiques en ennemis à combattre.

L’Argentin a également affirmé que les critiques à l’encontre de Lula constituaient un moyen de défendre « les Brésiliens honnêtes » et s’en est pris une nouvelle fois au ministre Alexandre de Moraes, de la Cour suprême fédérale, qu’il a accusé de persécuter ses adversaires politiques et d’agir sous l’influence du président brésilien.

« Je me suis rendu au Brésil et je n’ai pas attaqué les Brésiliens ; j’ai pris leur défense. J’ai parlé de Lula, le corrompu, le condamné, et du juge Alexandre de Moraes, qui a refusé la visite de Bolsonaro. »

Cette déclaration occulte le fait que Milei se trouvait sur le territoire brésilien pour participer à un rassemblement politique destiné à soutenir un candidat à la présidence et pour attaquer le chef de l’État brésilien. Le gouvernement de Lula lui-même a qualifié cet épisode d’inédit dans les relations bilatérales.

Un président étranger en campagne pour Flávio Bolsonaro

L’escalade de Milei ne peut être dissociée de son intervention ouverte dans l’élection brésilienne. Le président argentin s’est rendu à São Paulo pour participer à la convention qui a officiellement désigné Flávio Bolsonaro comme candidat du PL et a déclaré son soutien au fils de Jair Bolsonaro dans la course contre Lula.

La présence d’un chef d’État étranger lors d’un rassemblement politique brésilien est inhabituelle et met en évidence la dimension internationale qu’a prise cette campagne électorale. La presse internationale a souligné le rapprochement de Milei avec l’extrême droite régionale et sa grande affinité politique avec les Bolsonaro et Donald Trump.

Milei et les Bolsonaro ont noué une alliance politique depuis 2023. Le président argentin avait déjà reçu Flávio Bolsonaro à Buenos Aires et, en juin, réaffirmé publiquement son soutien à la candidature du sénateur.

Ce soutien s’inscrit également dans le cadre d’une coordination plus large de l’extrême droite sur le continent. Milei affiche un alignement politique marqué avec Trump et s’efforce de consolider un réseau régional de gouvernements et de dirigeants de droite. Des analystes interrogés par le Guardian décrivent son intervention comme partie intégrante de la mise en place d’une alliance de l’extrême droite latino-américaine.

Ce n’est pas un hasard si Flávio Bolsonaro s’est réjoui de la présence du président argentin et a déclaré que Milei avait dit ce que « beaucoup de Brésiliens voulaient dire ». Le candidat du PL a également affirmé que le président argentin « avait prononcé un discours qui n’attaquait pas le Brésil. Il attaquait le communisme ».

Cette déclaration contribue à révéler la nature essentiellement électorale de cette offensive. En attaquant Lula et en faisant l’éloge de Flávio Bolsonaro, Milei ne se contente pas d’exprimer une divergence entre gouvernements : il s’immisce directement dans la vie politique brésilienne.

La crise diplomatique pourrait s’aggraver

Le premier effet tangible de ces attaques s’est déjà fait sentir. Le 26 juillet, le ministère brésilien des Affaires étrangères (Itamaraty) a convoqué l’ambassadeur argentin au Brésil pour lui faire part de la « répulsion » ressentie par le gouvernement face aux déclarations de Milei. À cette même occasion, Julio Bitelli a été convoqué à Brasília pour des consultations — un geste diplomatique réservé aux situations de grave mécontentement. Le problème est que, alors qu’il semblait y avoir une marge pour un apaisement des tensions et le retour de l’ambassadeur brésilien à Buenos Aires, Milei a de nouveau durci le ton.

Cette insistance risque de prolonger l’absence de dialogue politique entre les deux présidents et d’entraver la coordination bilatérale sur des questions d’intérêt commun. Le Brésil et l’Argentine sont les deux plus grands pays du Mercosul et entretiennent une relation économique et stratégique qui dépasse les divergences idéologiques entre leurs gouvernements.

