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Entre coups de com’ et coups de menton, l’ex-premier ministre a du mal à convaincre, y compris ses collègues macronistes, qu’il fait campagne pour autre chose que pour lui-même.
https://www.mediapart.fr/journal/po...[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260927-173039&M_BT=1489664863989
Des sarcasmes en pagaille, un déluge d’ironie… Gabriel Attal, réputé communicant hors pair, n’imaginait sans doute pas que sa tournée des « 1 000 bistrots » virerait illico au fiasco. Tout commence début septembre, par une vidéo léchée postée sur les réseaux sociaux. Face caméra, le candidat Renaissance donne rendez-vous « en toute simplicité » dans les troquets de l’Hexagone sur bande-son d’accordéon, un demi de bière à la main. L’objectif de l’opération est aussi limpide que la robe d’un rosé de Provence : faire oublier les tableurs Excel et la « start-up nation » pour tenter d’imprimer dans la rétine ce « visage humain » qui a tant manqué au macronisme.
Sauf que tout le monde n’est pas Chirac fêtant sa victoire de 1995 devant les photographes de Paris Match une bouteille de Corona sur la table… et que les temps ont changé.
Premier couac : les associations de lutte contre l’alcoolisme s’étranglent devant cet ancien premier ministre qui fait la promo d’un fléau de santé publique – où est passée la loi Evin ? Les jours suivants, nouvelle rasade de quolibets : les « bistrots » où les équipes de campagne ont donné rendez-vous sont en réalité plus proches de la brasserie chic que du café populaire.
La semaine dernière, nouveau bad buzz. À l’occasion d’une réunion à Montpellier le 18 septembre, une gazette locale révélait que, « malgré le déjeuner offert », seules sept des six cents personnes contactées avaient fait le déplacement au restaurant Le Déclic. À l’arrivée donc, treize convives présents autour de la table dont… six responsables Renaissance. Le bide.
Joint par Mediapart le lendemain, l’un des organisateurs dénonçait une campagne de dénigrement « dégueulasse », jurant que dix-sept personnes, et non sept, étaient présentes ce midi-là. Soit une de plus qu’à Lorient et Nîmes, et un peu moins qu’au Sap Heure, un bar du 18e arrondissement parisien où une petite vingtaine de curieux – pour moitié militants Renaissance – étaient venus écouter l’un des porte-parole du candidat, Abdoulaye Kanté, le 11 septembre. Une fréquentation modeste qui ne l’avait pas empêché de crier victoire à la sortie : « Vous avez vu ? Cette fois, c’était un vrai bistrot ! »
Ainsi avance la campagne de Gabriel Attal : sur une ligne de crête entre faux pas et faux-semblants. « C’est triste à dire, mais sa candidature est à l’image de sa tournée des bistrots : manquant de sérieux et de sincérité. Je ne comprends pas comment on peut être aussi intelligent et être incapable de construire un truc plus robuste ! », étrille en privé une ancienne compagnonne de route.
La mise en orbite du candidat, au printemps dernier, avait donné le ton. Après avoir accusé son successeur à Matignon de faire de Renaissance son « agence de com’ », Élisabeth Borne avait largué les amarres, suivie par une myriade de macronistes reprochant à l’ambitieux trentenaire de privatiser l’énorme magot du parti (40 millions d’euros) à des fins toutes personnelles.
Depuis, aiguillonnée par une équipe de campagne aux personnalités parfois disruptives – comme Abdoulaye Kanté, passé de la BAC au conseil de Paris, ou la championne de judo, ex-animatrice de « L’île de la tentation » Céline Géraud –, sa candidature ne s’est jamais vraiment installée. Laissant l’impression tenace d’une campagne aux airs de grand ventilateur qui tourne en permanence, et brasse beaucoup de vent.
L’hyperactif, qui fait l’admiration de ses adversaires – y compris insoumis – pour sa « niaque » à toute épreuve dans la course à l’Élysée, ne ménage certes pas sa peine pour exister dans un espace politique saturé. Outre sa frénésie de déplacements pour arpenter un pays qui ne l’attend guère, il a publié un livre, En homme libre (Éditions de l’Observatoire), où il prend ses distances avec Emmanuel Macron dont il a flingué, en juin, l’exercice du pouvoir, « vertical, voire brutal parfois ».
