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Thèmes traités : capitalisme industriel, bancaire et financier. Taux de profit (évolution). Partage de la valeur ajoutée. Mondialisation et néolibéralisme. Relations avec la Chine. La place de l’énergie nucléaire et renouvelable dans le développement du capitalisme. L’industrie numérique et militaire. Les conflits sociaux. L’articulation entre les idéologies politiques et les fractions du capital. Tensions sociales. Rôle des médias dominants et alternatifs et leur place dans le capitalisme, dans la reproduction et la contestation. Capital Immobilier et aménagement du territoire dans le cadre du capitalisme contemporain.
Du fait de sa longueur il est préférable de lire ce texte en plusieurs étapes.
Question 1.
Si l’on considère le capital financier commune fusion du capital industriel productif et du capital bancaire comme le concevait Lénine dans son ouvrage l’impérialisme, stade suprême du capitalisme. La financiarisation de l’économie au niveau transnational puis dans les années 1980 – 1990, la mondialisation ont permis au capitalisme américain de redresser ces taux de rentabilité du capital autrement dit du taux général de profit. Mais la crise de 2008 a encore montré l’instabilité du système et l’on assiste dorénavant depuis environ une dizaine d’années à une crise qui semble développer une tension au sein du capital financier entre sa composante bancaire et purement financière et sa composante industrielle la seconde composante étant plus axée sur un développement économique national et la première plus axée sur l’exportation des capitaux et les investissements dans les pays étrangers.
Cette tension se manifeste par une lutte idéologique entre deux fractions politiques qui représentent les intérêts de ce capitalisme financier d’une part les démocrates et une partie des républicains aux États-Unis en Europe les centristes, la droite libérale et des sociaux-démocrates et de l’autre aux États-Unis les républicains conservateurs et en Europe une droite radicale nationaliste et souverainiste. La désindustrialisation aux États-Unis et en Europe a provoqué une détérioration des infrastructures et des services publics et donc des tensions sociales qui se tournent dorénavant vers la droite ou l’extrême droite aux États-Unis ou en Europe pour résoudre la crise. Mais quelle est la nature profonde économique de cette crise du capital financier tant au niveau des États-Unis qu’au niveau européen et même au niveau du Japon ? Et la reprise des interventions américaines militaires ne constitue-t-elle pas un moyen de résoudre cette crise en utilisant le complexe militaro-industriel
Réponse de l’IA
Votre hypothèse peut être précisée en distinguant plusieurs mécanismes. Il faut surtout éviter de considérer « le capital financier » comme un bloc homogène : chez Lénine lui-même, la notion de capital financier désigne une articulation entre capital bancaire et capital industriel, mais les intérêts des différentes fractions du capital peuvent ensuite diverger. Je vais regarder la question sous quatre angles : États-Unis, Europe, Japon et complexe militaro-industriel, en confrontant votre interprétation aux travaux de Duménil et Lévy, aux analyses marxistes contemporaines et aux données macroéconomiques.
Peux-tu entreprendre cette analyse qui est évidemment un peu complexe en raison des différentes dimensions à prendre en compte : économique, idéologique, politique et géostratégique tout en considérant et tu as parfaitement raison que le capitalisme financier et ses détenteurs ne constituent pas une entité homogène et qui peut contenir des contradictions en son sein.
Oui. Et après vérification des données et de la littérature, je pense que votre hypothèse peut être formulée de manière assez solide, à condition de lui apporter trois corrections importantes.
La première est que la crise actuelle n’est pas simplement une crise de « rentabilité du capital financier ». La deuxième est que l’opposition entre capital financier et capital industriel ne recoupe pas exactement l’opposition démocrates/républicains ou centristes/extrême droite. La troisième est que le réarmement peut effectivement jouer un rôle de nouveau débouché pour l’accumulation, mais il serait excessif d’en faire l’explication principale des interventions militaires américaines.
Chez Lénine, le capital financier n’est pas simplement « la finance » au sens contemporain.
Il s’agit de la fusion ou imbrication du capital bancaire et du capital industriel, sous la domination des grandes banques et des grandes entreprises monopolistiques. La concentration du capital crée des liens toujours plus étroits entre banques, industriels et État.
Cette définition est importante pour votre raisonnement : capital financier ≠ capital bancaire.
Une grande multinationale industrielle comme General Electric, Boeing, Microsoft ou ExxonMobil peut être extrêmement financiarisée sans être une banque. Elle peut détenir des actifs financiers, pratiquer le rachat d’actions, investir à l’étranger et simultanément chercher à développer sa production. Il faut donc plutôt parler aujourd’hui de différentes fractions d’un capitalisme financiarisé et mondialisé.
