Les causes du racisme et les divers moyens de le combattre

lundi 28 septembre 2026.
 

I – Quels sont les ressorts psychologiques et sociologiques du racisme ?

Le racisme repose sur un ensemble de mécanismes qui s’articulent à plusieurs niveaux : individuel, interpersonnel et structurel.

Ressorts psychologiques

La catégorisation sociale. Notre cerveau simplifie le monde en créant des catégories. Cela devient problématique quand ces catégories se transforment en hiérarchies, avec un "eux" perçu comme homogène et souvent menaçant, opposé à un "nous" valorisé.

La théorie de l’identité sociale (Tajfel et Turner) montre que les individus tirent une partie de leur estime de soi de l’appartenance à leur groupe. Dévaloriser un autre groupe peut ainsi renforcer, par contraste, la valeur perçue du sien propre.

Les biais cognitifs.

Plusieurs biais bien documentés jouent un rôle :

Le biais de confirmation, qui pousse à retenir les informations validant les stéréotypes préexistants

L’erreur d’attribution, qui consiste à expliquer le comportement d’un membre d’un groupe stigmatisé par des traits internes ("c’est dans leur nature") plutôt que par le contexte

L’effet d’homogénéité de l’exogroupe, qui fait percevoir les groupes extérieurs comme plus uniformes qu’ils ne le sont réellement

La peur et l’anxiété existentielle.

Des travaux comme la théorie de la gestion de la terreur suggèrent que la peur de la mort ou de l’incertitude pousse à se raccrocher plus fortement à son identité de groupe, en rejetant ce qui la remet en question. Un cas particulier important est celui de la propagande de guerre qui diabolise un adversaire réel ou imaginaire.

Le besoin de justification du système. Certaines personnes adhèrent à des idéologies justifiant les inégalités existantes ("le monde est juste", chacun a la place qu’il mérite), ce qui rend les hiérarchies raciales plus acceptables psychologiquement.

Ressorts sociologiques

La construction sociale des races.

Les catégories raciales ne sont pas des données biologiques stables, mais des constructions historiques et sociales, souvent élaborées pour justifier des rapports de domination (colonisation, esclavage).

Les intérêts matériels et la concurrence pour les ressources. Le racisme sert historiquement à légitimer l’exploitation économique (travail forcé, salaires inégaux, accès différencié à la terre ou à l’emploi) et peut s’intensifier en période de pénurie ou de compétition perçue pour les ressources.

La reproduction institutionnelle.

Le racisme ne se limite pas aux préjugés individuels : il s’inscrit dans des institutions (système judiciaire, logement, éducation, marché du travail) qui reproduisent des inégalités sans que chaque acteur soit personnellement animé d’intentions racistes — c’est ce qu’on appelle le racisme systémique ou institutionnel.

La socialisation et la transmission culturelle. Les stéréotypes se transmettent via la famille, l’école, les médias, le langage, souvent de manière implicite et sans intention délibérée.

Les rapports de pouvoir.

Des auteurs comme Pierre Bourdieu ou, dans un autre registre, les théoriciens du postcolonialisme, insistent sur le rôle du pouvoir : le racisme n’est pas qu’une question d’attitudes individuelles, mais un outil de maintien de hiérarchies sociales, économiques et politiques.

Une interaction des deux niveaux

Ces dimensions se renforcent mutuellement : des structures sociales inégalitaires produisent des stéréotypes qui, intériorisés, justifient psychologiquement ces mêmes structures — un cercle qui explique la persistance du phénomène malgré l’évolution des normes sociales explicites.

II – Comment combattre le racisme ?

Quels sont les moyens dont on dispose pour lutter contre le racisme et quels sont leurs niveaux d’efficacité

La recherche scientifique permet aujourd’hui de distinguer plusieurs familles de moyens de lutte contre le racisme, mais leur efficacité n’est pas équivalente. Surtout, il faut distinguer trois objectifs : empêcher les comportements racistes, diminuer les préjugés, et transformer une idéologie raciste profondément intégrée à l’identité d’une personne. Les méthodes efficaces sur le premier objectif ne le sont pas nécessairement sur le troisième.

