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Les mouvements lycéens, lorsqu’ils ont quelque ampleur, ne sauraient se réduire à de la « manipulation » ou de la « contagion » comme certains le croient (ou veulent le faire accroire). Le mieux est de tenter de les comprendre en les comparant à d’autres mouvements d’importance historique.
Les mobilisations de lycéens ont été nombreuses et variées depuis au moins un siècle et demi. On pourrait en faire un inventaire à la Prévert. On se limitera à trois d’entre elles, parmi les plus significatives, en éliminant deux épisodes pourtant dans toutes les mémoires, mais où l’impulsion est d’abord venue des étudiants : Mai 68 et les luttes contre la réforme dite « Devaquet » de 1986 concernant le baccalauréat et surtout l’entrée dans l’enseignement supérieur
Le 24 octobre, près d’une dizaine de milliers de lycéens, la plupart venant de lycées de la banlieue parisienne auxquels s’étaient joints des lycéens en provenance de quelques lycées de province ou de Paris, manifestent à Paris en réclamant « sécurité » et « propreté » dans leurs établissements, et plus de personnels et de moyens matériels.
Face à un mouvement qui prend de l’ampleur, le ministre de l’Éducation, Lionel Jospin, qui avait initialement promis « cent postes de surveillants supplémentaires » dans les lycées « sensibles », est amené à annoncer « un plan d’urgence » le 12 novembre. À la mi-novembre plus de 100 000 manifestants se réunissent à Paris et environ 200 000 dans les grandes villes de province. La promesse du ministre de l’Éducation nationale était de l’ordre de 4 milliards et demi de francs en rallonge budgétaire pour son « plan d’urgence ». Avec l’appui du président de la République François Mitterrand (quelque peu en délicatesse avec le premier ministre Michel Rocard et Lionel Jospin), le mouvement lycéen de 1990 obtiendra finalement plus du double.
Au début de l’année 2005, la réforme du baccalauréat est inscrite dans le rapport annexé de la future loi d’orientation de l’éducation (dite loi « Fillon »). Le ministre de l’Éducation nationale François Fillon fixe le cadre lors de l’installation du groupe de travail le 17 janvier : réorganisation de l’examen autour de six épreuves terminales (au lieu d’une douzaine) :évaluation sous d’autres formes des autres matières (contrôle continu ou en cours de formation).
Les organisations lycéennes, l’UNL et la FIDL affirment qu’il ne saurait être question de participer à la mise en place d’un « bac par établissement » dont la valeur serait différente selon qu’il soit passé dans un lycée de centre-ville ou un lycée de banlieue
Des manifestations de lycéens regroupent plusieurs milliers, puis des dizaines de milliers de lycéens. Ils sont estimés à 100 000 dans la rue le 10 février 2005, lors d’une journée nationale à l’appel de la FIDL et de l’UNL, contre le projet de loi Fillon, et notamment contre l’introduction de contrôles continus au baccalauréat.
Le 14 février 2005, François Fillon annonce le dépôt d’un amendement gouvernemental retirant toute mention du baccalauréat dans le projet de loi. Deux semaines plus tard, lors d’une interview au journal VSD, le ministre de l’Éducation nationale François Fillon déclare : « Dès le soir de la première manifestation, j’ai dit qu’on ne réformerait pas le bac si on ne trouvait pas le moyen d’apaiser les craintes […]. Il faut attendre que les esprits s’apaisent ».
En plus du refus de Parcoursup (jugé profondément inégalitaire et sélectif), les lycéens manifestent contre la réforme du baccalauréat portée par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer.
Le 11 décembre 2018, une journée massive de mobilisation paralyse des centaines d’établissements partout en France, marquée par de nombreux blocages, des manifestations tendues et des affrontements avec les forces de l’ordre.
Ce sera le point d’orgue du mouvement national qui finalement n’aboutira pas : Parcoursup sera pérennisé (avec quelques aménagements) et la réforme du baccalauréat effectivement engagée.
Le mouvement actuel, parti de la banlieue parisienne sur la base essentiellement de revendications portant sur les conditions concrètes d’étude, s’apparente davantage au mouvement de 1990 qu’à ceux de 2005 et 2018.
Mais l’annonce faite au sein du Sénat et par le ministre de l’enseignement supérieur évoquant la fin possible du baccalauréat comme sésame d’entrée dans l’enseignement supérieur pourrait fort bien devenir aussi un facteur de mobilisation, comme en 2005 et 2018.
claude lelièvre
Historien de l’éducation
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