Votre intuition rejoint assez fortement les travaux de Gérard Duménil et Dominique Lévy.
Ils montrent notamment que la rentabilité des entreprises américaines avait été fortement dégradée à partir de la fin des années 1960 et durant les années 1970, tandis que le régime néolibéral des années 1980 transforme profondément les rapports entre finance, entreprises et État. Leur étude quantitative du taux de profit américain distingue précisément les composantes « réelles » et financières de la rentabilité.
Le mécanisme peut être schématisé ainsi :
Crise de rentabilité → restructuration du capital → baisse du coût du travail → libéralisation financière → mobilité internationale du capital → mondialisation productive → financiarisation → restauration de la rentabilité de certaines fractions du capital.
La mondialisation permet alors aux multinationales occidentales de combiner plusieurs avantages :
Salaires plus faibles ;
Chaînes de valeur internationales ;
Accès à de nouveaux marchés ;
Optimisation fiscale ;
Baisse du coût des intrants ;
Délocalisation de certaines productions ;
Investissements directs à l’étranger ;
Pression accrue sur le travail dans les pays développés.
Les travaux économétriques du NBER montrent par exemple que le développement des importations chinoises après 2000 a contribué de manière importante à la contraction de l’emploi manufacturier américain. D’autres travaux montrent que les multinationales ont joué un rôle considérable dans cette évolution par l’augmentation de leurs approvisionnements à l’étranger.
Mais il faut apporter une nuance importante : la désindustrialisation occidentale n’est pas uniquement la conséquence de la mondialisation. Les gains de productivité manufacturière ont également réduit fortement les besoins de main-d’œuvre. Une partie importante de la diminution de l’emploi industriel américain est donc liée à la combinaison de productivité, automatisation, transformation sectorielle et commerce international.
C’est ici que votre hypothèse devient particulièrement intéressante. Le système a réussi à restaurer une partie de la rentabilité sans nécessairement restaurer la dynamique de l’accumulation productive intérieure.
Autrement dit :
Rentabilité financière ≠ investissement productif domestique.
C’est probablement l’une des clés de la crise actuelle.
Une entreprise peut augmenter son rendement pour les actionnaires par :
Dividendes ;
Rachats d’actions ;
Fusions-acquisitions ;
Délocalisation ;
Investissements financiers ;
Optimisation fiscale ;
Réduction des coûts ;
Augmentation des marges.
Mais ces opérations ne signifient pas nécessairement qu’elle construit une nouvelle usine aux États-Unis ou en Europe.
C’est précisément l’une des contradictions mises en évidence par Duménil et Lévy dans leur analyse du néolibéralisme : la crise de 2007-2008 n’était pas simplement une crise provoquée par une baisse préalable des profits, mais par l’accumulation excessive de créances financières par rapport à l’activité réelle. Ils envisageaient après 2008 une possible réduction de la domination de la finance au profit des dirigeants industriels et des États. C’est très proche de la piste que vous proposez.
La crise de 2008 aurait pu provoquer une restructuration beaucoup plus profonde.
Elle a au contraire été largement absorbée par :
La création monétaire ;
Les banques centrales ;
Les taux d’intérêt très faibles ;
Les politiques de soutien aux banques ;
L’endettement public ;
Les rachats d’actifs ;
Puis, après 2020, les politiques budgétaires massives.
Le système financier a donc été sauvé par l’État.
Cela produit une contradiction particulièrement intéressante :
Le néolibéralisme réduit théoriquement l’intervention de l’État, mais la reproduction du capital financiarisé nécessite périodiquement une intervention massive de l’État.
C’est particulièrement visible en 2008 et encore davantage en 2020.
Je modifierais légèrement votre formulation.
Il ne s’agit pas simplement d’une opposition : Capital bancaire/financier → mondialisation Contre Capital industriel → nation.
La réalité est beaucoup plus imbriquée.
Une entreprise industrielle américaine peut être mondialiste tout en demandant des subventions américaines.
Une banque américaine peut financer une industrie nationale.
Un fonds d’investissement peut posséder simultanément des entreprises américaines et chinoises.
Une multinationale industrielle peut demander des droits de douane pour protéger sa production américaine tout en possédant des chaînes de production mondiales.
Nous assistons donc plutôt à une recomposition du capitalisme mondialisé.
