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La présidente de la région Île-de-France dénonce toute alliance avec l’extrême droite. Pourtant, le conseil régional a versé près de 900 000 euros à des associations soutenues par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin entre 2019 et 2026. Un subventionnement massif, malgré les alertes de la gauche.
À quoi joue Valérie Pécresse ? En décembre 2026, l’ancienne candidate à la présidentielle publie un texte offensif dans la Tribune Dimanche pour dissuader sa famille politique de céder à la tentation d’une union avec l’extrême droite.
« La droite n’est pas à vendre ! Elle n’existe pas pour servir de marchepied à d’autres », clame-t-elle. Une réponse à peine voilée à Nicolas Sarkozy qui, dans son livre le Journal d’un prisonnier, estime que « le chemin de reconstruction » de la droite « ne pourra passer que par l’esprit de rassemblement le plus large possible, sans exclusive et sans anathème ».
Voilà pour le côté pile. Mais, côté face, l’Humanité a épluché des dizaines de rapports sur les subventions de la région Île-de-France entre 2019 et 2026 : la majorité de la présidente y finance des structures très proches de la galaxie du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Le montant laisse pantois : près de 900 000 euros d’argent public, selon notre décompte.
Un financement massif malgré les alertes de l’opposition de gauche au sein du conseil régional d’Île-de-France. Le 9 juillet 2025, interpellée par la communiste Céline Malaisé, présidente du groupe de la Gauche communiste, écologiste et citoyenne, Florence Portelli, vice-présidente du conseil régional, en charge de la culture, répond : « Aucune structure appartenant à la galaxie Périclès n’est financée par la région. »
Vraiment ? Les rapports consacrés aux subventions régionales racontent une tout autre réalité. Notre journal a identifié une dizaine de structures – associatives, cercles de réflexion ou sociétés – qui reçoivent les deniers de Pierre-Édouard Stérin.
Soit via Périclès, dont l’objectif, révélé par l’Humanité en juillet 2024, est de promouvoir des « valeurs clés » de l’extrême droite, mais aussi via la Nuit du bien commun et le Fonds du bien commun. Des organisations caritatives intégrées à la toile tissée par le milliardaire exilé en Belgique pour servir son projet réactionnaire.
Parmi ces structures qui bénéficient de ces financements croisés, se trouvent des associations telles que Marraine & vous, Familya, le Réseau des parents, Marthe et Marie, Laissez-les servir, Défense des serviteurs de la République, Solidarité Défense.
Il y a également le Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme (Cerif), fondé en novembre 2024 par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, ou encore la société SDME, dirigée par Sophie de Menthon. Si ces associations revendiquent leur apolitisme, la plupart, par leurs liens avec les milieux catholiques traditionalistes, suscitent des interrogations.
L’association Familya, dont la mission est de « prévenir les ruptures conjugales pour protéger les enfants », est née à Lyon en 2013 à l’initiative de Thierry et Frédérique Veyron la Croix. Le premier revendique d’être passé par l’Opus Dei et le Chemin neuf, deux mouvements chrétiens conservateurs suspectés de dérives sectaires.
En 2021, dans son rapport d’activité 2018-2020, la Miviludes (Mission de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) note que « la communauté du Chemin neuf continue de susciter des interrogations » et précise qu’elle a fait l’objet de « 15 saisines sur les trois dernières années ». Une enquête de Mediacités a mis au jour les liens étroits entre l’association et les milieux anti-IVG ou catholiques traditionalistes.
De quoi convaincre sans doute Pierre-Édouard Stérin de la soutenir, lui qui expliquait vouloir pousser les Français à « avoir plus de bébés de souche européenne (…), se marier tôt et faire beaucoup d’enfants ». Selon nos informations, entre 2022 et 2024, le milliardaire a fait ruisseler 680 000 euros vers les caisses de l’association.
De son côté, la région Île-de-France n’a pas été en reste. Lors de la commission permanente du 7 juillet 2022, elle lui alloue 400 000 euros dans le cadre du soutien aux « actions d’innovation sociale », afin de participer « aux travaux de rénovation de la Maison Familya », dans le 7e arrondissement de Paris.
Le Réseau des parents peut lui aussi compter sur le soutien sans faille de Valérie Pécresse. L’Humanité a identifié cinq subventions, entre septembre 2020 et juin 2025, pour 74 000 euros au total. Pierre-Édouard Stérin a également mis la main à la poche, comme l’a reconnu elle-même l’association en juillet 2025 : « Le Réseau des parents a reçu pour un an, d’avril 2024 à avril 2025, le soutien ponctuel du Fonds du bien commun, sans aucune contrepartie de transmission d’une idéologie. »
Un coup de pouce du « parrain » de l’extrême droite de 45 000 euros. Un soutien purement désintéressé ? Selon la journaliste Aude Lorriaux, spécialiste des discriminations et du féminisme, l’association « véhicule une version très hiérarchisée des sexes, en plus de militer discrètement contre l’avortement, sous une forme très insidieuse », écrivait-elle en juillet 2025 dans 20 Minutes. De quoi faire écho aux marottes de Stérin.