1. Le contact réel entre groupes : l’un des moyens les mieux étayés

C’est probablement le résultat le plus solide de la psychologie sociale. Une méta-analyse portant sur 515 études et 713 échantillons a conclu que les contacts entre groupes réduisent généralement les préjugés, et que l’effet se retrouve notamment pour les préjugés ethniques et raciaux.

Le contact est particulièrement intéressant lorsqu’il permet une relation personnelle relativement égalitaire : travailler ensemble, étudier ensemble, pratiquer une activité commune, avoir des relations d’amitié, etc. Les mécanismes semblent passer notamment par la diminution de l’anxiété, l’empathie et la capacité à prendre le point de vue de l’autre, davantage que par la simple accumulation d’informations.

Une méta-analyse consacrée spécifiquement aux interventions réalisées dans le monde réel, et non seulement en laboratoire, a trouvé des effets positifs sur les préjugés ethniques, y compris lorsque l’évaluation était réalisée au moins un mois après l’intervention.

Efficacité : plutôt élevée pour les préjugés modérés ; beaucoup plus incertaine pour une idéologie raciste militante.

2. L’éducation, surtout lorsqu’elle développe l’empathie et la prise de perspective

La simple transmission d’informations — « le racisme est mauvais », cours sur les différentes cultures, statistiques, histoire des discriminations — n’est pas nécessairement très puissante.

En revanche, les programmes qui associent connaissances, prise de perspective, empathie et contact obtiennent de meilleurs résultats. Chez les enfants et adolescents, une méta-analyse de 81 rapports de recherche a trouvé un effet global faible à modéré (d = 0,30), les interventions reposant sur le contact direct et celles développant l’empathie et la prise de perspective étant parmi les plus efficaces.

Une méta-analyse beaucoup plus large portant sur 69 interventions et 24 378 participants a également trouvé un effet global positif (d = 0,51), avec des effets généralement plus importants chez les jeunes que chez les adultes. Les auteurs soulignent cependant une très forte hétérogénéité entre les interventions.

Efficacité : modérée, avec de meilleurs résultats chez les jeunes et lorsque l’éducation est interactive.

3. La confrontation d’un propos raciste

C’est un moyen particulièrement intéressant parce qu’il ne cherche pas à convaincre uniquement par l’argumentation.

Une méta-analyse publiée en 2025, regroupant 91 estimations d’effets, conclut que confronter une personne à ses préjugés peut réduire certains biais, avec un effet moyen de g = 0,54. Mais le résultat varie fortement selon ce que l’on mesure : l’effet est assez net sur l’utilisation ou l’adhésion aux stéréotypes, plus faible sur les comportements et intentions comportementales, et non significatif sur le préjugé cognitif lui-même.

Autrement dit, quelqu’un peut apprendre à ne plus exprimer un préjugé sans nécessairement avoir cessé de le ressentir.

C’est une distinction fondamentale.

Efficacité : assez bonne pour modifier certains comportements et expressions ; beaucoup moins démontrée pour transformer une conviction profonde.

4. Le contact indirect et numérique

Il existe également des possibilités de contact indirect : témoignages, récits, films, échanges numériques, correspondance, etc.

Une méta-analyse de 2024 portant sur 88 échantillons et 9 385 personnes a trouvé un effet statistiquement significatif mais relativement faible du contact intergroupe numérique : g = 0,25. Le contact numérique direct semble plus efficace que les formes simplement indirectes.

Efficacité : faible à modérée.

Cela peut néanmoins être intéressant pour quelqu’un qui n’a pratiquement aucun contact avec le groupe qu’il stigmatise.

5. La sanction juridique et institutionnelle

Ici, il faut changer complètement de niveau d’analyse.

La loi peut interdire la discrimination, les violences racistes, certaines injures ou provocations à la haine. Elle peut donc réduire la possibilité de transformer une conviction raciste en comportement discriminatoire.

Mais la sanction ne signifie pas nécessairement que la personne abandonne son idéologie.

Cette lutte contre le racisme en s’appuyant sur des normes légales n’est pas réservé à la justice ou à la police mais doit être une responsabilité de chaque citoyen et des organisations associatives ou organisations politiques combattant le racisme.