Depuis les années 2010, plusieurs phénomènes convergent :
Crise de 2008 ↓ Ralentissement de la productivité
↓ Ralentissement de l’investissement
↓ Désindustrialisation
↓ Dépendance aux chaînes de valeur mondiales
↓ Montée de la Chine ↓
Guerre commerciale États-Unis-Chine ↓
COVID et rupture des chaînes logistiques ↓
Guerre en Ukraine ↓
Énergie et matières premières ↓
Réindustrialisation / souveraineté industrielle / sécurité économique.
Et là apparaît quelque chose de nouveau :
L’État recommence à intervenir directement dans la structure de l’accumulation.
C’est très visible avec les semi-conducteurs, l’énergie, les batteries, les technologies numériques, l’IA, les infrastructures et la défense.
Aux États-Unis, le débat sur la base industrielle de défense est désormais explicitement associé à la résilience des chaînes d’approvisionnement, à la capacité productive et à la compétition stratégique avec la Chine. Le Congressionnel Resarci Service parle même d’« economic deterrence » parmi les objectifs de la nouvelle stratégie industrielle de défense américaine.
Je proposerais toutefois de les appeler autrement.
Première tendance : le capital globalisé
Elle privilégie davantage :
La mobilité internationale des capitaux ;
Les chaînes de valeur mondiales ;
Le libre-échange ;
Les marchés financiers internationaux ;
L’immigration économique selon les secteurs ;
Les institutions multilatérales ;
La coopération transatlantique ;
La finance internationale.
Cette tendance peut se retrouver chez une partie des démocrates américains, des républicains modérés, des libéraux européens et de la social-démocratie.
Deuxième tendance : le capital nationalisé ou géo-économique
Elle privilégie davantage :
La réindustrialisation ;
Les barrières commerciales ;
Les subventions nationales ;
Les chaînes d’approvisionnement nationales ;
La sécurité énergétique ;
La politique industrielle ;
Les investissements publics ;
La défense ;
La souveraineté technologique ;
La réduction de certaines dépendances extérieures.
Cette tendance est particulièrement visible dans le conservatisme américain contemporain et dans diverses droites nationalistes européennes.
Mais les deux tendances appartiennent au même capitalisme.
C’est probablement le point théorique le plus important.
Ils cherchent plutôt à le réorganiser autour de leurs intérêts nationaux. C’est très différent.
La politique américaine contemporaine combine :
Protectionnisme sélectif + subventions industrielles + contrôle technologique + sanctions + politique militaire + maintien de la puissance financière du dollar + multinationales mondiales.
Ce n’est donc pas un retour pur et simple au capitalisme national.
C’est plutôt une transition :
Mondialisation libérale → mondialisation géopolitique.
Autrement dit, le marché mondial n’est pas nécessairement abandonné ; il est de plus en plus subordonné à la sécurité nationale.
L’Europe se trouve dans une situation différente.
Elle souffre simultanément :
D’un déficit d’investissement ;
D’une productivité relativement faible ;
D’un retard dans certaines technologies ;
D’un coût énergétique élevé ;
D’un vieillissement démographique ;
D’une dépendance à certaines technologies étrangères ;
D’une fragmentation de ses marchés financiers ;
D’une dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis.
L’OCDE constate que depuis 2000 la croissance de la productivité européenne est devenue nettement inférieure à celle des États-Unis et que l’accumulation du capital s’est affaiblie depuis la crise financière.
Le rapport Draghi formule pratiquement le même diagnostic sous une forme institutionnelle : productivité insuffisante, coût énergétique, retard technologique, insuffisance d’investissement et concurrence chinoise et américaine.
Cela signifie que l’Europe est elle aussi en train de redécouvrir une vieille question :
Comment maintenir une accumulation capitaliste lorsque le marché seul ne produit plus suffisamment d’investissement productif stratégique ?
Le Japon montre que le problème ne peut pas être réduit à la mondialisation occidentale.
Après l’éclatement de sa bulle immobilière et financière au début des années 1990, le Japon a connu plusieurs décennies de faible croissance.
Et l’évolution récente est particulièrement intéressante.
L’OCDE constate que l’investissement réel par travailleur a fortement ralenti depuis 2000, que les entreprises japonaises accumulent énormément de liquidités et que les grandes entreprises ont accru leurs investissements en titres et leurs investissements directs à l’étranger.
Autrement dit :
Le capital existe → les profits existent → l’épargne des entreprises existe → mais l’investissement productif domestique reste insuffisant.
C’est précisément le type de contradiction qui intéresse votre raisonnement.
