![]() |
3) Die Linke largement en tête
2) Élections en Allemagne : Elif Eralp se présente comme l’antidote de l’AfD
1) L’élection régionale de Berlin
À l’issue de scrutins marqués par une participation en forte hausse, les électeurs de Berlin (3,7 millions d’habitants), plus nombreux que ceux de Saxe-Anhalt ont placé largement en tête le parti de gauche radicale Die Linke (plus de 25% des voix d’après les premières estimations).
Pour la première fois dans l’histoire de la capitale allemande, la gauche radicale arrive nettement en tête et se retrouve en position de pouvoir gouverner. Die Linke a récolté plus de 25 % des voix ; elle double son score par rapport aux dernières élections régionales qui, à Berlin, s’étaient tenues en 2023, et devrait avoir une quarantaine de représentant·es sur les 150 que compte le parlement de la ville-état.
Si la CDU n’est pas dans le même état que dans le Mecklembourg, avec près de 20 % des suffrages, elle enregistre cependant là aussi une cuisante défaite : un recul de plus de 8 points. L’AfD progresse également, mais de façon plus contenue (environ 15 %, + 6 points). Le SPD et Die Grünen (les Verts) enregistrent également des reculs, avec respectivement 12 % et 15 % des voix, soit pour chacun une fourchette tournant autour d’une vingtaine de sièges dans le futur parlement.
Une coalition rouge-rouge-vert se profile déjà, l’addition des sièges lui donnant la majorité absolue. C’est une situation qui s’était présentée dans le Berlin-Ouest des années 1980, mais qui est inédite dans l’histoire de Berlin réunifié. Une page se tourne pour la capitale de la première économie européenne, d’autant plus que ce sera la gauche radicale qui aura la main, et que des réformes importantes ont été promises pendant la campagne d’Elif Eralp.
Grand perdant de ces élections, le chancelier Friedrich Merz (CDU) a cependant exclu de se retirer.
2) Élections en Allemagne : Elif Eralp (Die Linke) se présente comme l’antidote de l’AfD
https://www.france24.com/fr/vid%C3%...
1) L’élection régionale de Berlin
Berlin est la capitale de l’Allemagne réunifiée depuis 1999 et c’est un land d’une taille démographique beaucoup plus importante que le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ou la Saxe-Anhalt. Avec 3,7 millions d’habitants et d’habitantes, la population berlinoise est plus importante que celle de ces deux länder réunis.
Le PIB nominal de la capitale, 218 milliards d’euros, est le sixième de tous les États allemands et repose sur la présence à la fois de grands groupes industriels comme Siemens, des entreprises publiques fédérales comme la Deutsche Bahn ou la Deutsche Post et des grandes administrations fédérales.
Berlin est une ville également plus dynamique que le reste de l’Allemagne. En 2025, la croissance réelle du PIB a atteint 1,1 %, contre 0,2 % pour l’Allemagne. Sur la période 2020-2025, la croissance cumulée de Berlin atteint 13,5 %, soit près du double de la moyenne allemande. Cela tient aux secteurs des services collectifs, mais aussi au tourisme et au secteur technologique.
Là encore, cependant, cette croissance n’est pas sans poser des problèmes. Entre 2000 et 2025, la population berlinoise a progressé de 18 %, contre 1,5 % pour l’ensemble de l’Allemagne. Un afflux de population lié à l’attractivité de la ville, mais qui ne peut pas être absorbé par l’économie locale.
Le taux de chômage (en calcul national) y est donc encore élevé, de 11,6 %, très loin de la moyenne nationale (6,8 %). La part de la population en risque de pauvreté est supérieure à la moyenne allemande (16,5 % contre 15,5 %), avec, là aussi, une menace renforcée sur les retraités.
À Berlin, le bilan de la gestion de la « grande coalition » sortante entre le SPD et la CDU, dirigée par le maire Kai Wegner (CDU), est déplorable. Les infrastructures municipales n’ont cessé de se dégrader, du ramassage des ordures aux piscines publiques, en passant par le réseau des transports et la voirie. La qualité de vie se déprécie et les prix augmentent.
Un autre point important est le logement. La capitale a, pendant longtemps, été le paradis du logement bon marché. Mais la baisse des taux des années 2010, l’afflux de population et l’émergence des logements touristiques ont provoqué une hausse des prix et une pénurie de logements. En 2025, les prix globaux de l’immobilier dans la capitale ont progressé de 4 %, avec des différences importantes selon les quartiers. Ceux du centre sont devenus de plus en plus inabordables, poussant les populations les plus pauvres vers la périphérie. Mais même dans des quartiers éloignés comme Marzahn-Hellersdorf, les prix ont grimpé en 2025 de 6 %.