Si des propos racistes figurent sur un réseau social ou site Internet, il faut que, par exemple, l’association fasse une copie d’écran, relève les noms des auteurs du délit, le nom du site et, après avoir consulté un juriste, porte plainte auprès de la justice.

Lorsqu’il s’agit d’élus politiques et que le délit est avéré, l’organisation politique antiraciste doit confectionner et distribuer des tracts auprès de la population qui les a élus les informant du délit raciste ainsi commis.

La simple dénonciation du fait répréhensible sur un site politique alternatif à audience relativement faible n’a pas grande efficacité même si l’information n’est pas inutile. On peut donc distinguer :

Efficacité élevée pour empêcher ou sanctionner certains comportements.

Efficacité beaucoup moins certaine pour transformer les convictions intérieures.

C’est d’ailleurs une distinction essentielle pour comprendre pourquoi une société peut devenir beaucoup moins discriminatoire alors que certaines attitudes racistes persistent dans une partie de la population.

6. Les politiques institutionnelles contre la discrimination

Il existe une autre stratégie : ne pas essayer de changer directement les individus, mais modifier les règles du système.

Par exemple : procédures de recrutement standardisées, anonymisation de certaines étapes, contrôle des discriminations, mécanismes de plainte, égalité d’accès aux services, sanctions contre les discriminations professionnelles, etc.

Cette approche peut être efficace même lorsque les personnes concernées ne changent absolument pas d’opinion.

C’est une différence fondamentale avec la lutte idéologique contre le racisme :

On peut obtenir une diminution de la discrimination sans obtenir une disparition du préjugé.

7. Ce qui paraît beaucoup moins efficace : le simple discours moral

Dire à quelqu’un :

« Le racisme est immoral. »

« Vous devez être tolérant. »

« Vous êtes raciste. »

Peut avoir un effet limité, et peut parfois provoquer une réaction défensive.

La recherche récente sur la confrontation montre justement que celle-ci peut fonctionner, mais que ses effets ne portent pas nécessairement sur les préjugés cognitifs profonds.

Il faut donc éviter une équation simpliste :

Information → compréhension → disparition du racisme.

Les données ne montrent pas une mécanique aussi simple.

8. Lutte contre le racisme identitaire.

Mais il faut introduire une distinction beaucoup plus profonde Si l’on considère que le racisme pourrait participer à la construction de l’identité ou à la stabilisation psychologique d’une personne.

Si cette hypothèse est pertinente pour une personne donnée, les méthodes précédentes ne sont probablement pas équivalentes.

Pour qu’une telle personne puisse abandonner son racisme, il faut qu’elle puisse se reconstruire une identité sociale positive de remplacement lui permettant de se valoriser autrement. Se pose alors la question : qui ou quelle instance va lui permettre ainsi de se reconstruire positivement : la famille ? Un milieu éducatif ? Une association par exemple sportive ? Le milieu scolaire ? Le milieu professionnel ? Un juge ou un psychologue ? Etc.

Mais au-delà des causes psychologiques étudiées ci-dessus, il faut s’interroger sur les facteurs sociaux et économiques qui conduisent un individu à structurer une partie de sa personnalité à partir du racisme

III – Evolution récente des délits racistes en France.

Quelle est l’évolution en France du nombre de délits racistes : agressions verbales, agressions physiques, propos écrits sur des journaux ou des sites Internet, etc. Pour les agressions physiques, quel est le bilan en nombre de blessés graves et en nombre de morts éventuellement.

Les donné. Es françaises permettent désormais de faire une distinction assez nette entre les injures/provocations/diffamations, les menaces, les atteintes physiques, et les faits les plus graves. Il faut toutefois garder une précaution essentielle : les chiffres du ministère de l’Intérieur mesurent les faits enregistrés par la police et la gendarmerie, et non l’ensemble des actes réellement commis. La sous-déclaration est considérable.

Évolution générale

En 2022, les forces de sécurité avaient enregistré 12 600 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux. En 2023, le total est passé à environ 14 900, avec une hausse particulièrement forte des crimes et délits, de 32 %. Le ministère relie notamment cette accélération au dernier trimestre 2023, dans le contexte des fortes tensions liées au conflit au Proche-Orient.

