Le goupillon (Institut Catholique de Paris), le sabre (fascistes du Honduras) et le capitalisme financier (Trichet, Camdessus) mobilisés pour décorer le cardinal putschiste Madariaga

mercredi 6 décembre 2017.
 

Cette annulation n’innocente en rien Pierre Cahné, directeur de l’Institut catholique, et André Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris. Ils ne peuvent arguer que la cérémonie avait été décidée avant le coup d’Etat. Après le soutien de Marradiaga au coup d’Etat et son silence devant les arrestations massives, assassinats, tortures, atteintes aux droits de l’homme, leur devoir était d’annuler ladite cérémonie

Les accointances du cardinal-archevêque de Tegucigalpa avec ceux qui détiennent pouvoir et richesse au Honduras ne sont pas nouvelles, et son soutien au coup d’Etat est dans la logique de son parcours. Ni Pierre Cahné, ni André Vingt-Trois ne pouvaient l’ignorer, comme ils ne pouvaient ignorer que Maradiaga a dénoncé dans les années 1980 des prêtres et religieux sympathisants des luttes des peuples salvadoriens et nicaraguayen. Comme ils ne pouvaient ignorer l’opposition de ce haut fonctionnaire de l’Etat hondurien aux réformes voulues par le président légal, Manuel Zelaya, dans un pays où 60 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté.

Ceux qui ont invité Oscar Maradiaga, en même temps que Michel Camdessus, ancien présdident du Fonds monétaire international qui saigne à blanc le tiers monde et participe à la faim dans le monde, se sont complètement déjugés. Ils ont montré le fond de leur pensée et le peu de solidité de leurs convictions affichées. Cette affaire n’est pas terminée et dévoiiera sans doute les intérêts qui ont présidé à cette mascarade.

Quoiqu’il en soit, il sera dorénavant difficile à André Vingt-Trois de parler de la préférence donnée aux pauvres, d’’en appeler, comme il l’a fait lors de la séance d’ouverture de la conférence des évêques (3 novembre à Lourdes),

- au respect des droits des immigrés dans les centres de rétention,

- de marquer son souci de la crise économique qui touche les plus pauvres.

Invitation d’origine

24 novembre 2009, à 19 heures, à l’Institut catholique de Paris,

Monsieur le cardinal André Vingt-Trois et Monsieur le recteur Pierre Cahné présideront la séance solennelle de la rentrée universitaire de l’Institut Catholique de Paris.

A cette occasion, les insignes de docteur Honoris Causa de l’Institut catholique de Paris seront remis à... Mgr le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa (Honduras).

Laudatio prononcé par Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont, vice-président de la Conférence des évêques de France.

Les insignes de Docteur honoris Causa seront également remis à Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI.

Laudatio prononcé par... Jean-Claude Trichet.

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LE SABRE, LE GOUPILLON ET LA SALLE DE MARCHÉS

Par Bernard Cassen, secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac

A la « Catho », hommage au cardinal putschiste de Tegucigalpa et à l’ancien directeur général du FMI

On aurait aimé que ce soit un canular, mais c’est une information vérifiée : le 24 novembre prochain aura lieu à Paris une cérémonie dont le casting est proprement ahurissant au regard de l’actualité française et internationale.

Ce jour-là, le cardinal archevêque de Tegucigalpa, Oscar Rodriguez Maradiaga, et l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Michel Camdessus, recevront les insignes de docteur honoris causa de l’Institut catholique de Paris. Et leur panégyrique (Laudatio) sera prononcé respectivement par Monseigneur Hippolyte Simon, archevêque de Clermont, et Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne (BCE).

Il faut vraiment croire que les puissances invitantes, à savoir le cardinal André Vingt-Trois, et le recteur de l’Institut, Pierre Cahné, vivent sur une autre planète pour oser mettre en scène publiquement cette nouvelle alliance du sabre, du goupillon… et de la salle de marchés.

On ose espérer que l’invitation au cardinal Maradiaga reposait sur l’image « progressiste » que le prélat avait su se donner ces dernières années, notamment lors de sa candidature à la succession de Jean-Paul II. Mais les autorités de l’Institut catholique auraient dû se renseigner et lire ses déclarations après le coup d’Etat du 28 juin dernier au Honduras. Non seulement, comme d’ailleurs les autres membres de la Conférence épiscopale hondurienne et, dit-il, avec le plein soutien du Vatican, il n’a pas dénoncé le putsch, mais il l’a au contraire légitimé en déclarant que « les documents prouvent que les institutions ont correctement fonctionné et que la Constitution a été respectée ». Il n’a pas condamné ni même évoqué les assassinats, les tortures et les arrestations massives dont s’est rendu coupable le gouvernement de facto. Pas non plus un mot sur la suppression de toutes les libertés civiques, sur la fermeture de tous les moyens de communication qui n’avaient pas fait allégeance aux putschistes, en particulier la station de radio des Jésuites, Radio Progreso. Le goupillon du cardinal a aspergé d’eau bénite le sabre putschiste.

Voilà le récipiendaire du doctorat honoris causa de l’Institut catholique dont l’archevêque de Clermont s’apprête à célébrer les qualités. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy, qui a condamné le coup d’Etat et continue de reconnaître officiellement le président Zelaya, devrait logiquement refuser le visa d’entrée en France à ce prélat considéré comme putschiste par le gouvernement légal.

Les états de service dont peut se prévaloir Michel Camdessus sont d’un autre ordre : il n’a certes jamais trempé dans une action armée, mais les politiques qu’il a impulsées à la tête du FMI, de 1987 à 2000, ont été infiniment plus coûteuses en détresse et en vies humaines que celles de la soldatesque hondurienne. Sa trajectoire est l’inverse de celle du cardinal de Tegucigalpa : il pose volontiers aujourd’hui à l’adepte de la mondialisation « à visage humain », alors que pendant des années, il a imposé d’impitoyables plans d’ajustement structurel aux malheureux pays qui avaient recours à son « aide ».

Grâce aux « recettes » du FMI, il a à son actif, si l’on peut dire, la création ou l’aggravation d’une dizaine de crises financières majeures, de celle du Mexique en 1994 à celle du Brésil en 1999. Fanatique du marché et de la libéralisation financière qui, pour lui, « demeure le but final correct », il s’est toujours désintéressé des conséquences sociales des mesures qu’il imposait. Après les émeutes de la faim qu’elles provoquèrent en 1997 en Indonésie, et la violente répression qui s’ensuivit, ce catholique pratiquant expédia ainsi ses regrets aux familles des victimes : « Je n’avais pas prévu que l’armée allait tirer sur la foule »…

Il n’y a certainement aucun pays du Sud où une institution universitaire accorderait une distinction à Michel Camdessus. Tout porte même à croire que sa venue dans un établissement d’enseignement supérieur provoquerait des troubles. Est-ce cette persévérance dans l’erreur, à peine compensée par des bribes tardives de repentance, que va récompenser l’Institut catholique ?

Que Jean-Claude Trichet ait été sollicité pour faire le panégyrique de l’ancien directeur général du FMI complète un tableau franchement caricatural. Le président de la BCE partage avec le récipiendaire une absolue certitude des bienfaits de l’orthodoxie monétaire et un souverain mépris des instances élues. Avec eux, les salles de marchés font leur entrée officielle dans les hauts lieux du savoir. La finance n’a que faire des franchises universitaires qui, pourtant, s’imposent encore à la police…

Tout cela fait beaucoup pour une seule journée. Certainement, le 24 novembre à 19 h, on refusera du monde à la « Catho »…


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