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« Allez hop, un peu de fraîcheur ! » Le 25 juin, dans une mise en scène digne de Javier Milei, le maire RN de Carcassonne (Aude), Christophe Barthès, s’est affiché au balcon de l’hôtel de ville aspergeant au tuyau d’arrosage des manifestants venus protester contre l’expulsion des syndicats de la bourse du travail.
Postée sur les réseaux sociaux, l’indigne vidéo illustre le bras de fer à l’œuvre dans la citadelle du Languedoc. « Christophe Barthès représente parfaitement la réalité du RN et met les syndicats sous pression par pure divergence idéologique. Il n’a aucune limite et veut faire le buzz », constate Sophie Trochet, secrétaire de l’union départementale CGT de l’Aude.
Le maire RN cible en effet les unions locales CGT, CFDT, SUD et FSU après que ces syndicats ont apporté leur soutien à une mobilisation lycéenne et étudiante contre l’extrême droite, le 29 avril. Au point que Christophe Barthès a décidé de les expulser de la bourse du travail. Des locaux qu’occupait la CGT depuis quatre-vingt-neuf ans. Ces quatre syndicats sont désormais rejoints par FO et l’Unsa, qui avaient dénoncé des attaques contre les libertés syndicales.
Au sein des services des municipalités dirigées par le RN, les syndicats s’interrogent. Faut-il appliquer la politique de la chaise vide ? Non, répond Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint de la CFDT. « Face à un maire RN, une section syndicale doit assumer son job de défense des agents qu’elle représente. » Cependant, pour le numéro 2 de la centrale, « sur les autres sujets, la CFDT refuse les contacts avec l’extrême droite. Cela est incompatible avec nos fondamentaux de syndicalistes. Aucune interaction n’est possible avec une force qui prône la préférence nationale et les discriminations ».
Steeve Briois révoque des militants SUD À Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), les syndicalistes qui assument leurs responsabilités se heurtent à une répression brutale. Fabienne Payen et Djelloul Khéris, représentants de SUD collectivités territoriales, ont été exclus de la fonction publique par le maire RN Steeve Briois, dans un arrêté du 16 mai 2026. La première se voit reprocher un « comportement désagréable à l’égard des usagers ». Au second, agent territorial, est imputé un « conflit d’intérêts chronique » en raison de ses engagements syndicaux et associatifs. Djelloul Khéris avait témoigné dans un documentaire sur la lutte autour du théâtre de la ville.
« Ces actions contre le syndicat illustrent un naturel qui revient au galop chez ces élus RN. Car le syndicalisme est universaliste, c’est-à-dire l’antithèse de l’extrême droite. C’est un contre-pouvoir capable d’organiser un rapport de force, donc l’extrême droite cherche à s’en défaire », résume Jean Grosset, de la Fondation Jean-Jaurès, ancien président de l’Observatoire du dialogue social.
Dans le Pas-de-Calais, le RN s’attaque à la mémoire ouvrière Pour preuve, à Saint-Avold (Moselle), la CGT s’est vu interdire la tenue d’une seconde édition de la Fête populaire dans un parc municipal, le maire RN invoquant des raisons de sécurité. Dans les municipalités où elle est aux responsabilités, l’extrême droite tourne le dos à l’histoire du mouvement ouvrier. À Liévin, dans le Pas-de-Calais, le maire RN, Dany Paiva, avait l’intention de supprimer la cérémonie de remise des cahiers de doléances des syndicats aux maires le 1er-Mai, ainsi que la cérémonie d’hommage aux 42 mineurs morts d’un coup de grisou le 27 décembre 1974.
L’édile n’est autre que l’ancien chargé de communication de Steeve Briois, qui, à Hénin-Beaumont, avait supprimé dès 2014 les cérémonies du 1er-Mai. Sous pression, l’élu d’extrême droite a été contraint de maintenir l’hommage aux mineurs. « Les masques tombent. Nous avons la confirmation que l’extrême droite est le pire ennemi des travailleurs », avait alors réagi dans l’Humanité Sophie Binet. Pour la secrétaire générale de la CGT, « oui, les syndicats doivent pouvoir critiquer un parti, un gouvernement, un patron. C’est une de nos libertés constitutionnelles. Le RN confirme qu’il est un adversaire de la démocratie et un allié fidèle du capital ».
Article de Naïm Sakhi
Une tentative d’expulsion similaire est aussi en cours à Tarascon (Bouches-du-Rhône). Alors que les salariés étaient en lutte pour sauver les emplois de Fibre Excellence, le 18 juin, le maire s’est vu interdire l’accès à un rassemblement syndical en raison de son appartenance au RN. « Il faut enlever les étiquettes politiques », se défendait alors Alexandre Ducouret, réfutant toute analogie avec la situation à Carcassonne. Par la suite, ce même élu d’extrême droite a indiqué à la CGT et FO qu’elles avaient jusqu’au 15 septembre pour quitter la maison des syndicats, mise à disposition par la municipalité.
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