En 2024, les crimes et délits ont encore augmenté de 11 %, pour atteindre environ 9 400, tandis que les contraventions progressaient de 6 %.

En 2025, les crimes et délits ont encore progressé de 5 %, atteignant environ 9 700, mais les contraventions ont diminué de 6 %. Le total reste donc autour de 16 400 infractions.

Il y a donc une évolution intéressante : le nombre total d’infractions enregistrées est relativement stable entre 2024 et 2025, mais les crimes et délits continuent d’augmenter tandis que les contraventions diminuent.

Les injures, provocations et diffamations

C’est de très loin la catégorie dominante.

En 2024, les injures, provocations et diffamations représentaient 58 % des crimes et délits à caractère raciste et la quasi-totalité des contraventions. Si l’on considère l’ensemble des infractions, elles représentaient environ 76 % des faits enregistrés.

En 2025, elles représentent 59 % des crimes et délits et toujours la quasi-totalité des contraventions.

Cela inclut notamment les propos racistes proférés publiquement, certaines injures non publiques, les provocations à la discrimination, à la haine ou à la violence, ainsi que les diffamations.

Pour les journaux, sites Internet et réseaux sociaux, il faut être plus prudent : les statistiques générales du SSMSI ne donnent pas une série simple permettant de dire « X propos racistes ont été publiés sur Internet ». Les infractions sont enregistrées selon leur qualification juridique, et le caractère numérique du support est une autre dimension. Il existe toutefois des données spécifiques de signalement, notamment celles de PHAROS, qui montrent une progression importante des signalements de contenus haineux en ligne.

La CNCDH indique par exemple qu’en 2024 les signalements en ligne à PHAROS ont augmenté de 55 %.

Les menaces

Les menaces constituent une catégorie distincte et plus directement préoccupante puisqu’elles peuvent précéder ou accompagner une violence physique.

Le ministère indique qu’en 2023 la hausse avait été particulièrement forte pour les menaces et chantages à caractère raciste : au quatrième trimestre 2023, leur nombre avait été multiplié par 2,6 par rapport au quatrième trimestre 2022.

Il faut toutefois éviter d’additionner mécaniquement les chiffres des différentes catégories : une même affaire peut comporter plusieurs infractions ou plusieurs qualifications.

Les agressions physiques

En 2025, le nombre d’atteintes physiques à caractère raciste a augmenté de 11 % par rapport à 2024, selon la CNCDH, alors que l’ensemble des crimes et délits racistes n’augmentait que de 5 %.

Autrement dit, la composante violente progresse plus rapidement que l’ensemble des faits racistes enregistrés.

C’est une évolution qu’il faut distinguer de la simple augmentation des injures ou des propos haineux.

Combien de personnes sont victimes ?

En 2024, la police et la gendarmerie ont enregistré environ 9 700 victimes de crimes et délits à caractère raciste.

En 2025, ce chiffre est passé à environ 10 100 victimes.

Mais ce chiffre ne signifie absolument pas que 10 100 personnes ont subi une agression physique : il comprend toutes les victimes de crimes et délits à caractère raciste, notamment les victimes d’injures, menaces, diffamations, discriminations pénalement qualifiées, violences, etc.

Et le nombre de blessés graves ?

C’est malheureusement là que les statistiques publiques sont beaucoup moins satisfaisantes.

Il n’existe pas, dans la publication annuelle du SSMSI sur les infractions racistes, une série nationale donnant directement le nombre de « blessés graves » victimes de violences racistes.

On peut connaître le nombre d’atteintes physiques racistes et leur évolution, mais le ministère ne publie pas sous cette forme un tableau du type :

« Violences racistes : 1 000 victimes ; blessés graves : 150 ; hospitalisations : 40 ».

Il faut donc éviter de fabriquer un chiffre à partir des statistiques générales de violences.

Et les morts ?

Même problème, avec une difficulté supplémentaire : il n’existe pas de série statistique officielle annuelle permettant actuellement de dire simplement : « X personnes ont été tuées en France en raison de leur origine ou de leur appartenance ethnique au cours de l’année ».

Les statistiques générales du SSMSI donnent les homicides, mais ne permettent pas d’isoler automatiquement la motivation raciste de chaque homicide.

