À New York, Zohran Mamdani bataille pour taxer les plus riches

samedi 29 août 2026.
 

Annoncée en avril, la Pied-à-Terre Tax du maire de New York est son projet phare pour faire contribuer davantage les ménages les plus fortunés. Sans surprise, elle suscite une vive contestation, au point de donner lieu à des contentieux juridiques.

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Zohran Mamdani a réalisé un petit miracle : apprendre aux New-Yorkais·es un nouveau mot français. Mardi 18 août, une trentaine des partisan·es du maire se sont donné rendez-vous devant l’hôtel de ville pour afficher leur soutien à son projet de Pied-à-Terre Tax, un impôt supplémentaire visant les résidences secondaires de luxe.

Dans la moiteur estivale, le petit rassemblement a eu lieu en marge d’une audition du conseil municipal consacrée à sa mise en œuvre. On y trouvait des membres des Socialistes démocrates (DSA), la principale organisation socialiste des États-Unis, à laquelle appartient Zohran Mamdani, mais aussi de l’association d’aide aux migrant·es Make the Road, ainsi que des élu·es progressistes locaux.

Tous et toutes ont insisté sur l’urgence de faire davantage contribuer les plus aisé·es, face à la paupérisation des classes moyennes new-yorkaises et aux coupes du gouvernement Trump dans les programmes d’aide alimentaire, de santé et de logement.

« Les ultrariches gagnent plus d’argent que jamais, mais les inégalités de revenus dans notre ville n’ont jamais été aussi fortes », dénonce un organisateur, flanqué de pancartes « Taxez les riches » et « Investissez dans New York ». « Ils ont du pouvoir. Beaucoup de pouvoir. Mais le mouvement que nous sommes en train de construire est encore plus puissant », veut-il croire.

Annoncée officiellement le 15 avril par Zohran Mamdani et par la gouverneuse, Kathy Hochul, la mesure consiste à appliquer une surtaxe progressive, de 0,8 % à 1,3 %, aux résidences secondaires dont la valeur dépasse 5 millions de dollars et dont les propriétaires ne résident pas principalement à New York. La mairie estime que cette mesure pourrait rapporter environ 500 millions de dollars par an.

Levée de boucliers

Le jour de l’annonce, Zohran Mamdani avait profité d’une conférence à l’université publique Cuny, aux côtés des économistes Joseph Stiglitz et Gabriel Zucman, pour battre en brèche le « mythe » d’une fuite massive des millionnaires et milliardaires soumis·es à des impôts supplémentaires. Il rappelait que de précédentes hausses d’impôts dans l’État de New York n’avaient pas eu d’effet dissuasif significatif.

« Ce que nous constatons, c’est que nous avons plus de millionnaires maintenant !, affirmait-il. Face à toutes les discussions sur l’exode imaginaire des plus riches, nous devons faire face à un exode bien réel dans cette ville, celui des classes populaires. »

Sans surprise, dans une municipalité qui compte 123 milliardaires, la levée de boucliers a été immédiate. Le maire a mis en scène sa mesure dans une vidéo tournée devant un immeuble de Central Park où se trouve le penthouse de 238 millions de dollars que possède Ken Griffin, fondateur du fonds Citadel et résident de Miami. Le milliardaire est devenu, dans la communication de Mamdani, le symbole d’un « système injuste ». L’intéressé a riposté en menaçant de renoncer à un projet de gratte-ciel de grande ampleur à Manhattan.

La mise en œuvre de la surtaxe a elle aussi rapidement suscité la polémique. Le 11 août, un juge de Staten Island, seul arrondissement républicain de New York, a ordonné sa suspension après avoir été saisi par des propriétaires qui contestaient notamment la publication de données concernant plus de 900 000 biens susceptibles d’être concernés. Certain·es ont dénoncé une atteinte à leur vie privée.

C’est le cas de Scott Galloway, professeur très médiatique de la New York University et pourtant soutien de Zohran Mamdani, qui s’est indigné de voir son nom et l’adresse de l’un de ses biens apparaître dans ces données. « Le maire Mamdani prend une source légitime de recettes fiscales et la transforme en une sorte d’“avis de recherche” », a-t-il lancé dans un podcast.

Autre grief avancé dans la plainte : l’envoi de courriers à 17 000 propriétaires que la ville suppose assujetti·es à la surtaxe. Certain·es affirment avoir reçu ces notifications par erreur et doivent fournir des justificatifs pour prouver qu’ils et elles vivent bien dans leur logement. Faute de quoi ils et elles pourraient être soumis·es à la surtaxe.

La décision du juge de Staten Island a depuis été suspendue par une cour d’appel, permettant à la ville de poursuivre le déploiement du dispositif. Mais le contentieux est loin d’être terminé : la municipalité et les propriétaires en colère ont de nouveau rendez-vous au tribunal le 31 août.

500 millions de dollars espérés

Mardi 18 août, le conseil municipal se penchait à son tour sur les conditions de mise en œuvre de la surtaxe. L’administration Mamdani ne s’est pas exprimée, invoquant les poursuites judiciaires en cours. Une absence critiquée par la présidente du conseil, Julie Menin. Mais pour les partisan·es de la taxe rassemblé·es devant l’hôtel de ville, cette audition constitue surtout une tentative politique de discréditer une mesure fiscale controversée.

« Il est légitime d’organiser une audition et de se demander comment améliorer ce dispositif, confie Brian Romero, candidat démocrate à l’Assemblée législative de l’État de New York pour l’ouest du Queens, un arrondissement multiculturel et populaire. Ce que je ne soutiens pas, c’est de chercher à utiliser toutes sortes de manœuvres pour retarder la mise en œuvre de cette taxe, alors que les New-Yorkais souffrent et qu’ils ont tant besoin de ces ressources. »

Dans sa circonscription, il cite les files d’attente qui s’allongent devant les banques alimentaires, l’accès réduit aux soins et la hausse du nombre de personnes sans abri pour illustrer les conséquences de l’envolée du coût de la vie et des coupes fédérales. Il le reconnaît toutefois : les 500 millions de dollars espérés grâce à la Pied-à-Terre Tax ne suffiront pas à résoudre ces « problèmes systémiques ».

D’où la nécessité, selon lui, d’aller plus loin et d’instaurer une taxe sur la fortune des milliardaires ou d’augmenter les impôts sur les grandes entreprises. Problème : le maire de New York n’est pas compétent dans le domaine de la fiscalité. L’État de New York l’est, en revanche. Mais l’idée n’enthousiasme guère Kathy Hochul, démocrate modérée qui cherche à être réélue gouverneuse en novembre.

Alexis Buisson


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