Surtout, le candidat excelle à produire de manière quasi industrielle des shorts pour ses 400 000 followers Instagram et ses 680 000 abonnés TikTok. Gabriel déambule à la braderie de Lille, Gabriel fait des selfies avec des lycéens, Gabriel lave son chien, Gabriel visite le commissariat de Villers-Cotterêts, Gabriel donne le biberon… Chaque fois les images reçoivent des centaines de milliers de likes – certaines dépassant le million.
Et tant pis si la star des réseaux est aussi le député qui a fait de la lutte contre l’addiction des jeunes aux écrans l’une de ses propositions phares l’an passé : le voilà (avec Jean-Luc Mélenchon) le présidentiable doté de la plus forte présence numérique.
Côté politique en revanche, les choses s’avèrent un peu plus compliquées. Car si l’ancien petit soldat du macronisme court beaucoup, bien malin qui peut dire où il va. D’accord, le candidat veut « renverser la table », comme le répète partout le co-responsable de son programme, le député Paul Midy. Mais la couleuvre est difficile à faire avaler quand on a été au pouvoir pendant une décennie. Bien sûr, son style survitaminé tranche avec celui d’un Édouard Philippe qui semble parfois velléitaire. Mais doubler son concurrent dans les sondages peut-il être une fin en soi alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir ?
Dans les rangs attalistes, on se creuse un peu les méninges pour justifier du bien-fondé de cette candidature. S’agit-il de préparer un vote refuge après l’hypothétique effondrement du favori que beaucoup imaginent « faire une Juppé » ? De « dealer » un accord serré aux législatives avant de se ranger derrière le champion d’Horizons ? De miser sur la défaite du maire du Havre pour s’imposer comme le chef de l’opposition en juin prochain ? À moins que le premier tour de piste du candidat de 37 ans ne soit qu’un tour de chauffe pour sa propre candidature en 2032…
Interrogé par Mediapart, un membre de son comité de campagne met le pari attalien sur la table : « Gabriel n’a rien à perdre alors il tente sa chance en se disant qu’une campagne, c’est long, et que la mayonnaise peut prendre. » « Il va au combat, il aime ça, c’est le meilleur avec Mélenchon ! », l’encense l’ancien député de l’Hérault Patrick Vignal, comme si la volonté d’un homme suffisait à bâtir une stature présidentielle. « Il a un très bon contact avec les gens, il est smart et il veut mettre ses sujets à l’agenda : l’intelligence artificielle, l’éducation, les frontières et les salaires », ajoute l’élue des Hauts-de-Seine Céline Calvez, qui veut croire que « beaucoup de choses peuvent bouger » d’ici le début de l’hiver.
En attendant, l’espace du « post-macronisme » – si tant est qu’il existe – est à la fois étroit et embouteillé. À la droite d’Attal, Édouard Philippe parle aux électeurs de Bruno Retailleau mais séduit aussi une partie du centre-gauche. À sa gauche, l’offre « démocrate écolo » de Raphaël Glucksmann aimante d’ores et déjà un petit aréopage de macronistes déçus. À commencer par son ancien camarade d’En Marche Sacha Houlié, aujourd’hui membre de l’équipe du fondateur de Place publique, qui avertit : « Gabriel est peut-être le meilleur communicant du pays, le problème, c’est que la com’ ne sauve pas une campagne… »
Pris en sandwich entre Philippe et Glucksmann, Attal, dont la ligne politique est indexée sur la courbe des sondages, a donc choisi une troisième voie : celle du libéral-populisme. À l’image de son fameux « Tu casses, tu répares », lancé début 2024 lors de son discours de politique générale à l’Assemblée, il a délaissé les rares marqueurs progressistes – comme sa défense de la GPA – qui faisaient sa singularité pour virer à droite toute.
