D’une Eglise vivante avec Vatican 2 à l’Eglise rancie d’Humanae Vitae

dimanche 15 septembre 2019.
 

A) D’une Eglise vivante avec Vatican 2

Depuis six siècles, l’Eglise catholique avait campé sur les positions les plus conservatrices possibles lors de chaque grande bifurcation de l’histoire humaine (1640 à 1665, 1765 à 1802, 1847 à 1853, 1917 à 1945...).

Et puis, surprise... au début des années 1960, sous l’impulsion du pape Jean XXIII, l’institution elle-même paraît capable d’écouter, de comprendre, de réfléchir collectivement, d’évoluer. Le concile Vatican 2, plusieurs encycliques comme Pacem in terris... en sont une bonne expression.

Malheureusement pour l’Eglise, son successeur, Paul VI, fut une sorte de réincarnation de Paul III, Paul IV, Paul V et Pie XII.

A l’époque, le changement d’orientation peu à peu imposé par Paul VI a cassé la dynamique de renouvellement, de crédibilité et de présence au monde de l’Eglise. Je me demande si le catholicisme se remettra de cette erreur monumentale imposée par quelques prélats moyenâgeux du Vatican.

B) A l’Eglise rancie d’Humanae Vitae

La question du droit à la contraception est une parfaite illustration de ce changement de méthode et d’orientation.

Vatican 2 avait créé une commission pontificale pour l’étude de la population, de la famille et de la natalité préparant une réflexion et décision du concile. Après le décès de Jean XXIII, Paul VI ordonne de retirer ce sujet de l’ordre du jour.

« Par ordre du Souverain Pontife, certaines questions qui supposent d’autres recherches plus approfondies ont été confiées à une Commission pour les problèmes de la population, de la famille et de la natalité pour que, son rôle achevé, le Pape puisse se prononcer. L’enseignement du Magistère demeurant ainsi ce qu’il est, le Concile n’entend pas proposer immédiatement de solutions concrètes ».

Parmi les 51 membres laïcs et religieux de cette commission, une majorité est favorable au droit à la contraception. Le pape évite qu’une position publique soit prise. La commission s’évapore.

En 1966, les théologiens de la commission déclarent par 15 voix contre 4 que la contraception artificielle n’est pas intrinsèquement mauvaise et, les 24 et 25 juin 1966, approuvent par 9 voix contre 5 un texte final disant qu’« il appartient [aux époux] d’en décider ensemble, sans se laisser aller à l’arbitraire, mais en ayant toujours à l’esprit et à la conscience des critères objectifs de moralité » ; l’éloge de la continence périodique est supprimé.

Le pape va-t-il suivre la méthode qu’il a fait accepter au concile : exprimer sa position après ces travaux en commission et dans son prolongement ?

Non ! Il affirme l’inverse dans l’encyclique Humanae Vitae !

Concernant la contraception « Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation. »

Concernant l’avortement « En conformité avec ces points fondamentaux de la conception humaine et chrétienne du mariage, nous devons encore une fois déclarer qu’est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l’interruption directe du processus de génération déjà engagé, et surtout l’avortement directement voulu et procuré, même pour des raisons thérapeutiques »

Selon plusieurs spécialistes, le cardinal Karol Wojtyla (futur Jean-Paul 2) a joué un rôle décisif dans la publication de cette encyclique Humanae Vitae. Conservateur obtus comme il l’était, cela ne peut étonner personne.

La publication de cette encyclique, en pleine année 1968, en pleine effervescence progressiste sur les questions de société, en pleine poussée des aspirations féministes, a provoqué une réaction massive d’opposition au sein de l’Eglise. Même le directeur de la rédaction de l’Osservatore Romano, l’historien Gian Maria Vian, convient que l’encyclique Humanae vitae a déclenché « Une opposition sans précédent à l’intérieur même de l’Église catholique ».

Je me rappelle avoir discuté avec un prêtre de Lozère qui quitta l’Eglise sans trop savoir vers quel autre avenir.

Je me rappelle d’animateurs régionaux ou nationaux des organisations de jeunesse catholique (en particulier JEC) qui rejoignirent rapidement l’extrême gauche à laquelle ils apportèrent d’excellents militants.

Je me rappelle de familles, même en Aveyron, qui décidèrent alors de largement espacer leur pratique religieuse.

Conclusion

Ami lecteur de ce texte, ne te dis pas que cette victoire idéologique de l’extrême droite catholique était logique parce qu’elle ne faisait que réaffirmer une position traditionnelle. Les humains eux-mêmes pèsent dans l’histoire humaine y compris religieuse. Ainsi, l’élection de Paul VI comme pape a mis longtemps à se dessiner et pouvait capoter.

Je n’oublie pas que des prêtres d’Amérique latine, portés par la vague de Vatican 2 sont morts les armes à la main pour défendre les intérêts et aspirations des peuples.

D’autres bifurcations surgiront, peut être même pour le catholicisme. Tout tournant mérite toute l’attention des courants progressistes.

Jacques Serieys, 6 février 2008


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