Le Japon tente donc lui aussi de sortir de cette situation par :
La politique industrielle ;
Les semi-conducteurs ;
L’intelligence artificielle ;
La réindustrialisation stratégique ;
La défense ;
La coopération avec les États-Unis ;
La sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
L’OCDE estime d’ailleurs que la croissance de la productivité japonaise est freinée par le faible renouvellement des entreprises et par le ralentissement de l’accumulation du capital.
On pourrait construire ce tableau :
Zone Problème dominant Réponse émergente
États-Unis Désindustrialisation + concurrence chinoise + faiblesse de certains investissements Protectionnisme + politique industrielle + technologie + défense
Europe Productivité faible + énergie chère + retard technologique + dépendance militaire Politique industrielle + réarmement + autonomie stratégique
Japon Stagnation + vieillissement + faible investissement domestique Politique industrielle + technologie + réformes + défense
Il existe donc un problème structurel commun aux trois pôles du capitalisme avancé.
Mais leurs solutions diffèrent.
Oui, partiellement, mais pas au sens d’une solution générale. Il faut distinguer trois mécanismes.
Premier mécanisme : le débouché
Les dépenses militaires créent immédiatement une demande :
Armes ; Avions ; Missiles ; Navires ; Satellites ; Cyber technologies ; IA ; Électronique ; Métallurgie ; Mécanique ; Aéronautique ; Spatial.
Cela permet donc de soutenir certaines industries.
Deuxième mécanisme : l’investissement public
L’État garantit une demande sur plusieurs années.
Une entreprise peut donc investir dans une usine parce qu’elle sait que le gouvernement achètera sa production.
C’est particulièrement important dans les secteurs où les investissements initiaux sont gigantesques.
Troisième mécanisme : l’innovation
La recherche militaire peut produire des technologies à double usage. Le cas américain historique est particulièrement important : électronique, informatique, Internet, GPS, technologies spatiales, etc.
Mais cela ne signifie pas que toute dépense militaire produit nécessairement de la croissance.
La Commission européenne a précisément étudié cette question.
Dans ses simulations, une augmentation des dépenses militaires européennes allant jusqu’à 1,5 % du PIB pourrait relever le PIB réel d’environ 0,5 % par rapport au scénario de référence en 2028, mais au prix d’environ 2 points supplémentaires de dette publique/PIB dans le scénario considéré. L’effet serait plus important si une part élevée des dépenses militaires était consacrée à la R&D et aux infrastructures.
C’est donc un mécanisme réel, mais ce n’est pas une machine à créer gratuitement de la richesse.
Néanmoins, 47 000 entreprises produisent directement de l’armement ; 200 000 entreprises sont des sous-traitants ou indirectement liés à l’armement et le secteur de l’armement représente environ 2,5 millions de salariés aux États-Unis.
Ainsi non seulement l’état soutient par son financement le complexe militaro-industriel mais les parlementaires locaux des différents états doivent tenir compte des entreprises industrielles d’armement implanté sur leur territoire pour la préservation de l’emploi.
Les industriels de l’armement ont donc des relais politiques à différents niveaux.
Une partie de la dépense militaire :
Est importée ;
Remplace d’autres dépenses ;
Augmente la dette ;
Ne produit pas nécessairement de gains de productivité civile.
La Commission européenne souligne d’ailleurs que les études disponibles ne donnent pas une conclusion uniforme sur le lien entre dépenses militaires et croissance.
Le complexe militaro-industriel peut devenir un instrument de politique industrielle.
C’est probablement la partie la plus intéressante de votre hypothèse.
Prenons l’Europe.
La Commission européenne ne présente plus simplement la défense comme une dépense militaire.
Elle parle explicitement de :
Production industrielle
Innovation
Emplois
Chaînes d’approvisionnement
Capacités technologiques
Investissement privé
Compétitivité.
Le programme européen Readiness 2030 prévoit ainsi de mobiliser jusqu’à environ 800 milliards d’euros pour la défense, avec notamment des instruments destinés à développer les capacités industrielles européennes.
Nous sommes donc très proches de ce que l’on pourrait appeler, avec prudence, une forme de militaro-industriel policy.
C’est là que je mettrais une limite importante à votre hypothèse.
Il existe une différence entre :
A. une guerre qui serait déclenchée pour résoudre une crise économique
Et
B. une situation géopolitique qui produit des dépenses militaires lesquelles deviennent ensuite un puissant mécanisme de soutien industriel.
Le deuxième mécanisme est beaucoup plus facilement démontrable empiriquement.