Une détérioration durable des relations pourrait affecter les négociations commerciales, les projets d’intégration régionale et la capacité même du Mercosul à agir de manière coordonnée. Le Brésil est le principal partenaire commercial de l’Argentine, ce qui rend cette escalade rhétorique particulièrement contradictoire pour un gouvernement qui dépend des relations économiques avec son voisin. Le ministère brésilien des Affaires étrangères a lui-même souligné que le Brésil et l’Argentine entretiennent depuis 203 ans des relations d’amitié et de coopération.

Pour l’instant, Brasilia entend préserver les canaux diplomatiques officiels, tout en durcissant sa réponse chaque fois que Milei dépassera les limites jugées acceptables dans les relations entre États. Le gouvernement brésilien a déjà montré qu’il n’avait pas l’intention de considérer comme de simples divergences idéologiques les attaques personnelles contre le président de la République, le pouvoir judiciaire ou les institutions démocratiques. La « campagne anti-Argentine »

Milei a également réitéré une autre accusation sans fondement : l’existence d’une prétendue campagne internationale contre l’Argentine, financée par le Brésil, le Mexique, le Parti démocrate des États-Unis et le gouvernement espagnol.

« Toute la campagne contre l’Argentine a été orchestrée par le Brésil », a-t-il affirmé. « Avec de l’argent destiné aux “influenceurs”, aux acteurs et à d’autres. C’était le Brésil. Le Brésil en premier lieu. En deuxième lieu, le Mexique. En troisième lieu, les États-Unis, le Parti démocrate. Et l’Espagne de Pedro Sánchez. »

Le motif invoqué par Milei pour étayer cette accusation repose toutefois sur une étude portant sur l’origine des échanges sur les réseaux sociaux concernant l’Argentine. Cette étude ne démontre pas que les gouvernements des pays mentionnés aient financé une campagne coordonnée, ni ne prouve l’existence d’une opération internationale visant à attaquer le gouvernement argentin. Cette accusation a été qualifiée par les médias internationaux de non étayée par des preuves.

Cette stratégie obéit à une logique politique bien connue : face à des difficultés internes, se créer des ennemis extérieurs et leur attribuer la responsabilité des problèmes nationaux. Ce discours permet également à Milei de présenter son combat contre la gauche comme s’inscrivant dans un conflit continental, ce qui conforte sa position en tant que l’une des principales figures de proue de l’extrême droite latino-américaine.

Un conflit qui dépasse Milei et Lula

La crise entre Milei et Lula ne se résume donc pas à une antipathie personnelle entre les deux présidents. Elle s’inscrit dans le contexte des élections brésiliennes de 2026 et de la tentative de l’extrême droite internationale de promouvoir la candidature de Flávio Bolsonaro.

Le président argentin a déjà clairement indiqué de quel côté il se situait. Trump a également manifesté son soutien au camp politique de Flávio, tandis que Milei a transformé sa visite au Brésil en tribune électorale. La presse internationale considère cette convergence comme partie intégrante d’une offensive plus large menée par des dirigeants de droite pour influer sur les affaires politiques brésiliennes.

Dans ce contexte, les attaques personnelles de Milei à l’encontre de Lula remplissent à la fois une fonction idéologique et électorale : elles renforcent son identité politique aux yeux de la droite internationale, alimentent la polarisation régionale et fournissent des arguments au bolsonarisme dans la course à la présidence brésilienne.

Pour le Brésil, cependant, cela a un coût institutionnel. La confrontation entre deux présidents peut être éclipsée par la campagne électorale, mais la détérioration des relations entre les deux plus grands pays du Cône Sud a des conséquences qui dépassent les intérêts de Milei, Lula, Bolsonaro ou de tout autre candidat.

Le défi diplomatique pour Brasilia sera de répondre aux provocations sans laisser les relations bilatérales s’enliser dans la logique de la guerre culturelle de l’extrême droite – tout en préservant les intérêts économiques, l’intégration régionale et la souveraineté brésilienne.

Rédaction de « Esquerda em Movimento »

Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de DeepLpro

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