Par exemple, en 2024, il y a eu 976 victimes d’homicide toutes motivations confondues en France, mais ce chiffre ne permet évidemment pas d’en déduire le nombre d’homicides racistes.

Le problème majeur : les chiffres enregistrés sont très inférieurs aux faits réels

C’est probablement le point le plus important pour interpréter correctement l’évolution.

L’enquête de victimation VRS du ministère estime qu’en 2023, plus de 1,7 million de personnes de 18 ans ou plus vivant en France métropolitaine, Martinique, Guadeloupe ou La Réunion déclaraient avoir subi au moins une atteinte à caractère raciste.

Or seulement 3,5 % des personnes victimes de ces atteintes déclaraient avoir porté plainte.

Cela crée un écart énorme entre :

Les faits réellement subis → les faits déclarés par les victimes → les faits faisant l’objet d’une plainte → les faits enregistrés par la police/gendarmerie → les affaires poursuivies → les condamnations.

Il ne faut donc surtout pas interpréter les quelque 9 700 crimes et délits enregistrés en 2025 comme « 9 700 actes racistes commis en France ».

Une autre estimation donne une idée de l’ampleur des violences

La CNCDH exploite également les enquêtes de victimation. Pour la période 2013-2018, elle estimait en moyenne à environ 35 000 personnes par an le nombre de personnes de 14 ans ou plus victimes de violences à caractère raciste. Pour les menaces, l’estimation était d’environ 110 000 victimes par an, et pour les injures racistes environ 640 000 par an.

Ces chiffres sont anciens et ne doivent donc pas être présentés comme une estimation de 2025. Ils sont néanmoins extrêmement utiles pour comprendre l’ordre de grandeur de la sous-déclaration.

Ce que l’on peut donc retenir

La période récente se caractérise par une hausse très importante des faits racistes enregistrés, particulièrement depuis 2023.

La progression est passée de 6 600 crimes et délits en 2022 à environ 9 700 en 2025, soit une augmentation de l’ordre de 47 % en trois ans.

La majorité des faits reste constituée par les injures, provocations et diffamations.

Mais les atteintes physiques connaissent également une progression, et même une progression de 11 % en 2025 selon la CNCDH.

Remarque : le nombre de policiers en 2024 ayant été frappé par une sanction administrative s’élève à 2096. Les statistiques officielles ne permettent pas d’avoir le nombre de condamnations judiciaires de policiers pour délits racistes en 2024 ou n’importe quelle autre année. Ces 2096 sanctions ne sont pas tous reliés au racisme, on compte 142 signalements de comportements racistes de policiers selon l’IgPn en 2024.

Le nombre de victimes enregistrées est passé d’environ 9 700 en 2024 à 10 100 en 2025.

IV – la législation française et européenne antiraciste.

Quelles sont les principales lois antiracistes dans la législation française.

Voici les principaux textes qui constituent aujourd’hui l’ossature de la législation française contre le racisme et les discriminations raciales, on peut les présenter chronologiquement. On laisse de côté les textes qui concernent uniquement d’autres formes de discrimination.

Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse — injure, diffamation et provocation racistes

Elle constitue le socle du droit concernant les propos publics. Elle réprime notamment la provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence à raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion, ainsi que la diffamation et l’injure à caractère raciste. Ses dispositions ont été profondément renforcées par la loi de 1972 puis par la loi de 1990.

Loi n° 72-546 du 1er juillet 1972 — « loi Pleven », relative à la lutte contre le racisme

C’est le grand texte fondateur de la législation antiraciste française moderne. Elle introduit dans le droit de la presse les infractions spécifiques d’injure et de diffamation racistes et la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale. Elle permet également de poursuivre certaines discriminations raciales dans l’accès à l’emploi, aux biens et aux services.

Loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 — « loi Gayssot », tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe

Elle renforce considérablement le dispositif de 1972. Elle affirme notamment que toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une « race » ou une religion est interdite. Elle renforce également les sanctions prévues par le Code pénal et la loi de 1881. Elle introduit surtout l’article 24 bis de la loi sur la presse, qui réprime la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité définis par le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg.