Il y eut d’abord l’offensive contre les « gens du voyage » du début de l’été, avec ces mots glissés au JDD de Bolloré : « Année après année, les installations sauvages et illégales des “gens du voyage” gâchent la vie des maires et des Français. » Puis fin août, devant le Medef, son idée de substituer au Code du travail une « Constitution de cinquante pages ». La proposition a, sans surprise, fait un carton chez les patrons.
En septembre, nouvelle annonce teintée de sépia sur l’école. Au programme notamment, le retour des groupes de niveaux au collège qu’il avait portés rue de Grenelle – leur inefficacité avait pourtant conduit à leur abandon moins de deux ans plus tard. Mais aussi du bon vieux « certif’ » abandonné, lui, en… 1972. « Gabriel a cette capacité de jouer le “vieux jeune” ou le “jeune vieux”. D’être le “candidat TikTok” qui sait aussi parler à la vieille mamie », résume l’un de ses soutiens.
Fini donc le Gabriel Attal qui appelait à faire barrage au Rassemblement national (RN) après la dissolution de 2024. Désormais, le président du groupe Ensemble pour la République renvoie dos à dos extrême droite et « extrême gauche » : « Vous avez d’un côté La France insoumise qui veut expliquer aux musulmans que, pour les défendre, il faut s’en prendre aux juifs, et le Rassemblement national qui explique aux juifs que, pour les défendre, il faut s’en prendre aux musulmans », osait-il le week-end dernier face à Marion Maréchal sur France Télévisions.
De quoi semer le trouble chez ses camarades de ladite « aile gauche » qui s’attendaient à trouver dans le giron attaliste un succédané du « macronisme des origines ». « Pour des raisons tactiques et d’autres qui ont à voir avec son entourage, il est parti très à droite », regrette un fidèle qui juge qu’il aurait dû au contraire « rassembler les modérés et les libéraux et incarner le Giscard de 2027 ». « Gabriel est quelqu’un d’ouvert et qui n’a pas de tabou, ce qui est une vraie qualité, mais cela pose problème quand il est mal conseillé », ajoute-t-il, visant en creux son très droitier directeur de campagne Maxime Cordier, que certains appellent son « deuxième cerveau ».
Histoire de rassurer ses troupes, le patron de Renaissance a présenté, le 21 septembre, le duo très « en même temps » qu’il a chargé de rédiger son programme : d’un côté Paul Midy, ancien des « Jeunes Pop » sous l’ère Sarkozy ; de l’autre, l’ancienne ministre de l’écologie Agnès Pannier-Runacher, qui avait pris ses distances avec le gouvernement. Trois jours plus tôt, dans la revue Le Grand Continent, il tentait aussi de prendre de la hauteur en appelant à la création des « États-Unis d’Europe », une idée portée en son temps par Victor Hugo. Seule manière selon lui de lancer « une politique inédite d’urgence écologique », y écrit celui qui a pourtant voté des deux mains la loi Duplomb et dont le bilan en matière d’écologie quand il était à Matignon laisse pour le moins à désirer. Suffisant pour donner un semblant de consistance à cette campagne à laquelle personne ne semble croire vraiment ?
Dans les rangs d’Horizons en tout cas, on commence déjà à perdre patience. Auprès de Mediapart, Laurent Marcangeli, lieutenant d’Édouard Philippe, cache mal son agacement : « Gabriel Attal met beaucoup, beaucoup, beaucoup de charbon dans la chaudière. C’est efficace pour exister, mais ce n’est pas suffisant pour être élu. Or ce que j’entends des électeurs, c’est qu’ils sont exaspérés par les divisions alors que se profile un duel Mélenchon-Le Pen au second tour. »
« Gabriel ne voudra pas porter le mistigri de la division », assure-t-on dans son équipe où le mot est pourtant passé que la campagne continuerait coûte que coûte jusqu’à « janvier ou février ». Le 8 septembre, Philippe a solennellement « tendu la main » en direction de Retailleau et d’Attal. « Ne perdons pas collectivement », a-t-il imploré, avant de les inviter à se rencontrer à la Toussaint, jour de la fête des morts.
Pauline Graulle
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