Par exemple, SIPRI estime que les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 900 milliards de dollars en 2025, avec une hausse particulièrement forte en Europe. Les dépenses européennes ont augmenté de 14 % en termes réels en 2025.
Il existe donc indiscutablement aujourd’hui une nouvelle phase d’accumulation militaire.
Mais démontrer que cette phase est la cause première des interventions militaires américaines nécessiterait beaucoup plus de preuves.
C’est ici que je trouve votre intuition particulièrement féconde.
Dans une économie où :
L’investissement productif traditionnel ralentit •
La productivité ralentit •
La demande civile est insuffisante •
Les entreprises accumulent des liquidités •
Les infrastructures vieillissent •
La concurrence chinoise s’intensifie
L’État peut créer de nouveaux débouchés par :
Infrastructures + transition énergétique + semi-conducteurs + numérique + défense.
La défense est simplement le secteur dans lequel l’État peut garantir une demande massive et durable indépendamment de la demande des consommateurs.
Je ne parlerais donc pas simplement d’une « crise du capital financier ».
Je proposerais plutôt :
Une crise de transformation du régime d’accumulation financiarisé et mondialisé.
Cette transformation possède plusieurs dimensions simultanées :
Économique : ralentissement de la productivité et de l’accumulation ;
Financière : poids considérable des actifs financiers et de l’endettement ;
Industrielle : désindustrialisation relative des vieux centres capitalistes ;
Sociale : stagnation ou polarisation des revenus et dégradation de certains territoires ;
Politique : retour de l’État interventionniste ;
Idéologique : opposition entre mondialisme libéral et nationalisme économique ;
Géopolitique : passage de la logique de mondialisation à celle de blocs ;
Technologique : compétition États-Unis-Chine ;
Militaire : retour de l’industrie de défense comme secteur stratégique.
Et c’est précisément cette combinaison qui rend la période actuelle différente des années 1980-2000.
Je proposerais cette périodisation :
1970-1980 : crise du régime d’accumulation d’après-guerre ↓
1980-2000 : financiarisation + mondialisation + restauration de la rentabilité ↓
2000-2008 : apogée du capitalisme financiarisé mondialisé ↓
2008-2015 : crise financière + sauvetage du système ↓
2015-2020 : remise en cause de la mondialisation ↓
2020-2026 : retour massif de l’État, politique industrielle, protectionnisme, souveraineté technologique et réarmement ↓
Nouveau régime encore en formation.
Et c’est ici que votre hypothèse sur les fractions du capital devient particulièrement intéressante.
Je ne dirais pas que les démocrates représentent « le capital financier » et les républicains « le capital industriel ». Ce serait beaucoup trop réducteur.
Je dirais plutôt que les deux grands camps intègrent chacun plusieurs fractions du capital, mais qu’ils proposent des réponses différentes à la contradiction entre capital mondialement mobile et nécessité de reconstruire une base productive et stratégique nationale.
C’est probablement la contradiction économique fondamentale derrière une partie des recompositions politiques occidentales actuelles.
C’est à mon sens la prochaine étape indispensable de votre réflexion.
Il faudrait distinguer soigneusement :
Taux de profit du capital productif
Taux de rendement des entreprises
Profit financier
Rendement des actions
Profit des multinationales
Taux de profit domestique
Taux de profit incluant les investissements extérieurs.
Car on peut parfaitement avoir simultanément :
Profits élevés des multinationales américaines
Et
Faible investissement productif américain
Et
Désindustrialisation
Et
Forte rentabilité financière.
Les données américaines montrent d’ailleurs que les marges bénéficiaires des sociétés non financières ont fortement remonté après la pandémie ; la Fed estimait encore en 2022 leur marge à 15,1 %, proche du niveau observé après la crise financière. Les bénéfices des sociétés américaines ont ensuite atteint environ 4 077 milliards de dollars en 2025, selon le BEA.
Donc le problème contemporain n’est manifestement pas simplement : « Les capitalistes ne font plus assez de profits ».
Il est plus subtil :
Une partie importante du capital peut être très rentable sans que cette rentabilité se traduise suffisamment par une nouvelle accumulation productive, une hausse durable de la productivité et une reconstruction de la base industrielle des vieux pays capitalistes.
C’est cette contradiction qui me paraît constituer le cœur économique de votre hypothèse.
Et elle permet ensuite de comprendre pourquoi Chine, États-Unis, Europe et Japon convergent aujourd’hui vers des politiques industrielles, technologiques et militaires, tout en restant profondément différents dans leurs structures économiques.
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