Loi n° 2001-1066 du 16 novembre 2001 — relative à la lutte contre les discriminations

Elle élargit fortement la lutte contre les discriminations, notamment dans le domaine professionnel. Elle renforce l’interdiction des discriminations à l’embauche, dans la rémunération, la formation, la promotion, les mutations et les licenciements lorsqu’elles sont liées notamment à l’origine, à l’appartenance ou à la non-appartenance à une ethnie ou une nation. Elle met également en place un dispositif de signalement des discriminations raciales.

Loi n° 2004-1486 du 30 décembre 2004 — création de la HALDE

Cette loi crée la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Elle donne à cette autorité une mission générale de lutte contre les discriminations, notamment celles fondées sur l’origine ethnique ou raciale. La HALDE sera ensuite intégrée au Défenseur des droits en 2011. La loi transpose également une directive européenne consacrée à l’égalité de traitement indépendamment de l’origine ethnique ou raciale.

Loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 — adaptation au droit européen dans le domaine de la lutte contre les discriminations

Elle apporte une définition beaucoup plus précise de la discrimination directe et de la discrimination indirecte. Une discrimination peut donc résulter non seulement d’un traitement explicitement différent en raison de l’origine, mais également d’une règle apparemment neutre qui désavantage particulièrement certaines personnes. Le texte concerne notamment l’emploi, la formation, les conditions de travail, l’éducation, la protection sociale, la santé et l’accès aux biens et services.

Loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 — modernisation de la justice du XXIe siècle

Elle ne porte pas exclusivement sur le racisme, mais constitue une évolution importante du dispositif anti discrimination : elle permet notamment, sous certaines conditions, l’action de groupe en matière de discrimination, notamment dans les relations de travail.

Le Code pénal — articles 225-1 et 225-2

Ce n’est pas une loi antiraciste unique, mais c’est aujourd’hui l’un des principaux instruments juridiques contre les discriminations raciales.

L’article 225-1 définit notamment comme discrimination une distinction fondée sur l’origine ou l’appartenance ou non-appartenance, réelle ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée.

L’article 225-2 fixe les principales sanctions pénales applicables à certaines discriminations.

En résumé

On peut donc retenir une construction en plusieurs étapes :

1881 → répression des propos publics par le droit de la presse

1972 → véritable législation antiraciste moderne : injure, diffamation, provocation et discriminations

1990 → renforcement pénal et répression du négationnisme

2001 → extension importante au monde du travail et aux discriminations

2004 → création de la HALDE

2008 → définition précise des discriminations directes et indirectes

2016 → possibilité d’actions de groupe contre certaines discriminations

Aujourd’hui → ensemble constitué notamment par la loi de 1881, le Code pénal, le Code du travail et les textes anti discrimination.

Remarque importante : ces textes ne concernent pas tous la même chose : certains répriment les propos racistes, d’autres les discriminations, d’autres encore les violences ou infractions commises avec un mobile raciste. Il faut donc éviter de mettre toutes ces catégories dans une même statistique.

La législation antiraciste européenne.

Quelle est la loi de base de l’union européenne pour la lutte contre le racisme

Si l’on cherche le texte de base de l’Union européenne spécifiquement consacré à la lutte contre le racisme et les discriminations raciales, il s’agit de la :

Directive 2000/43/CE du Conseil du 29 juin 2000

Titre : « Directive 2000/43/CE relative à la mise en œuvre du principe de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de race ou d’origine ethnique ».

C’est le texte central de l’Union européenne en matière de lutte contre les discriminations raciales ou ethniques. Il établit un cadre commun que les États membres doivent intégrer dans leur droit national.

Elle interdit notamment :

La discrimination directe : traiter une personne moins favorablement en raison de sa race ou de son origine ethnique.

La discrimination indirecte : une règle apparemment neutre qui désavantage particulièrement des personnes en raison de leur origine ethnique, sauf justification objective et proportionnée.

Le harcèlement à caractère racial ou ethnique, lorsqu’un comportement porte atteinte à la dignité d’une personne et crée un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant.

Elle couvre notamment l’emploi, la formation professionnelle, la protection sociale, les avantages sociaux, l’éducation et l’accès aux biens et services, y compris le logement.

