23 avril 1962 : la révolte des mineurs d’Asturies

samedi 7 mars 2009.
 

Tout commence un 23 avril 1962. Ce sont d’abord 60.000 mineurs d’Asturies qui cessent le travail fatigués de réclamer, en vain, une revalorisation de leurs salaires, bloqués depuis 1959. Contre toute attente, le mouvement va prendre une ampleur inédite. La grève gagne les provinces basques, puis celles du Léon et de Jaén, les villes de Barcelone et Cordoue… Les ouvriers de la métallurgie et de la construction navale rejoignent les mineurs, puis les « péones » des grands domaines agricoles et les travailleurs des vignobles réclament à leur tour des hausses de salaire.

Va alors commencer une épreuve de force d’autant plus remarquable que la Constitution espagnole interdit la grève et la définit, depuis octobre 1960, comme un crime d’insurrection contre l’Etat, relevant de la justice militaire. Mais forts du soutien de l’opinion publique, les mineurs et les ouvriers vont gagner la bataille au bout d’un mois de lutte. Le 24 mai, un décret stipule que le salaire de base dans les mines comme dans les chemins de fer passe de 35 à 70 pesetas et le salaire réel, avec les primes et les heures supplémentaires, de 95 à 160 pesetas.

Le régime a capitulé, contraint de s’adapter aux transformations profondes de l’économie et de la société espagnoles. Depuis déjà plusieurs années, Madrid ne peut que constater que les Espagnols tolèrent de moins en moins la médiocrité de leurs conditions d’existence d’autant que leurs voisins européens commencent, eux, à bénéficier des effets des « Trente glorieuses ». Depuis 1957, les autorités, rompant avec le système autarcique en vigueur depuis 1939, ont ouvert l’Espagne aux investissements étrangers et mis fin au dirigisme d’Etat. Un vrai succès qui a conduit à évoquer un « miracle économique espagnol ». Les grèves du printemps en sont la rançon sociale.

FLORENCE RENARD


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