Dans un autre registre, l’association Laissez-les servir, fondée par un ancien militaire, propose d’accompagner des « jeunes » en leur appliquant deux concepts détonants : la « contrainte émancipatrice » et l’« autonomie encadrée », dixit son président Nourouddine Abdoulhoussen. Soit des colonies de vacances en treillis militaire, avec levée de drapeau à l’aurore et parcours du combattant.
Lauréate de la Nuit du bien commun, initiée par Stérin, l’association a reçu deux subventions régionales de 45 000 euros en 2020 et 2024. Malgré les alertes des élus de gauche, la majorité régionale a longtemps défendu contre vents et marées l’association. Jusqu’au 11 juillet 2025 en tout cas.
Ce jour-là, l’État a interrompu en urgence l’une des colonies dans les Yvelines, pour soupçons de violences des encadrants sur des adolescents. L’enquête est en cours. Des éléments assez graves pour pousser la région à suspendre son aide financière.
En revanche, comme nous le révélions déjà en janvier, la majorité LR, avec le soutien du RN, s’est montrée moins gênée pour accorder 15 000 euros au Cerif, dirigé par Florence Bergeaud-Blackler et lancé avec des fonds de Périclès…
Plus étonnant encore, Valérie Pécresse a mis à contribution les finances régionales à hauteur de 25 000 euros pour soutenir l’édition 2018 de la Nuit du bien commun, quand le milliardaire dirigeait encore l’événement. Autant d’éléments qui dessinent un tableau en clair-obscur du compagnonnage, au moins financier, entre la présidente de région et le « saint patron » des réacs. Pécresse se targue de soutenir « des actions d’intérêt général »
Ce que dément la principale intéressée, qui rappelle à l’Humanité qu’elle est « totalement opposée au projet politique de monsieur Stérin, qui prône l’alliance de la droite et de l’extrême droite ». Elle assure avoir elle-même subi des « campagnes de dénigrement et de mensonges initiées par la galaxie Stérin ».
Quant aux différentes subventions révélées par notre journal, Valérie Pécresse, sans réfuter leur existence, n’y voit rien à redire : « La région Île-de-France ne finance ni une appartenance religieuse ni une ligne politique : elle soutient des actions d’intérêt général. » La présidente plaide aussi, dans certains cas, la méconnaissance du soutien de Pierre-Édouard Stérin à certaines associations, comme pour Familya, dont « le plan de financement présenté en 2022 mentionnait des dons privés, sans en nommer les auteurs ». Concernant le soutien à l’édition 2018 de l’événement caritatif de Stérin, la région déclare : « Nous n’avions pas connaissance à l’époque de la nature politique de ce projet porté par l’association. Ce financement n’a pas été renouvelé. » Une ignorance coupable, diront certains…
Valérie Pécresse l’assure : il n’y a jamais eu « aucun soutien sans faille » de la région vis-à-vis de l’association Laissez-les servir. De quoi faire tousser les élus de gauche présents le 20 mars 2025 lors de l’audition du président de la structure, quelques mois avant que l’État n’intervienne en urgence pour des soupçons de violence. « Ils ne sont pas martyrisés », fanfaronne-t-il en faisant défiler des photos d’adolescents en uniforme. Quand vient leur tour de parole, plusieurs élus s’inquiètent de l’« état d’esprit » de ce président, de ses « propos antirépublicains » et de la méthode défendue « à rebours de tous les principes éducatifs ». Si l’élue LR qui préside la commission concède quelques « maladresses », elle sonne pourtant le rappel des troupes : « Je nous trouve collectivement assez sévères avec cette association. » Sans doute pas assez. De façon encore plus acrobatique, Valérie Pécresse défend aussi une séparation stricte entre le financement de structures liées aux réseaux pro-vie et les messages qu’elles véhiculent : « Ce vote ne constitue en rien le financement d’une campagne contre l’IVG. » Enfin jusqu’à un certain point… Au sujet du Réseau des parents, elle assure avoir ainsi « stoppé les financements suite aux signalements » depuis cette année.
Pour Céline Malaisé (conseillère régionale communiste), qui a fait de la dénonciation de ce soutien à la galaxie Stérin un cheval de bataille, ces subventions servent avant tout « à donner des gages » : « Elle sait que la droite francilienne se fait grignoter par l’extrême droite. À chaque fois que nous alertons sur le financement de ces associations, on constate un front commun de l’exécutif avec le RN. » Manière pour Valérie Pécresse de se persuader de mener la valse avec l’extrême droite, au risque de se faire marcher sur les pieds.
Bruno Rieth
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