La mobilisation lycéenne prend une ampleur nationale, le gouvernement peine à déminer

mardi 6 octobre 2026.
 

Chaque jour, de nouveaux lycées entrent dans la danse. Jeudi, de nombreux étudiants ont aussi rejoint les rassemblements, après avoir à leur tour bloqué des campus. Le gouvernement tient sa ligne dure, faute de véritable réponse politique à apporter.

https://www.mediapart.fr/journal/fr...

La mobilisation, lancée la semaine dernière par la banlieue parisienne, est clairement passée à la vitesse supérieure jeudi 1er octobre. Une trentaine de campus universitaires ont aussi rejoint le mouvement. Selon le ministère de l’intérieur, 1 027 établissements ont été concernés par le mouvement, dont 222 bloqués.

Rien qu’en région parisienne, plus de 200 lycées ont été à nouveau perturbés, devenant « le théâtre de violences, d’affrontements et de dégradations » pour une cinquantaine d’entre eux, a déclaré le conseil régional. Selon l’Intérieur, 1 949 personnes ont été interpellées en France et 284 ont été blessé·es. La rentrée, pour le moment dominée par la question politique et budgétaire, devient sociale.

Une cellule interministérielle a été organisée jeudi en urgence, sous la houlette de Sébastien Lecornu, afin de tenter de gérer cette crise devenue nationale, mais sans réponse politique déterminante pour le moment. Le gouvernement, cité par l’AFP, reste sur sa ligne des derniers jours : le mouvement aurait basculé vers des « violences urbaines », Matignon évoquant même, sur la foi des services de renseignement, une « manœuvre organisée » par la gauche radicale.

Des propos qui font écho à la querelle qui sévit depuis lundi, par réseaux sociaux interposés, entre plusieurs ministres et des représentant·es de La France insoumise (LFI), les premiers accusant les second·es d’instrumentalisation, un refrain repris également par l’extrême droite, notamment sur le réseau social X.

Sur un fil

Jeudi matin, depuis le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), épicentre de la contestation, le cortège reflétait en condensé cette nouvelle donne. Après l’interpellation d’un de leurs camarades, les lycéen·nes sont parti·es rejoindre leurs homologues du lycée Bartholdi, embarquant au passage les étudiant·es de l’université Paris-VIII, déjà en train de bloquer l’entrée de leur fac. Toutes et tous, en passant par le lycée d’application de l’Enna, ont envahi le centre-ville de manière désordonnée, bloquant la circulation, renversant quelques poubelles, en direction du commissariat central.

Là, repoussé·es plusieurs fois à coups de gaz lacrymogènes par la police, elles et ils ont rebroussé chemin pour finir par arriver sous les vivats des jeunes massé·es devant le lycée Suger, lui-aussi bordé de plusieurs camionnettes de gendarmes. Devant l’établissement, des professeur·es et des élu·es de gauche se tenaient par le coude, formant un cordon de protection, et assurant une ambiance relativement bon enfant.

Ailleurs, de nombreux débordements et des agressions de personnels de l’éducation ont été recensés. Les manifestant·es savent donc qu’ils et elles marchent sur un fil. « On espère vraiment qu’on sera entendus et que toutes les fake news vont cesser, comme quoi on bloquerait juste pour sécher les cours, qu’on est des incapables et des débiles, incapables de réfléchir par nous-mêmes ! », lance, juchée sur le parvis, une lycéenne de Paul-Éluard au mégaphone.

La foule lui répond : « Tout le monde déteste la police ! » Elle reprend, par-dessus les slogans : « C’est pas le but, on le répète, on n’est pas là pour ça, on est là pour revendiquer ! »

Depuis Sevran, toujours en Seine-Saint-Denis, Iliass, élève de terminale, chaque jour plus déterminé, fait un constat plus ambivalent : « On s’est fait courser par des policiers à cheval, les policiers lancent du gaz lacrymogène, on a eu quatre copains en garde à vue mardi, on n’a pas d’infirmière au lycée et il n’y avait personne pour soigner un élève qui s’est pris un tir de mortier… Bien sûr qu’il y aura toujours un petit groupe de casseurs pour foutre le bordel, mais pourquoi on doit être tenus pour responsable ? Et pourquoi on devrait se laisser marcher dessus sans réagir ? »

Une réponse minimale du ministère

Pour le moment, la réponse minimale venue du ministère de l’éducation ne semble pas de nature à calmer le jeu. Édouard Geffray a annoncé lancer une « grande plateforme de concertation qui permettra à tous les lycéens qui le souhaitent d’exprimer leurs attentes, leurs inquiétudes et leurs propositions, individuellement ou collectivement ». Le ministre a également demandé aux proviseurs de réunir les conseils de vie lycéenne, ou des conseils d’administration extraordinaires et il rencontrera vendredi les organisations syndicales représentatives des personnels et des lycéen·nes.

Mais, là encore, le discours d’appel au dialogue tranche avec la réalité sur le terrain. Le climat est « très tendu », décrit une professeure au lycée Braque à Argenteuil, bloqué depuis le début de la semaine : « Il y a des mouvements de foule, la présence policière est complètement intimidante, ce sont des hommes armés, beaucoup de collègues étaient en larmes hier. Pour sortir de cette situation, on a simplement demandé que les jeunes puissent se retrouver en plénière demain, au calme à l’intérieur du lycée, quitte à ce qu’on encadre ce moment. Pour le moment, ça nous est refusé. »

La gestion même de la crise est cacophonique. Certains établissements sont fermés, pour éviter les troubles, d’autres restent ouverts, en blocage partiel ou non. Sur X, le ministre a également demandé, jeudi en fin de journée, que les cours « soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l’accueil des élèves en toute sécurité », une décision qui sera laissée à la main des chef·fes d’établissement et aux autorités académiques localement.

Sans forcément convaincre. « Les lycéens méritent une proposition politique et non une manœuvre destinée à casser leur mobilisation », ont ainsi réagi les personnels du lycée René-Cassin, à Gonesse (Val-d’Oise), réunis en assemblée générale dans la journée.

Côté étudiant·es, l’annonce jeudi d’une hausse des frais d’inscription pour les BTS et les classes préparatoires ainsi que la confirmation du gel des APL par le gouvernement n’ont pu que faire grossir la colère, déjà en germe, dans les facultés. « Les similitudes entre ce que nous vivons dans nos facs et ce que les lycéens subissent sont énormes », réagit une étudiante syndiquée de Paris-VIII, depuis le cortège de Saint-Denis. Mardi 6 octobre, une journée de mobilisation commune entre lycéen·nes et étudiant·es est d’ores et déjà au programme. Au moins une organisation syndicale, la CGT Éduc’action, appelle les personnels à y prendre part.

Mathilde Goanec


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message