Mais il existe un texte encore plus fondamental

La base juridique permettant à l’Union européenne d’agir contre le racisme se trouve aujourd’hui dans l’article 19 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE). Celui-ci autorise l’Union à prendre des mesures pour combattre les discriminations fondées notamment sur la race ou l’origine ethnique.

Et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne pose directement le principe de non-discrimination.

On peut donc retenir cette hiérarchie :

Article 19 TFUE → base juridique générale de l’action européenne contre les discriminations.

Article 21 de la Charte des droits fondamentaux → principe fondamental de non-discrimination.

Directive 2000/43/CE → principal texte européen concrétisant la lutte contre les discriminations fondées sur la race ou l’origine ethnique.

À noter que la directive 2000/43/CE est toujours en vigueur et a fait l’objet d’une modification en 2024 ; sa version consolidée actuelle est disponible sur EUR-Lex.

A la racine du racisme : la peur du métissage biologique ou culturel.

Pierre-André Taguieff développe cela dans La Force du préjugé (1987). Malgré ses opinions politiques sionistes et conservatrices, cette thèse mérite d’être intégrée ici.

La peur du métissage selon Taguieff

Pour Taguieff, la hantise du métissage — biologique ou culturel — constitue un ressort psychologique profond du racisme, distinct de la simple hiérarchisation ou du mépris de l’autre. C’est une peur de la dissolution : dissolution de l’identité, de la pureté, de la différence elle-même.

Cette peur se décline sur deux registres :

Le métissage biologique. C’est l’angoisse classique du "mélange des sangs", très présente dans les idéologies racistes du XIXe et du XXe siècle (le fantasme de la "dégénérescence" par croisement des races). L’autre n’est pas seulement inférieur, il est contaminant : le contact, l’union, la reproduction menacent l’intégrité du groupe.

Le métissage culturel. C’est ici que Taguieff apporte quelque chose de plus original et de plus contemporain : la peur ne porte plus nécessairement sur le sang, mais sur la dilution culturelle, la perte d’une identité, d’une tradition, d’une manière de vivre censée être pure et menacée par l’assimilation, le mélange, l’hybridation.

Pourquoi c’est un point clé de sa typologie

Cette peur du métissage est centrale dans la distinction que fait Taguieff entre :

Le racisme universaliste/inégalitaire (l’autre est inférieur mais assimilable, on peut le "civiliser" ou l’élever)

Le racisme différentialiste (l’autre est radicalement différent, et cette différence doit être préservée à tout prix — le métissage devient alors la menace suprême, car il efface la différence elle-même)

C’est ce second registre qui intéresse particulièrement Taguieff dans les discours de la Nouvelle Droite ou de certains courants "différentialistes" qui, tout en récusant explicitement la hiérarchie raciale classique, sacralisent la "diversité des cultures" au point de rejeter tout mélange comme une perte, un appauvrissement, voire une agression identitaire. Le paradoxe qu’il pointe, c’est qu’un discours qui se présente comme respectueux des différences peut ainsi glisser vers une forme de racisme feutré, fondé sur l’horreur du métissage plutôt que sur la hiérarchie explicite.

Comment cela s’articule avec le reste

Cette peur du métissage rejoint et éclaire plusieurs éléments mentionnés ci-dessus. Relle est un cas particulier de l’angoisse existentielle face à la dissolution identitaire

Elle explique pourquoi le racisme peut survivre à l’abandon officiel des théories biologiques de hiérarchie raciale, en se recyclant dans un discours de "préservation des identités"

Elle donne une clé de lecture pour comprendre certains discours contemporains sur l’immigration ou le "grand remplacement", qui mobilisent explicitement cette peur de la dilution plutôt qu’un discours de supériorité raciale classique

La conception ethnoculturelle de l’identité nationale ou de la nation favorise ce type de racisme : la culture véhiculée par les immigrés pourrait diminuer notre « culture française » ou la « faire dégénérer »

En revanche, la conception civique de la nation ou de l’identité nationale fait barrage à ce genre de racisme.

V – les associations antiracistes en France.