Berlin est, politiquement, un cas particulier en Allemagne, marqué par des différences sociales et culturelles importantes. Entre 2001 et 2023, le SPD a occupé le poste de maire principal (Regierender Bürgermeister) de la ville-État qui contrôle le gouvernement régional, appelé Senat. Les coalitions ont été cependant diverses : avec les Verts, Die Linke ou la CDU.
En 2023, la cour constitutionnelle régionale a annulé les élections de 2021 et le nouveau scrutin, destiné à remplacer celui de 2021 (ce qui explique que l’on vote encore en 2026), a débouché sur une poussée de la CDU. Avec 28 %, celle-ci a réalisé son meilleur score depuis 1999 et a pu diriger la grande coalition avec un SPD affaibli.
Le maire sortant, Kai Wegner, a cependant refusé de se représenter. C’est le très austère ministre des finances du land, Carl Evers, qui mène la liste CDU dans cette campagne. Les conservateurs sont sur la défensive et devraient revenir à leur niveau d’avant 2023, c’est-à-dire à environ 20 %, avec un électorat centré sur les quartiers cossus de l’Ouest berlinois.
Mais ici comme ailleurs, ils sont menacés par la montée de l’AfD. L’extrême droite est désormais le parti dominant dans les quartiers populaires et pauvres de l’Est, comme Marzahn-Hellersdorf, où elle a remporté, lors de l’élection fédérale de février 2025, le siège direct, avec 29,5 % des voix. Longtemps un bastion de Die Linke, cette zone semble désormais une place forte de l’AfD.
Un dépassement de la CDU par l’AfD au niveau de la ville serait un désastre pour Friedrich Merz et les conservateurs locaux. En février 2025, l’AfD avait glané 15,2 % des voix au scrutin de liste à Berlin ; et la CDU, 18,3 %.
Mais le match se joue, ici, à gauche. Le SPD est toujours aussi affaibli et pourrait connaître un désastre historique dans une ville qui a longtemps été son point fort. En février 2025, le SPD avait obtenu 15,1 % des voix, moins que l’AfD. Il pourrait, cette fois, faire pire, alors que son candidat au poste de maire, Steffen Krach, est sous le coup d’une enquête pour des malversations commerciales. Son domicile a même été perquisitionné en pleine campagne.
Sur les ruines du SPD, la lutte est sévère entre les Verts et Die Linke. L’élection fédérale de 2025 a été un succès retentissant pour Die Linke à Berlin : il y est arrivé en tête, avec 19,9 % des voix au scrutin de liste. Une performance que la candidate du parti, Elif Eralp, veut renouveler. De leur côté, les écologistes sont dirigés par Werner Graf, qui est un personnage consensuel et tente de faire progresser le parti à partir des 18,4 % des voix réalisés en 2021.
À l’élection fédérale en 2025, les Verts avaient un peu reculé, à 16,8 % des voix, mais la géographie du vote avait beaucoup changé. Die Linke, affaibli dans certains quartiers pauvres de la capitale, avait fortement progressé dans les bastions traditionnels des Verts, au centre et au sud-est de la ville. Le parti de gauche avait ainsi remporté des circonscriptions acquises aux Verts, comme Kreuzberg-Friedrichshain-Prenzlauer Berg, et avait manqué de peu le succès dans le centre (Mitte), la première circonscription directe gagnée par les Verts.
Die Linke bénéficie, par ailleurs, de la campagne très dynamique d’Elif Eralp, qui défend un réinvestissement massif dans les services publics, mais aussi des expropriations de certains propriétaires pour apaiser la crise du logement. Il existe désormais une possibilité solide que, pour la première fois dans une élection régionale, Die Linke devienne le premier parti de Berlin.
Les scores resteront sans doute très proches entre Die Linke, la CDU, les Verts et l’AfD – entre 15 et 20 % des voix. Le SPD pourrait être plus en retrait, tandis que le BSW, comme dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tentera d’atteindre les 5 % nécessaires à l’entrée à la chambre des députés, le parlement régional berlinois.
Pour la constitution du futur gouvernement berlinois, l’initiative reviendra alors aux Verts et au SPD, qui devront choisir s’ils s’allient à la CDU ou à Die Linke. Le candidat écologiste a clairement laissé entendre qu’il préférerait une coalition de gauche dirigée par Die Linke. Le choix du SPD sera plus délicat, puisque Steffen Krach s’est montré opposé aux propositions d’expropriation de Die Linke et que les sociaux-démocrates berlinois sont partagés quant à l’idée d’être les partenaires mineurs d’une coalition dirigée par Die Linke.
Mais si Die Linke est devant, une coalition rouge-rouge-verte semble l’option la plus probable.
Romaric Godin
| Date | Nom | Message |