Voici les cinq associations anti-racistes Française : Nom, siège social, nom du responsable, date de création et financement

Pour les financements, on distingue les chiffres publiés des informations qui ne sont pas suffisamment détaillées publiquement.

1) LDH — Ligue des droits de l’Homme

La LDH n’est pas exclusivement une association antiraciste : elle intervient plus largement sur les droits humains, les libertés publiques, les discriminations et le racisme. Elle constitue néanmoins l’une des principales organisations françaises dans ce domaine.

Siège : 138, rue Marcadet, 75018 Paris. La LDH y a son siège national depuis 1990.

Responsable : Nathalie Tehio, présidente depuis le congrès de Bordeaux de mai 2024.

Création : 1898.

Salariés : 19 équivalents temps plein en 2024.

Budget 2024 : 2 647 823 € de produits.

Cotisations : 1 000 194 €.

Dons et legs : 413 676 €.

Subventions publiques : 719 318 €.

Ventes, prestations et aides privées : 242 901 €.

Autres produits : 62 437 €.

La LDH indique donc que les cotisations représentent à elles seules environ 1 million d’euros, tandis que les subventions publiques représentent environ 719 000 €.

2) LICRA — Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme

Siège : 42, rue du Louvre, 75001 Paris.

Responsable : Mario Stasi, président depuis 2017.

Création : 1927, à l’initiative de Bernard Lecache.

Salariés : 15 équivalents temps plein au siège à la fin de 2024.

Budget 2024 : 2 828 140 € de produits (interventions – conférences, publications, etc.)

Cotisations des adhérents : 87 202 €.

Subventions publiques et privées : 1 168 900 €. Parmi les financements publics figurent notamment 520 000 € de la DILCRAH et 110 000 € du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur.

Dons, mécénat et autres produits : 976 308 €, dont 191 160 € de financement participatif.

Ventes/prestations : la LICRA développe notamment des formations payantes destinées aux entreprises et institutions, mais le rapport financier ne donne pas dans le passage considéré un montant isolé pour ces prestations.

Particularité : le rapport évalue également le bénévolat à plus de 6,19 millions d’euros, mais il ne s’agit évidemment pas de recettes financières.

3) SOS Racisme

Siège : 51, avenue de Flandre, 75019 Paris.

Responsable : Dominique Sopo, président. Cette fonction est également confirmée par des publications récentes de 2026.

Création : 1984.

Salariés : chiffre national récent non trouvé dans les sources publiques consultées permettant de le vérifier suffisamment précisément.

Financement : l’association nationale ne publie pas, dans les sources facilement accessibles que j’ai trouvées, une ventilation récente aussi détaillée que celle de la LICRA ou de la LDH.

Cotisations, subventions publiques, subventions privées, dons, ventes/prestations : ces catégories existent dans le financement associatif de SOS Racisme, mais il est préférable ne pas donner de montants sans comptes annuels vérifiables.

4) MRAP — Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples

Siège : 43, boulevard de Magenta, 75010 Paris.

Responsable : François Sauterey est actuellement le représentant légal indiqué par le MRAP.

Création : 1949, par d’anciens résistants et déportés. L’organisation s’appelait initialement « Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et pour la Paix ».

Salariés : chiffre national récent non suffisamment documenté dans les sources consultées.

Financement : le MRAP reçoit notamment des cotisations, des dons et des subventions publiques.

En 2025 (comme en 2024) le MRAP à reçut 45000 euros de subvention publique.

En 2025 on peut donner comme exemple le mrap Paris qui a reçut 9000 euros de financement public.

Ventes/produits : le MRAP commercialise notamment des publications, livres et outils pédagogiques, mais le montant annuel correspondant n’est pas clairement isolé dans les sources consultées.

5) CRAN — Conseil représentatif des associations noires de France

Siège/direction : 11, rue du Général-Renault, 75011 Paris.

Responsable : Nassurdine Haidari, président depuis 2021.

Création : 2005.

Salariés : chiffre récent fiable non trouvé.

Financement :Pas d’informations sur le montant des cotisations et les ventes de produits. Subventions de 12000 euros en 2024 et 10000 euros en 2025.

Activité : le CRAN est une fédération regroupant des associations et personnalités engagées notamment contre le racisme et les discriminations.

Hervé Debonrivage


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